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Bob Morane

Les Reliques du Démon
[Histoire Terminée]
Auteur: superdjidane Vue: 135
[Publiée le: 2010-01-07]    [Mise à Jour: 2010-01-08]
G  Signaler Action-Aventure/Heroic FantasyCommentaires: 0
Description:
La suite directe du « monde des elfes »
Crédits:
Les personnage de la série "Bob Morane" sont la propriété de Henri Vernes, les autres sont de mon invention.
Merci à mon cousin pour la correction du texte.
<< ( Préc ) ( Suiv ) >>

Commenter: Chapitres 5 à 8

Chapitres 5 à 8

[10368 mots]
Publié le: 2010-01-08Format imprimable  
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V


Après de nombreuses heures de marches, entrecoupées de courtes pauses, les jeunes elfes s’étaient installés un bivouac dans une petite clairière soigneusement illuminée par la lune. C’était autour d’un feu créé par le savoir-faire de Quentin que les enfants s’étaient regroupés, consommant des vivres achetés en chemin dans un village humain. Tous prenaient plaisir à rôtir des morceaux de viande plantés à l’extrémité de bâtons.

- Ce n’est pas si mal, de se retrouver seul à l’aventure, fit remarquer Justin. Aucun adulte ne vient nous titiller.

- Ça, tu peux le dire, lui répondit Huub, l’aîné du groupe. On nous critique souvent, au village, alors qu’on se débrouille plutôt bien !

- Qu’est-ce que Bob a osé dire ? On est trop jeunes, pas vrai ? Et bien je lui prouverai qu’on est quand même forts ! s’écria Justin.

- C’est encore mieux que dans les camps de scouts, s’exclama Quentin.

Les jeunes amis partagèrent leurs discussions sur leurs différentes expériences de vie dans les deux mondes avec un très grand enthousiasme.

Leur mission était la suivante : se rendre à Garlan, un village situé au bord d’une mer où habitent, selon des rumeurs, une communauté d’humains qui seraient capables de vivre aussi bien sous l’eau qu’à l’air libre. C’était pour cette raison que l’endroit portait aussi le nom de Lagune aux Sirènes. L’énergie d’une des reliques de Valmar avait été détectée à proximité de ce village. Les enfants devraient effectuer eux-mêmes des recherches sur place, Nathan et Hectos n’ayant pas plus d’informations.

Cela faisait à présent deux jours qu’ils avaient quitté Alent pour accomplir la mission qu’on leur avait confiée. La marche avait semblé pénible pour tous, mais l’effort était supportable. Jusqu’à cet instant, nul n’avait eu l’occasion de dégainer son épée ou de bander son arc, car rien ne s’était dressé sur leur chemin.

Huub consulta sa carte de la région et expliqua :

- Jusqu’à maintenant, nous avons bien progressé. Si nous gardons le même rythme, nous atteindrons le village côtier où nous devons nous rendre dans deux jours, mais entre temps, nous nous arrêterons dans le village humain de Dali où nous nous ravitaillerons à nouveau…

L’adolescent poursuivait ses explications tandis que Justin et ses compagnons l’écoutaient d’un air très intéressé. Huub avait une connaissance très approfondie des différents lieux de cette région et faisait ainsi office de guide pour le petit groupe. Lors des marches, c’était la bataille entre Justin et Huub pour tenir la tête de l’équipe. Huub prétendait qu’il devait présider le groupe parce qu’il était le plus âgé, tandis que Justin avait d’excellentes intuitions. Lorsqu’il tenait la tête du groupe, jamais ils ne se perdaient, tant son sens de l’orientation était développé. En revanche, Huub avait eu souvent du mal à se repérer. Il fallait voir Justin à l’œuvre, c’était un chef-né ! Il inspirait confiance à tous ses compagnons.

Après leur repas, les enfants-elfes se couchèrent à la belle étoile. La fatigue accumulée durant la journée les fit s’endormir aussitôt.


***

Justin était plongé en plein dans ses rêves d’aventures lorsque son meilleur ami le réveilla.

- Hé, Justin, il y a une drôle de bestiole qui s’amène vers nous !!

- Hein, qu’est-ce qu’il se passe… répondit-il dans un demi-sommeil.

- Il y a une espèce de bulbizarre là-devant !

Le garçon blond découvrit devant lui, à une vingtaine de mètres, un montre obèse sur quatre pattes, mi-végétal, d’un mètre de haut. Un bulbe sur le point d’éclore décorait son dos. Il semblait en avoir après les enfants.

