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Eragon

Elinya   Auteur: Folkvnir Vue: 14643
[Publiée le: 2008-01-13]    [Mise à Jour: 2008-12-29]
AP  Signaler Heroic FantasyCommentaires: 25
Description:
Voici la suite et fin du cycle de l'Héritage. Alors qu'une bataille est remportée, le mystérieux roi Galbatorix frappe là où ne l'attend pas. Les nains deviennent sa première cible, ainsi que Murtagh, qui va rencontrer son pire cauchemar... Eragon parcourera ainsi tout l'Alagaësia, afin de connaître jusqu'aux fondements même de la terre qu'il foule depuis toujours.
Crédits:
Ce récit reprend les personnages et lieux des deux premiers tomes de la trilogie de L'Héritage, de Christopher Paolini, qui possède leurs droits exclusifs.
Tous les autres créés par mes soins sont donc de ma propriété.
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Commenter: D'une pierre deux coups

D'une pierre deux coups

[1837 mots]
Publié le: 2008-01-13Format imprimable  
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Chapitre 3 : D’une pierre deux coups

 

      Quatre jours avant l’attaque contre la cité naine de Tarnag, dans le château d’Urû’baen.

« Ces rebelles nous auront bien servi finalement. Leur armée a été lourdement amputée, d’après ce que j’ai pu voir dans l’esprit d’un sale couard qui a fui l’antre de la bataille. Folkvnir a eu grand plaisir à se planter dans sa chair ».

Galbatorix sourit alors à sa propre remarque, faisant virevolter sa rapière d’une main à l’autre. Folkvnir, car telle était le nom de l’épée, fut l’un des cadeaux des elfes, comme il était autrefois coutume d’en forger une pour chaque nouveau Dragonnier. Sa lame était longue et d’un blanc le plus pur. La lumière semblait irradier depuis l’intérieur de ce chef d’œuvre, laissant luire quelques fines écritures, la dénommant. Son pommeau était en or, incrusté symétriquement de quelques petites pierres noires, plates mais d’une intense profondeur. Il s’agissait d’onyx, que le roi appréciait particulièrement. Tout cet ornement semblait se mouvoir de lui-même, se tordant d’un côté ou de l’autre, de sorte que l’interface avec le fer faisait figure d’une gueule béante avalant le métal, tel un dragon avec sa proie. Cependant, une chose semblait perturber cette Épée des épées : une pierre immense, comparée aux onyx, plongeait en plein milieu de la gaine dorée. Elle était noire, aussi noire que la nuit, aussi noire que la mort. Elle était un diamant noir, d’une pureté implacable, pouvant très probablement servir de réceptacle à une quantité folle d’énergie, ou bien d’autres choses. Elle donnait un aspect menaçant à l’arme qu’elle n’aurait jamais eu sans elle. On aurait dit que le roi lui-même avait transféré un peu de sa malveillance dans ce qu’il considérait comme son amie.

« Mes hommes ont bien agi et ont joué parfaitement leur rôle. Ils ont réussi à fatiguer ce Dragonnier de malheur de sorte que Murtagh eût pu le capturer facilement vu ce que nous leur avons fait subir. Mais il fallait que ce maudit sentiment d’amour, de fraternité, vienne contrecarrer mon plan, ce qui m’a beaucoup contrarié ».

La voix gutturale du roi, presque sortie d’outre-tombe, résonnait dans la salle du trône, les statues grimaçant sous le coup de l’impulsion de ce son.

« Mais nous avons tout de même atteint notre second objectif. Hrothgar est enfin mort. Quelle joie ce fut de voir la mine déconfite de ce cher Eragon lorsque l’éclair frappa le nain en pleine poitrine ! ». Galbatorix s’extasiait à cette pensée.

« Il nous faut supprimer les soutiens de ces Vardens pour les réduire à néant. Les nains sont accablés par la perte de leur roi, et vont tous ou presque se retrouver dans leur capitale, laissant leurs autres cités à la surface aussi vulnérable qu’un nouveau-né. En calculant bien, il faudrait que les messages d’alerte arrivent à Tronjheim au moment de la cérémonie, durant laquelle tous les chefs de clan seront réunis autour du défunt roi. En coupant les vivres de ces maudites touffes de poils, ils se révolteront contre nous, mais surtout contre Shruikan, et les dragons en général. Eragon en fera donc sûrement les frais, et avec un peu de chance, le chaos s’abattra sur les Maisons naines. Alors il ne nous restera plus qu’à nous occuper des oreilles pointues, qui nous ont que trop défiés depuis trop longtemps ».

