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Eragon

Elinya   Auteur: Folkvnir Vue: 14622
[Publiée le: 2008-01-13]    [Mise à Jour: 2008-12-29]
AP  Signaler Heroic FantasyCommentaires: 25
Description:
Voici la suite et fin du cycle de l'Héritage. Alors qu'une bataille est remportée, le mystérieux roi Galbatorix frappe là où ne l'attend pas. Les nains deviennent sa première cible, ainsi que Murtagh, qui va rencontrer son pire cauchemar... Eragon parcourera ainsi tout l'Alagaësia, afin de connaître jusqu'aux fondements même de la terre qu'il foule depuis toujours.
Crédits:
Ce récit reprend les personnages et lieux des deux premiers tomes de la trilogie de L'Héritage, de Christopher Paolini, qui possède leurs droits exclusifs.
Tous les autres créés par mes soins sont donc de ma propriété.
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Commenter: De l'art d'éprouver son disciple

De l'art d'éprouver son disciple

[2235 mots]
Publié le: 2008-01-13Format imprimable  
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Chapitre 6 : De l’art d’éprouver son disciple

 

      Cela faisait deux jours que Murtagh subissait l’entraînement d’Undora, un Ombre qui était aussi la mère de Nasuada. Enfin, elle l’était avant d’être possédée par des esprits diaboliques. Le jeune homme s’interrogeait d’ailleurs sur les causes de cette prise de pouvoir. Etait-elle mauvaise avant sa transformation ? L’y a-t-on forcé ? Cela le dépassait, mais pour l’instant il devait se contenter de résister aux assauts effroyables, de plus en plus insupportables, pour lui comme pour son dragon, du démon. Chaque fois qu’il retrouvait sa couche, il était exténué, se sentait vidé de l’intérieur, comme après un lavage de cerveau. Il comprenait maintenant ce que voulait son roi : l’aliéner. Par intrusion de son esprit, son serviteur démoniaque s’assurait petit à petit que le jeune Dragonnier respecterait tout ordre de son suzerain. En outre il voulait qu’il devienne comme Undora, c’est-à-dire son pantin. Mais pourquoi alors torturer ainsi son dragon ? Le roi ne savait pourtant que trop bien que le dragon écarlate devrait suivre tous les ordres de son Dragonnier, leur relation psychique étant bien loin de celle unissant son petit frère à Saphira. Faisait-il cela par pure vengeance ?

De la bile amère parfuma alors sa bouche, symbole vivant de la haine qui rongeait le cœur de Murtagh. Haine contre son « roi », qui le soumettait aux plus odieuses de ses requêtes. Haine contre son frère qui l’abandonnait à son sort. Haine contre l’Alagaësia toute entière, qui ne voyait en lui qu’un puissant Parjure, espèce à éradiquer de ce monde.

      Pour l’heure, il devait se contenter de profiter des quelques instants de répit qu’on lui offrait, son sort semblant sans issue.

« Relève-toi Murtagh » lui transmit par la pensée son dragon rouge.

« Ne perds pas espoir, je suis sûr qu’Eragon a compris que nous étions pris au piège. Et Shruikan lui-même a réussi à me confier qu’il était sous l’emprise du roi. Enfin il m’a plutôt dit « Elle me contrôle ». Je n’arrive pas à savoir de qui il pouvait bien parler, ou si c’est l’effort de communiquer librement qui l’a quelque peu troublé. Toujours est-il que le dragon noir est le plus de tous sous le joug du roi, s’attachant perpétuellement à le corrompre, et qu’il est arrivé à se libérer de son emprise, du moins quelques instants. Je soupçonne donc qu’il en soit ainsi pour nous deux beaucoup plus qu’on voudrait nous le faire croire ».

Les paroles de Thorn se déversaient dans l’esprit de Murtagh comme du miel coulant dans la gorge. Elles étaient douces et réconfortantes, malgré la sonorité rauque du dragon, mais surtout elle lui redonnait un espoir de liberté.