- Ce truc-là, tu veux dire ? C’est pas un bulbizarre, mais plutôt sa forme évoluée, un florizarre !!

Quentin et Justin étaient leurs seuls éveillés du groupe. Le réflexe de Justin fut quasi immédiat, il dégaina son épée et hurla :

- Huub, debout ! C’est quoi cette horreur !

- Justin… Surtout ne t’en approche pas, son poison est redoutable, cria Huub qui s’était à son tour réveillé. Utilisons plutôt de la magie !

- Alors, si ce truc est de type plante, il faut lui lancer des attaques de feu ?

- Bien vu ! Nous pouvons aussi utiliser les braises de notre feu éteint, si elles sont toujours chaudes…

Justin tenta de se rappeler les sortilèges que Maya lui avait appris, mais dans la panique, il ne put rien faire. Tandis que Huub s’affairait à réveiller Zach, Quentin saisit des braises avec un bâton et les lança en direction du monstre. Bien que faibles, les petits morceaux de charbons rougis eurent de l’effet, puisque le monstre poussa un cri de douleur. Justin fit une seconde tentative, mais Huub l’arrêta.

- Justin, ce n’est pas la peine de le tuer, mais essaye plutôt de le faire fuir. Vise juste à côté.

Le garçon obéit et fit apparaître deux flammes à quelques centimètres de l’animal, qui renonça aussitôt à riposter et prit la fuite.

- Justin, fais quand même attention à ne pas incendier la forêt ! lui cria Zach en faisant apparaître des petites trombes d’eau au-dessus des flammes.

- Nous avons eu de la chance que ce n’était qu’un petit, fit Huub. Contre un adulte, on aurait eu un peu plus de mal. Je pense qu’il serait plus judicieux qu’on plie nos affaires et qu’on parte d’ici au plus vite. Si cette bestiole a pu venir jusqu’à nous, c’est que sa famille ne doit pas avoir son nid si loin. Si ce petit a l’idée de prévenir ses parents…

- Je le pense aussi, fit Quentin.

Lorsqu’ils eurent refermé leur sac à dos, veillé à ce que le feu de camp soit bien éteint et qu’ils n’aient laissé aucun déchet (car les elfes sont des êtres respectueux de la nature qui les entoure), il faisait encore nuit. Justin estima qu’il devait être quatre heures du matin, et les jeunes amis, bien que fatigués, pouvaient encore assez facilement se repérer, grâce à leur nyctalopie.

- Allons directement au prochain village, proposa Huub.


***


Cela faisait maintenant deux jours, à compter de l’attaque du petit monstre, que les jeunes aventuriers progressaient sans avoir fait de mauvaises rencontres. Tous avaient les yeux cernés, tant ils n’avaient pas pu profiter de la totalité des nuits ou de siestes. Le jour suivant leur petite aventure, ils s’étaient arrêtés, après deux heures de marches, dans le village humain de Dali, mais s’étaient heurtés à différents problèmes : le tenancier de l’auberge refusait de leur louer une chambre, prétextant qu’il ne logeait que des adultes. L’armurier refusait de leur vendre des armes et de réaffûter leurs épées, prétextant que des enfants n’ont pas à tenir de tels objets. Huub avait beau insister, en expliquant que les humains et les elfes de cette contrée, voire de ce monde, manient généralement la lame dès l’âge de dix ans. Mais l’armurier lui riait au nez, et lui expliquait que ce n’était pas lui qui en décidait ainsi, mais les lois établies par le maire du village.

Aucun des habitants qu’ils avaient croisé n’accepta de les loger pour une nuitée, et les jeunes elfes avaient préféré éviter de faire du porte-à-porte. Tout ce qu’ils purent faire était de se procurer de la nourriture dans une petite boutique, dont l’épicier avait lui aussi refusé de leur vendre quoi que ce soit dans un premier temps ; mais Quentin avait hurlé :

- Vous vous moquez de nous ! Dans l’autre monde, il y a aussi des lois comme ça, mais on a quand même le droit d’acheter nous-mêmes à manger ou des jeux.

L’épicier avait répliqué qu’un enfant n’était pas capable de gérer son argent, et que le maire, d’un commun accord avec les habitants, avait instaurés ces lois pour protéger leurs enfants.

- Surprotéger, vous voulez dire… en tout cas, dans notre village elfe, on n’a pas ces stupides lois ! avait répliqué Justin.