Une impression de triomphe gouvernait le roi, les vérités qu’il venait de proférer semblaient implacables.

« En plus, cela fera un bon exercice à ce bon vieux Shruikan, qui à part dans ses voyages nocturnes vers la Crête, où il peut s’adonner à la chasse autant qu’il le désire, ne fait qu’engraisser. Je suis sûr que nous pourrons le convaincre, il n’aime que trop cette vie, si pitoyable soit-elle ».

Le roi agitait alors de plus en plus vite Folkvnir dans sa main droite, tenant l’épée avec une telle fermeté et d’une dextérité si extraordinaire qu’on aurait cru que le pommeau s’adaptait parfaitement à la forme de la main de son détenteur, ne faisant plus qu’un avec celui-ci. 

« Cela m’embêterait beaucoup de devoir le briser, mais il n’est pas d’une absolue nécessité. Et il le sait ».

 

      Un jeune homme arriva alors au seuil de la salle. Il paraissait jeune, du fait de sa petite taille. Quelques mèches blondes parcouraient son front, parfois tombant sur ses yeux d’un vert puissant. Il ne faisait aucun doute qu’il avait dû parcourir un long voyage, vu l’état de ses vêtements.

Galbatorix lui intima l’ordre d’avancer jusqu’à lui, ce que le nouveau venu fit. Il marcha posément, restant calme, mais forçant le pas pour ne pas froisser son impatience, désormais aussi légendaire que ses pouvoirs. Il s’agenouilla et transmit la missive qu’on lui avait confiée. Le roi brisa le sceau de cire, représentant un oiseau noir, un aigle ou un vautour, et lut son contenu. Un sourire parcourut les lèvres du lecteur à la vue de ces simples runes. Une fois terminée, il la referma, puis observa le jeune homme.

- Tu as bien œuvré humain, et le roi récompense toujours ceux qui se dévouent pour assurer paix et prospérité à mon Empire.

Par la force de sa magie, il fixa dans ses pensées une bourse de pièces dans l’une de ses salles aux trésors, et la convoqua dans sa main droite, scintillant d’une lueur argentée.

- Voici cent couronnes, fais en ce qu’il t’en plaira.

Il lui lança la bourse, puis le congédia.

 

      Le roi ouvrit alors son esprit pour l’étendre à tout le château, et convoqua ainsi Fatia, une servante, mais aussi Murtagh et bien sûr Shruikan. En effet, le haut plafond pouvait selon ses désirs se mouvoir et alors figurer un trou béant d’au moins cent mètres de long, par lequel pourrait aisément se faufiler le dragon noir.

Tous trois arrivèrent en même temps. Une secousse emplit l’air de la salle de marbre blanc lorsque les puissantes pattes du reptile touchèrent le sol. 

­- Enfin !  Dit-il à ses invités.

Il regarda d’un air hautain la servante.

- Toi, fais-nous préparer des vivres pour un voyage d’une semaine tout au moins. Nous partirons dans deux jours. Que tout soit prêt si tu tiens un tant soit peu à ta vie.

- Maître, vous quittez Urû’baen ? Laissa échapper Murtagh, complètement ébahi.

- En effet. J’ai obtenu certaines informations à propos de la future cérémonie funèbre de notre cher ami Hrothgar.

Le roi jubilait, d’autant plus que Murtagh sentit son cœur vriller en se remémorant son meurtre déloyal. Mais alors, ce dernier comprit que seuls les amis des Vardens étaient au courant de la date de l’enterrement. « Les Jumeaux n’étaient pas les seuls traîtres ! »  

- Elle se tiendra dans quatre jours exactement, aussi faut-il que je parte deux jours avant. Tu comprendras qu’une surprise n’est réussie que s’il y a une bonne coordination entre les événements.

Murtagh mourrait d’envie de savoir ce que comptait faire son maître, mais il se tut, ne connaissant que trop bien les punitions qu’il infligeait aux impertinents.

- Devrais-je vous accompagner maître ?

- Non j’irai seul. Avec Shruikan bien sûr.