« Murtagh, cache cette information lors de nos entrevues avec l’Ombre, il ne faut pas qu’elle sache pour Shruikan. Il subirait maints tourments si le roi l’apprenait »

« Oui en effet Thorn. Ce secret sera bien gardé ». Il fit une pause avant de reprendre.

« Je suis heureux que nous puissions parler comme cela et je comprends pourquoi tu étais si peu communicatif. Promets-moi que dorénavant nous discuterons de ce qui nous tiens à cœur ».

«  Bien sûr Murtagh. Il faudra rester soudés si on veut survivre ici ».

«  Bon il faut y aller, je ne voudrais pas qu’elle soit déjà furieuse dès notre arrivée si nous sommes en retard ».

«  Tu montes ? » répliqua Thorn de son œil malicieux, d’un rouge éclatant, brillant à la lueur du soleil levant.

Et ils s’envolèrent vers le dôme ouvert surmontant la salle du trône, où les attendait Undora, vêtue ce jour-ci d’un tunique verte sombre, assortie d’un châle blanchâtre virant au gris. Tout en elle suintait la corruption, comme si le mal en elle se personnifiait aussi dans les objets en contact avec son hôte.

      Comme à son habitude maintenant, elle les accueillit par une attaque mentale puissante, mais les deux compagnons, rengaillardis par ce début de matinée très jovial, très complice, comme ce fut le cas il y avait fort longtemps, trop au goût de Murtagh, ils luttèrent de concert contre l’assaut de la femme. Celle-ci serra les dents, et resserra son emprise sur les deux esprits adverses, n’ayant pas coutume de lutter contre eux deux en même temps. Mais Thorn et son Dragonnier étaient cette fois-ci les plus forts, leur barrière mentale semblait telle un rempart infranchissable, gardienne indomptable de l’intégrité des deux comparses. Alors elle se retira, libérant ces derniers de l’effort de concentration qu’ils s’évertuaient à entretenir.

- Bien, je vois que nos entraînements n’auront finalement pas été vains. Nous allons donc pouvoir passer à l’étape suivante de votre apprentissage. Vous verrez, cela sera très…instructif.

Un fin sourire, quasi indiscernable, s’étirait sur le visage de l’Ombre, qui arpentait toujours sa rapière qui se mariait parfaitement avec la teinte de sa tunique. Elle se concentra profondément, absorbant autour d’elle l’énergie qu’elle pouvait acquérir, vidant l’espace de tout mouvement, même aussi fugace que celui d’un brin de poussière. La salle de marbre blanc devenait totalement irréelle, les murs hurlant à l’agonie, leur douleur se répandant dans l’atmosphère environnante. Les cheveux noirs d’Undora prenaient peu à peu une couleur rougeâtre, en harmonie avec le reflet brillant présent dans les yeux fiévreux de l’adepte des magies occultes. Murtagh, ainsi que Thorn, étaient horrifiés par le spectacle se déroulant sous leurs yeux. L’assurance et la fierté qui s’étaient emparées d’eux après la victoire sur l’Ombre s’évaporaient comme une glace au soleil, les remplaçant par un effroi sans nom. Ils ne pouvaient imaginer ce qui les attendait. A raison.

      En une langue totalement inconnue du Dragonnier, pourtant très familier du langage magique, Undora convoqua des forces souterraines, enfouies depuis peut-être des millénaires dans les entrailles de la terre. Un halo rouge sang entourait maintenant Undora, déversant sa magie malfaisante dans la tâche qu’elle accomplissait. Puis ils apparurent.

Deux esprits prirent place dans la salle sous forme éthérée, une rage folle s’en dégageant. Ils semblaient bien plus maléfiques que l’Ombre elle-même, bien que Murtagh et son dragon l’imaginassent très mal, le roi excepté bien sûr. Ils allaient payer l’outrage qu’Undora avait fait en les ramenant au monde vivant, réel. Voilà ce qu’elle sous-entendait par la prochaine étape de leur apprentissage.