- Très bien, les enfants, dans ce cas prenez ce que vous voulez et du balais !

Après s’être emparés d’un morceau de jambon, de deux miches de pain et de quelques kilos de fruits et légumes, l’épicer avait refusé d’encaisser leur argent, expliquant qu’il aurait des problèmes avec le maire s’il acceptait.

Les jeunes elfes avaient ensuite interrogé un passant sur les raison de ces lois, et on leur avait répondu que cinq ans auparavant, la plupart des enfant partaient en voyage dès l’âge de douze ans et que seul un quart d’entre eux revenait au village. La douleur des parents étant insoutenable, il fallait faire quelque chose. Irrités par le comportement des habitants, les jeunes amis avaient pris la décision de quitter le village au plus vite.

Le petit groupe avait ensuite poursuivi son voyage. Ils avaient pourtant fait de nombreuses pauses, mais nul n’avait pu fermer l’œil plus de quatre heures, de peur de revivre un nouvel évènement similaire à la nuit précédente. Huub, qui possédait une carte détaillée de la région, dessinée par les elfes du village, avait expliqué que les endroit idéaux pour les bivouacs y était indiqués et qu’ils ne s’arrêtaient qu’à ceux-ci. De plus, ils ne traversaient que les villages certifiés fréquentables selon cette carte. C’est pourquoi ils avaient passé à proximité de certains bourgs en restant le plus distant possible.


***


Ce fut en cette soirée que Justin, Quentin et Zach, éreintés, avaient supplié Huub :

- Dis, Huub, t’es vraiment sûr que ce village est risqué ? demanda Justin.

- Je ne sais pas vraiment, ce n’est pas indiqué sur ma carte. Aucune explication n’est fournie pour justifier le fait qu’il ne soit pas recommandé.

- Si on s’y arrêtait, qu’est-ce qu’on risque ? demanda Quentin.

- De mauvaises rencontres, répondit Huub. Soit des voleurs, des maraudeurs. Et vu notre âge, des pédophiles, peut être.

- Mais si on fait attention à qui l’on parle, on risque aussi de faire de BONNES rencontres, tu ne penses pas ?

- Mais s’il vous arrivait quelque chose, jamais je m’en remettrais.

- En tout cas, fit Zach, je pense que je risque de m’évanouir si on ne s’arrête pas dans une auberge au plus vite.

- Bon, comme vous voudrez, mais ne vous plaignez pas si on vous agresse !

Les jeunes aventuriers se dirigèrent alors vers le village, du nom de Utaï sur la carte. Une fois à l’intérieur, Huub semblait vraiment anxieux et peu rassuré, tandis que ses trois accompagnants ne s’en souciait pas. Les habitants de ce village étaient étrangement variés. Les jeunes elfes pouvaient apercevoir d’autres elfes et des humains blancs, ainsi que d’autres aux traits asiatiques. Justin se dirigea vers un elfe blond de grande taille.

- Excusez-moi, vous savez où se trouve une auberge où on peut se reposer et une taverne où on peut manger pour pas trop cher ?

- Mais bien sûr, mes jeunes, répondit-il en souriant. Suivez-moi, je vous y conduis de ce pas… Mais attendez, vous venez de loin ?

- Oui, assez, répondit Justin, trois jours de marche de notre village.

- Dans ce cas j’ai encore mieux que cela à vous proposer. Je connais justement des amis qui pourront vous nourrir et loger gratuitement.

Justin hésita à répondre.

- Justin, fit Huub discrètement, ce n’est pas très prudent de parler à un habitant d’un village inconnu : dieu sait où il veut nous mener…

- Qu’est-ce que tu dis ? C’est un elfe de la même race que nous, nous pouvons lui faire confiance !

- Vous n’avez pas de raison d’avoir peur, mes enfants, répliqua l’inconnu. Mais vous dites que vous êtes des elfes ?

- Bien sûr, fit fièrement Justin, et en pleine mission !

- C’est une raison de plus pour accepter mon invitation. Je me présente : mon nom est Kaël.

Justin fit les présentations et semblait plutôt confiant envers cet elfe sympathique.

- Justin, fit Zach qui tentait de le freiner, on ne sait pas ce qu’il y a dans ce village, ne parle pas trop de nous…

- Ainsi vous ne me faites toujours pas confiance, vous autres, dit Kaël. Vous venez d’Alent, n’est-ce pas ?

- Heu, oui, fit Zach, vous connaissez ?