Le dragon gronda de dégoût. Cette note, aussi forte qu’éphémère, décontenança Murtagh.

- Tu resteras ici, j’ai d’autres projets pour toi. De plus, j’ai besoin de quelqu’un pour garder ma cité durant mon absence. Jure-moi que tu ne quitteras pas ce château !

Le jeune Dragonnier, se rappelant encore douloureusement sa dernière altercation avec le roi, n’hésita pas une seconde.

- Vel eïn radhin iet ai Shur’tugal. Sur ma parole de Dragonnier.

Le roi communiqua alors avec Shruikan par la pensée. 

« Nous partons dans deux jours pour Tarnag, dans un premier temps du moins. Munis-toi de ton armure d’ici-là, il se pourrait que tu en aies besoin ».

Shruikan transmit bien malgré lui au roi une pensée de mécontentement. 

« Je prendrais bien évidemment Folkvnir, donc ne tente rien de stupide. Si tu agrées à toutes mes attentes, tu n’auras pas à subir ce que j’ai été obligé de t’infliger la dernière fois ».

Shruikan acquiesça d’un signe de tête.

- Bien, je crois que tout est réglé.

La servante s’échappa alors de la pièce, heureuse de ressortir entière.

Murtagh se redressait, puis allait se retourner lorsque Galbatorix lui lança :

- Au fait jeune homme, comment va ton dragon ?

Une rage intense saisit instantanément le Dragonnier. Les veines de son cou et ses tempes commençaient à palpiter. Par une maîtrise de soi impressionnante, il ne répondit pas à l’attaque du roi.

- Alors, je t’ai posé une question ?

Le sourire sadique du souverain s’agrandit alors encore plus, une lueur de démence luisant dans ses yeux.

- Je ne sais pas, son accès, physique ou mental, m’est interdit.

Murtagh parlait posément, articulant longuement chaque syllabe de chaque mot, comme si cela lui coûtait un effort surhumain.

- Ah oui, j’oubliais ! Je me demande comment se tient cette patte. Sûrement mal…

Il fit encore une pause pour savourer les effets dévastateurs que chacun de ses mots engendrait dans le corps et l’esprit du jeune homme.

- Quand je partirai, tu pourras le rejoindre, et alors le guérir. Il en aura besoin…

Une once de gratitude parcourut le jeune homme, tout de suite mêlée puis dominée par un sentiment de peur.

- Merci maître.

Il se demandait bien quel sort il lui réserverait cette fois-ci.

- Bien, maintenant disparaissez.

D’un bref mouvement, la main du roi vint s’agripper fortement au bras de Murtagh, qui, surpris, releva alors la tête : celle du roi paraissait déconfite, fatiguée par le temps qui passe, mais surtout horriblement souffrante, comme si elle cherchait de l’aide. Murtagh n’eut même pas le temps d’ouvrir la bouche que le souverain reprit sa position initiale, un dédain infini dans son regard.

Le jeune homme se retira alors, très, voire trop, perplexe sur tout ce qui venait de se passer.

 

      Deux jours plus tard dans la cour principale du château d’Urû’baen, autrefois nommé Ilirea, Shruikan portait son armure d’un noir d’encre telle une parure, assombrissant encore plus son teint, bien que cela semblait difficilement imaginable. Il portait déjà sur son dos les provisions que nécessitait son maître. Galbatorix revêtait pour sa part un ensemble pourpre, surmonté d’une cape noire. Le regard déterminé, il s’avançait vers sa monture d’un pas sûr, ses bottes, sûrement confectionnées par les mains les plus expertes, tout comme le reste de ses vêtements d’ailleurs, résonnant sur la cour pavée. Il portait à sa main droite un sac de lin noir, dans lequel était posé sa propre armure, d’une blancheur éclatante, étincelante. Il voulait que ses ennemis le voient parfaitement bien avant de leur enfoncer Folkvnir, rangée dans son fourreau, blanc entrelacé de fils d’or, sur le flanc gauche du roi, dans leur chair. Sans dire un mot au dragon noir, celui-ci s’agenouilla, le roi monta sur son dos en s’appuyant sur sa patte avant droite, plaça son sac devant lui et ordonna au dragon de décoller.

      C’est ainsi qu’ils s’envolèrent vers le sud-ouest, en direction des Beors, les Imprenables,  pour provoquer la main du Destin.

 


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