      Alors, les deux esprits diaboliques assaillirent le jeune homme et son dragon, ne leur laissant aucun répit, déchirant leur esprit, absorbant leurs souvenirs. Murtagh luttait avec Thorn pour préserver le secret qu’il venait d’apprendre, ainsi que certaines bribes de mémoire les plus intimes. Le reste était lâché en pâture aux deux âmes assoiffées de pouvoir et de sang. Tous ses souvenirs d’enfance furent violés et souillés, exceptés les rares moments de bonheur passés avec sa mère Selena. Il conserva aussi les joutes avec Eragon dans le désert, témoins de leur ancienne complicité ; enfin les moments les plus intimes partagés avec son dragon, comme leur dernière conversation. Tout le reste était bafoué et broyé dans le mental du jeune homme. En accord avec sa monture, il transféra ses trésors personnels dans la conscience de son dragon, sentant son esprit faiblir sous l’impulsion des assaillants. Et il eut raison.

      A peine avait-il accompli  se dernière tâche que ses dernières barrières mentales cédèrent, laissant tout loisir aux deux esprits de s’installer dans le corps de Murtagh, prenant alors son contrôle. Thorn, étant beaucoup plus résistant de par son sang de dragon, avait contenu l’attaque et les avait repoussé. Enfin, le croyait-il.

Le corps de son Dragonnier s’était imprégné des deux maléfices, laissant un repos à Thorn, croyant qu’il avait réussi l’épreuve. C’était sans compter l’imagination débordante d’Undora en matière de cruauté. Murtagh empoigna Zar’roc  et s’approcha d’un air menaçant  de son dragon, une lueur rougeoyante dans ses yeux. Puis il attaqua. Dans un réflexe que seul un dragon peut posséder, Thorn gonfla ses ailes vers l’avant, projetant son dragonnier contre l’un des murs de marbre blanc, Zar’roc tombant auprès du dragon. Après la surprise, Thorn sentit la fureur l’envahir, tel un venin. Mais il savait que ce n’était pas Murtagh qui agissait, mais les deux âmes qui le contrôlaient. Il devait aider son Dragonnier à se libérer de cette emprise, le spectacle d’un affrontement, sûrement terrible, entre les deux partenaires ferait bien trop plaisir à Undora. Il lança alors des messages d’alerte, d’aide vers Murtagh, implorant à la partie soumise de lutter contre les envahisseurs et d’accepter son aide mentale.

Sans réponse. Un mur infranchissable s’était dressé autour de l’esprit du jeune homme, lui permettant d’attaquer sa monture sans vergogne. L’épée de Morzan râpait sur les écailles du dragon écarlate, et parfois lui transperçait la chair, arrachant des cris de douleur à ce dernier. Murtagh ne ressentait même plus ces souffrances par le biais de leur lien mental. Thorn en était affolé. Il lui donnait des coups de pattes en rangeant ses griffes, même si de temps en temps elles éraflaient le corps de Murtagh. Du sang coulait sur le sol nacré, du dragon comme de l’assaillant. Zar’roc rutilait de joie. Thorn était maintenant en piteux état, mais résistait temps bien que mal, il devait sauver son ami. Alors il essaya une dernière tentative pour vaincre les adversaires, devenant plus fort chaque seconde. Il s’appuya sur ses membres postérieurs, élevant ses ailes desquelles s’écoulaient une bonne dizaine de lignes de sang, mugissant un cri puissant. Murtagh allait frapper le ventre du dragon lorsqu’il reçut en même temps deux violents coups sur chacun de ses flancs, l’immobilisant totalement. Les griffes s’étaient toutes resserrées autour du corps, formant une cage d’os qui compressait sa victime. Murtagh en eut le souffle coupé, une pointe de surprise et de peur transparaissant sur le visage du jeune homme, effet recherché par le dragon.