- Bien sûr, puisque j’y ai vécu quelques années. Cela fait dix ans maintenant que j’ai quitté ce village pour revenir ici parce que je ne pouvais plus supporter ce Shaddar… Il est toujours à la tête d’Alent ?

- Malheureusement oui ! fit Huub qui n’était toujours pas confiant.

- Vous avez peur de notre village, il me semble, mais pourquoi ?

- Parce que sur ma carte, ce n’est pas dit qu’il est recommandable.

- Faites-moi voir cette carte…

Kaël reconnut la carte de la région et vit des villages surlignés de vert, indiquant leur fiabilité.

- Je ne comprends pas sur quoi les personnes qui ont conçu cette carte se sont basés… Mais enfin, cela ne veut rien dire… Tiens, ils ont mis celui-ci en vert alors que l’on fait état de l’existence de beaucoup d’agressions ces derniers temps… mais pourquoi celui-ci n’est pas en vert ? C’est une vielle carte ?

- Heu, je ne sais pas.

- Et bien, mon cher Huub, cette carte est vraiment dépassée et surtout insensée. D’autant plus que ton histoire de fiabilité peut changer chaque année… Pour ma part, je vous demande de me considérer comme fiable, et vous n’avez aucune raison de me craindre.

C’est ainsi que les jeune aventuriers acceptèrent son invitation.

- Dis, Kaël, il y a beaucoup de Chinois, dans ce village… demanda Quentin.

- Des Japonais, rectifia Kaël.

- Alors, il y a un portail qui mène quelque part au Japon pas loin d’ici ?

- C’est exact. Mes jeunes, ce sera justement à de la bonne cuisine japonaise que vous allez goûter ce soir.

Kaël les mena dans une maison de taille moyenne, dont l’intérieur était meublé à la Japonaise.

- Enlevez vos souliers, recommanda Kaël. Vos hôtes n’apprécieront guère qu’on souille leur tatami…

Un homme et une femme d’âge moyen, aux traits japonais, leur apparurent. Kaël leur parla en Japonais, sans doute pour expliquer sa venue et celle des enfants.

- Kaël, ils ne parlent pas français ? demanda Justin à voix basse.

- N’ayez crainte, mes jeunes, répondit Kaël. Le Français et le Japonais sont les langues utilisées dans ce village. Laissez-moi vous présenter Hayate, et sa femme Naomi.

- Bonjour, firent timidement les enfants en chœur.

- Soyez les bienvenus, les enfants, dit joyeusement Naomi en Français. C’est avec grand plaisir que nous vous logeons pour autant de temps que vous le souhaitez. Deux chambres sont à votre disposition. Nos enfants sont maintenant en mission, tout comme vous !

- En fait, déclara Justin, hésitant, c’est juste pour une nuitée…

- Nous avons bien plus que cela à vous offrir, répondit Hayate. Kaël m’a dit que vous êtes fatigués, vous avez aussi besoin d’un bon bain chaud…

Les enfants se présentèrent et furent invités à s’asseoir autour d’une table basse.

- Que diriez-vous d’un bon bol de râmen, les enfants ?

- C’est quoi ? fit Zach.

- Ce sont des nouilles de riz qu’on mange en soupe, lui répondit Quentin. J’en ai déjà goûté une fois, c’est pas mal du tout.

- Tout juste, fit Naomi. Mais celles-là sont faites maison, cela n’a rien à voir avec ces sachets achetés dans les supermarchés !

- Les râmen seront prêts dans environ une heure, expliqua Hayate. En attendant, je vous conseille d’aller vous requinquer dans la source thermale.

- Qu’il en soit ainsi, fit Kaël. Je les y mène.


***


- Alors, les garçons, que pensez vous de ce bon bain ? leur demanda Kaël.

- Excellent ! J’ai l’impression que je retrouve la vie ! s’exclama joyeusement Zach.

- Nous aussi ! firent les trois autres.

Cela faisait une vingtaine de minutes que les jeunes compagnons se trouvaient dans la source thermale au centre du village. Le bassin peu profond, de forme irrégulière, couvrait une surface égale à celle d’un salon. Il était actuellement désert.

- Le problème, c’est que sans maillot de bain, c’est un peu gênant… fit Justin.

- Justin, on est dans un lieu de détente ici, alors ne te laisse pas perturber par cela…

Quelques instants plus tard, deux homme pénétrèrent dans le bassin et vinrent s’installer au côté opposé.

- Mais il y a en plus du monde qui vient ici ! s’exclama Quentin.

- Que crois-tu, c’est un lieu public, fit Kaël en souriant.

Le teint de Justin et Quentin vira au rose, tandis que cinq autres personnes vinrent à leur tour, dont deux jeunes filles un peu plus âgées que les jeunes aventuriers.

- Et mixte, j’oubliais de préciser… ajouta Kaël. Vous deux, retirez vos mains de là, vous vous couvrez de ridicule ! C’est incroyable que vous soyez obligés de vous vêtir pour vous baigner !

- Je comprends maintenant pourquoi ce village n’était pas en vert sur cette carte ! râla Justin.


VI


Plus tard, les jeunes étaient assis autour de la table basse en compagnie de l’elfe Kaël et du couple nippon. Chacun avait devant lui un bol rempli de bouillon où des nouilles sautées trempaient avec quelques morceaux de porc et de légumes. Bien que quelque peu incommodés par la position accroupie, les jeunes elfes découvraient avec grand plaisir ce plat courant au Japon. De plus, manger avec des baguettes n’était pas leur fort.

- Ne vous en faites pas, mes jeunes, les râmen se dégustent sans avoir à connaître toute la philosophie de notre pays. Faites comme vous pouvez…

- Itadakimasu ! s’exclama Quentin.

- Tu as tout compris ! lui répondit Hayate. Mais où as-tu appris cette phrase ?

- Dans des mangas !

Tandis qu’ils mangeaient avec appétit, les jeunes aventuriers racontèrent leur périple et la mission qui leur avait été confiée.

- Je comprends maintenant la peur que vous ressentez à bivouaquer en pleine forêt, dit Kaël, mais sachez seulement qu’il existe heureusement beaucoup d’endroits où vous pouvez vous reposer tranquillement.

- Mais pourtant, fit Huub, mon plan me disait que cet endroit était sans danger.

- Ah encore ce plan ! puis-je le voir encore une fois ?

Huub se leva, fouilla dans ses affaires et rapporta sa carte.

- Ce sont les zones des forêts en rose qui signalent les endroits tranquilles.

- C’est encore plus risible que l’histoire des noms de villages surlignés. Mes enfants, ce plan n’est plus à jour ! De plus, comment peut-on prétendre certifier des zones de forêt sécurisées. D’autant plus que la faune se déplace… Cette carte n’est utile que pour alimenter un feu !

Kaël plia la carte en avion et la jeta dans la cheminée où un feu de bois se consumait.

- Hé, fit Huub, on va faire comment maintenant pour se repérer ?

Hayate sortit un autre plan d’un tiroir et le tendit aux enfants. C’était exactement le même plan, mais sans les appréciations des lieux.

- Utilisez plutôt celle-là.

- Très bien, mais maintenant, on peut plus savoir si on ose visiter un lieu ou pas.

- Mes jeunes, il faut vous fier à votre instinct ! expliqua Kaël.

- En fait, fit Quentin, cette bestiole ressemblait étrangement à un pokémon, un monstre que l’on rencontre dans un jeu vidéo.

- Cela est fort possible, affirma Kaël. Dans notre village, certains ont des amis dans l’autre monde qui viennent y passer leurs vacances. J’en ai vu un observer des créatures sauvages et les dessiner sur un bloc note. Quand je lui ai demandé ce qu’il faisait, il m’a répondu qu’il cherchait de l’inspiration pour le design d’un monstre pour un jeu vidéo. Peut-être est-ce là l’origine de ce que vous voyez sur votre console…

- Cela veut dire qu’on pourrait aussi rencontrer des… s’enthousiasma Justin.

- Pas forcément, la plupart de ces monstres virtuels restent avant tout issus de l’imagination.

Tandis qu’ils poursuivaient leur conversation, Hayate remplit à nouveau leur bol en râmen.

- N’hésitez pas à en reprendre, vous avez besoin de force !

- Dis, Hayate, vous dites que vous avez des enfants ? demanda Justin.

- Bien sûr. Nous en avons quatre. Les deux premiers ont déjà quitté la maison. Les autres, âgés respectivement de treize et onze ans, ont été envoyés en mission d’entraînement par l’école de ninja pour parfaire leur formation.

- Une école de ninja ? demanda Quentin.

- Exactement, notre village possède aussi un petit centre de formation pour enseigner à nos enfants le maniement de la lame. Tous y vont dès l’âge de huit ans. Qu’il soit elfe ou humain, blanc ou japonais.

- Il faut être de ce village pour y entrer ? demanda Quentin, intéressé.