Ce dernier lança à cet instant sa force mentale à l’assaut de celui de Murtagh, et réussit à s’infiltrer dans la brèche créée par la soudaine attaque. Il identifia l’esprit de son ami et l’engloba d’un halo rouge protecteur. Les yeux couleur rubis du dragon plongeaient dans ceux de son ami, sa gueule restant entrouverte. Alors ils entreprirent de chasser les deux ennemis. Chacun des deux camps prenait le dessus à tour de rôle ; cependant les forces du dragon s’amenuisaient à mesure que ses blessures le faisaient atrocement souffrir. Ne pouvant les chasser, ils n’avaient plus qu’une solution : les tuer, ou être tués. Dans un dernier soubresaut d’énergie, le dragon gronda et fit résonner un feu naissant, l’éclairant de l’intérieur, ses écailles brillant de milles feux. Mais il n’était pas physique, matériel, mais mental. Il agrandit l’ouverture de sa bouche, et un flot d’énergie couleur rubis se déversa vers l’âme du jeune homme, l’enveloppant d’une atmosphère incandescente, où nul œil ne pouvait le voir. Ensemble, ils brûlèrent petit à petit les membranes spirituelles des envahisseurs, puis le cœur de leur âme. La chaleur palpitait sur la peau du Dragonnier, le couvrant de mille maux, mais il devait tenir. Les deux âmes hurlaient de douleur, apparaissant sur les traits haineux de Murtagh, puis ils disparurent. Le Dragonnier et sa monture s’effondrèrent aussitôt, la secousse faisant vriller les statues alentours. Thorn, très affaibli, était soumis à de faibles convulsions. Il commença à lécher ses plaies, gardant tous ses sens en alerte, ne se méfiant que trop de l’Ombre.

Celle-ci semblait satisfaite et du spectacle auquel elle avait assisté, et du résultat de ses deux disciples. Elle les congédia simplement, au grand soulagement du dragon, leur spécifiant de revenir le surlendemain dans les mêmes conditions.

        Murtagh était à bout de force. Thorn, malgré ses innombrables blessures, parvint avec difficulté à porter son Dragonnier à la base de son cou, et le transporta jusqu’à la couche des dragons, où il y avait beaucoup plus d’espace, mais aussi de sérénité, depuis l’absence du grand dragon noir. Murtagh gratifia son compagnon d’un simple « merci », empli de toute la gratitude qu’il pouvait lui transmettre, avant d’être emporté dans le monde onirique. Thorn atterrit alors, déposa son ami sur sa couche et s’enroula autour de lui, sa chaleur englobant son âme et son corps.

      La nuit était noire lorsqu’il se réveilla. Des poils roux lui chatouillaient le visage, un ronronnement beaucoup plus fin que celui de son dragon vibrant dans ses oreilles. Il ouvrit les yeux avec difficulté et s’aperçut qu’un chat assez étrange l’observait sans ciller. Le jeune homme se demandait pourquoi un tel animal le regardait comme un humain le ferait. Il allait se lever après avoir patienté quelques minutes, lorsque l’invité lui transmit par la pensée :

«  Va dans la chambre royale, Dragonnier. Là seul peut-être trouveras-tu la voie que tu recherches ».

«  Co…Comment peux-tu communiquer avec moi ? » répondit Murtagh, avant qu’il ne se rende compte que le mystérieux visiteur avait déjà pris la poudre d’escampette.

« Nous avons parlé pendant que tu dormais » lui dit alors Thorn.

« Bien qu’il ne soit que très peu bavard, il m’a juste annoncé qu’il avait quelque chose d’important à te communiquer, sans me dire quoi. Considérant qu’il ne représentait  pas une menace, je lui ai accordé le droit d’attendre ton réveil, même si un en-cas ne m’aurait pas déplu »

Murtagh concentrait toujours ses pensées sur la déclaration du chat. Il n’avait même pas remarqué la petite note d’humour de son partenaire.

« Comment s’appelait-il ? »

« Solembum ».

 


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