- Pas du tout, notre école est ouverte à tous les enfants de la région, désireux de suivre la voie du ninja ; mais les places sont toutefois limitées, tant notre centre est petit. Cela vous intéresserait ?

- Heu… Pas particulièrement.

Après avoir fini leur repas, les enfants furent conduis à leurs chambres. Chacune était équipée de deux futons. Huub prit une chambre avec Zack, tandis que Justin et Quentin partageaient l’autre.

- Vous me direz des nouvelles de ces lits, cela ne ressemble pas à ce que vous connaissez, expliqua Naomi.

Après s’être allongés sur leurs futons, les compagnons partirent dans un sommeil profond comme l’éternité.


***


- Cela fait plus d’un siècle que nous formons des jeunes ninjas, expliquait Kaël. Avant cela, la formation offerte aux jeunes était similaire à celle que vous recevez actuellement par votre maître Nathan. Tout comme lui, j’enseignais le savoir elfe en matière de combat. Les Japonais qui s’étaient établis quelques années avant ce changement ont eu l’idée de créer un centre de formation à l’image de leur idéologie. C’est ainsi qu’ils y ont apporté l’art ninja. C’est alors que je me suis reconverti sans grosses difficultés dans cet art. J’ai maintenant une place importante en tant que formateur dans cette école.

- Excellent, fit Justin. Comme ça nous avons des ninjas à disposition, en plus des sorciers, des bretteurs et des archers elfes. Cette contrée ne risque pas d’être envahie par une force du mal…

- Nous sommes effectivement prêts à parer à toutes menaces, lui répondit le grand elfe. Mais ne nous faisons pas trop d’illusions, nous ne sommes pas invincibles… C’est pourquoi nous devons nous entraîner.

Cela faisait deux heures que les jeunes elfes s’étaient réveillés et avaient pris leur petit déjeuner. Kaël leur avait montré l’emplacement du portail et les avait fait traverser. Ils s’étaient retrouvés sur une colline avec une vue imprenable sur Hagi, une petite ville japonaise. Puis Kaël leur avait fait visiter le centre de formation des ninjas, mais celui-ci était vide, car les appentis étaient partis en voyage de formation pour un mois. Toutefois il était aisé de comprendre l’enseignement dispensé par les installations.

Après cette visite, les enfants voulurent poursuivre leur voyage. Quentin demanda :

- Kaël, est-ce que tu sais si les habitants du village où nous devons aller sont amicaux ou à éviter ?

- Je me suis déjà rendu plusieurs fois dans cet étrange village, et je n’ai jamais eu de problème jusqu’à maintenant. Ces gens sont assez hospitaliers, mais sans plus. Ce n’est jamais dans la plus grande joie qu’ils m’ont hébergé. Pourtant des hommes me l’ont décrit comme des gens très ouverts.

- Peut-être parce qu’ils n’aiment pas les elfes ? fit Justin.

- C’est possible, on ne peut confirmer cet hypothèse. Je n’ai pas pu avoir des relations plus approfondies avec ces hommes. Mais il se pourrait qu’il en soit autrement avec des enfants comme vous, qui sait. Sachez seulement que s’ils ne vous inspirent pas confiance, je vous suggère de plutôt parler à leurs enfants, qui sont comme tous les autres naturellement joyeux et toujours prêts à aider leur prochain.

- C’est vrai qu’ils peuvent respirer sous l’eau ? demanda Quentin.

- Ils ont effectivement la capacité de pouvoir vivre aussi bien sous l’eau qu’à l’air. Cependant ils ont toujours gardé le secret de leur pouvoir. Mais il paraît que n’importe quel humain peut acquérir cette faculté.

- De toute façon, nous verrons cela de plus près, répondit Huub. Mais maintenant, il faut absolument qu’on s’en aille. Nous sommes déjà partis de notre village depuis quatre jours.

- Bien sûr, je ne tiens pas à vous retenir.

Puis ils retournèrent alors chez leurs hôtes pour chercher leurs affaires. Kaël leur donna de la nourriture pour trois jours et une petite sacoche de cuir à chacun.

- Qu’est-ce que c’est  ? demanda Huub.

- Dans ces sacoches de cuir, vous trouverez quatre kunaï et quatre shuriken. Qui sait, cela pourrait vous servir.

- Génial !

- Justin, prends aussi ce katana. Toi, qui est un bretteur en herbe, tu ne seras pas déçu par cette lame, bien plus légère que ton épée elfique.

Kaël leur indiqua encore des endroits idéaux pour des haltes durant leur voyage et leur souhaita bon vent. Ce fut sur ce ton joyeux qu’ils prirent congé de leurs nouveaux amis. Ils venaient de se faire de précieux alliés.


VII


La marche des jeunes aventuriers dura encore une journée. La nuit qui avait suivi le départ du village d’Utaï, ils avaient préféré camper à la belle étoile dans une clairière, et rien ne les y dérangea. Ils avaient pu à nouveau bien se reposer de leur marche. Ce fut l’après midi suivant qu’ils atteignirent la mer. La plage où ils avaient débouché était de toute beauté, à calmer plus d’un touriste. Il leur fallut une vingtaine de minute de progression vers le sud pour atteindre le village de Garlan, qui avait l’apparence d’un village lacustre.

Le climat était bien plus chaud que dans les régions qu’ils avaient traversées. Aussi les enfants transpiraient sous leurs vêtements de cuir. A une cinquantaine de mètres du village, Justin avait râlé :

- Huub, ces vêtements elfiques ne sont pas adaptés à cette chaleur.

- Désolé, petit, nous n’avons pris que des sous-vêtements de rechange.

En s’approchant plus du village, ils aperçurent une dizaine de garçons qui jouaient sur la plage. Ils étaient à torse nu et n’avaient pour vêtements que des shorts de différents coloris. Tous avaient un teint bien bronzé, une musculature assez développée et des cheveux hirsutes éclaircis par le soleil. Certains d’entre eux portaient des tatouages tribaux sur le haut du corps, les bras et les cuisses. A ce que pouvait en juger Justin, ils étaient visiblement âgés de huit à quinze ans.

- Parfait, fit Huub, nous rencontrons des enfants, nous pouvons donc leur parler en toute confiance.

Les enfants arrêtèrent leur jeu en voyant les visiteurs, et les dévisagèrent avec anxiété.

- Salut, les gars, fit Huub, vous êtes bien de ce village ?

- Bien sûr, répondit l’un des plus grands. Mais vous, vous venez de loin, pas vrai ?

- Oui assez, répondit Justin, quatre jours de marche ! Tu vois ce que cela représente ?

- Mais que faites-vous dans ce coin ?

- Nous recherchons un artefact, expliqua Huub. Mais avant ça, est-ce que nous pouvons nous reposer dans votre village ?

- Mais bien sûr, répondit un autre garçon qui avait l’âge de Justin. Tous ceux qui passent dans la région sont les bienvenus. En fait, on ne s’est pas présenté ?

Les jeunes aventuriers donnèrent leurs noms, puis les autochtones les leurs à tour de rôle. Celui qui devait être à la tête de cette bande se présenta en dernier :

- Quant à moi, mon prénom est Chris. Je suis le fils du chef du village.

- Cela ne m’étonne pas, répondit Zach en riant. Il faut bien être un enfant de chef pour se mettre à la tête d’un groupe d’amis.

- Bien sûr, mais je te préviens. Le pouvoir ne me monte jamais à la tête. Si c’est ce que tu penses !

Alors, les enfants les conduisirent vers les baraquements. Ces garçons, qui se révélaient très attachants, parlaient très bien le français, mais avec un léger accent américain.

- Il y a aussi des filles parmi vous ? demanda Justin.

- Oui, mais en ce moment, elles restent au village, tandis que nous préférons nous amuser sur la plage. Elle viennent jouer avec nous de temps en temps.

Tandis qu’ils marchaient, les jeunes elfes dévisageaient avec étonnement les tatouages portés par quatre des plus âgés, dont le fils du chef. Ils devaient avoir au moins dans les treize ans. Tandis que les plus jeunes du clan observaient curieusement les visiteurs, l’un d’eux demanda à Huub :

- Vous êtes un peu bizarre, vous avez les oreilles pointues.

C’est alors que celui qui dirigeait le group, s’écria, interloqué :

- Attendez, vous n’êtes pas des elfes ?

- Heu, si, fit Huub. Cela te pose problème ?

- Oui, car dans ce cas, vous ne pouvez pas entrer au village, répondit Chris.

- Mais pourquoi, on vous fait peur ?

- Non, pas du tout. Mais le chef, mon père, et la plupart des adultes ont les elfes en horreur.

- Mes parents aussi… fit un autre garçon.

- Mais pas les miens, fit encore un autre.

- Mais attendez, expliqua Chris, vous, vous êtes des gamins comme nous. Et on n’a jamais vu venir des enfants elfes seuls ici, peut-être qu’on vous accueillera quand même. J’ai une idée : comme je suis le fils du chef, je vais venir au village avec certains d’entre nous et en parler à mon père pour tenter de le convaincre. En attendant, vous et les autres, attendez dehors. Puis je viendrai vous donner la réponse.

- Ça me paraît plus judicieux ainsi, répondit Huub.


***


Ce fut un quart d’heure plus tard, que Chris revint vers les jeunes elfes et ses amis qui leur tenaient compagnie durant ce délai.

- C’est ok pour cette nuit, mon père n’y voit pas d’inconvénients, comme vous n’êtes que des enfants. Cependant, il voudrait vous parler.

Cela parut soulager les jeunes voyageurs.

- J’espère seulement, soupira Huub, que ce n’est pas pour nous harceler !

Alors, Huub, Justin, Quentin, et Zach, furent conduits à l’intérieur du village. Le village de Garlan était effectivement construit sur pilotis, au-dessus de l’eau, dans des matières diverses telles que bois, pierre, feuilles de palmiers… Les habitants de ce village, outre les garçons qu’ils avaient rencontrés sur la plage, étaient composés d’hommes et de femmes de différents âges, d’adolescents, d’enfants en bas âge et aussi de jeunes filles du même âge que les garçons. Les hommes portaient aussi des shorts et certains des chemises en plus, tandis que les femmes et les jeunes filles étaient vêtues de bikinis ou de robes courtes. Les habitants étaient imberbes, tout comme les elfes. Les jeunes elfes constatèrent aussi qu’un tiers des adultes étaient tatoués. Certaines des femmes et jeunes filles arboraient aussi des tatouages à partir de la douzaine, au même titre que les garçons. Leurs motifs tribaux avaient juste quelques différences globales. Bien que fortement intrigués, à aucun moment ils n’avaient osé, depuis leur arrivée, poser la moindre question au sujet de ces tatouages, de peur d’offusquer leurs hôtes.

On pouvait en outre lire, sur la plupart des visages des adultes, un certain sentiment de répulsion en voyant les étrangers. Les dires de Kaël ne purent que se confirmer. A part les enfants, les habitants de Garlan semblaient avoir une certaine haine envers les elfes.

Les compagnons furent introduits dans une maison semblable aux autres, mais un peu plus grande, à extrémité d’un ponton. A l’intérieur, un personnage de grande taille, de corpulence moyenne et à la musculature imposante s’y trouvait. Il était intégralement tatoué, sauf à la tête. A n’en point douter, ils se trouvaient en présence du souverain du clan des hommes amphibies de Garlan.

-Mes enfants, commença-t-il. Vous êtes bien les visiteurs dont mon fils m’a parlé ?

- Bien sûr ! fit Huub.

- Vous désirez donc vous reposer dans notre village.

- En effet, cela fait quatre jours que nous sommes partis de chez nous. En réalité, nous sommes ici pour la recherche d’une relique dont on aurait détecté la présence dans les environs de votre village. Nous savons que vous ne vous entendez pas avec ceux de notre race, nous vous promettons de pas rester plus que le temps nécessaire à sa recherche.

- Très intéressant : même enfants, vous les elfes, n’hésitez pas à braver l’inconnu pour trouver des objets que vous convoitez. Cette bravoure fait bien entendu de vous des êtres prétentieux que se croient au-dessus de tout ! En fin de compte, cette arrogance est telle que certains d’entre vous nous ont volé des biens et tué certains des nôtres par le passé. Comme nous ne pouvons oublier ceci, il est naturel que nous ressentions cette haine. Mais comme vous êtes assez jeunes pour être innocents, je peux fermer les yeux sur ceci en vous laissant passer une nuit ici, mais pas une de plus. Me suis-je bien fait comprendre ?

- Heu, oui… fit Justin. Mais vous devriez peut-être réviser votre jugement…

- C’est cela, oui ! Evitez de vous montrer impertinents comme les vôtres ! Sinon, vous ne passerez même pas la nuit ! Tachez donc de ne pas semer le trouble ici ! Logez chez des gens qui voudront bien vous héberger, mais je doute sincèrement que vous en trouviez quelque part dans notre clan. Enfin débrouillez-vous pour cela, ce n’est pas mon problème.

- Bon, d’accord.

Sur ce, les compagnons sortirent de la demeure du chef, les yeux larmoyants.

- Quel odieux personnage ! Oser nous traiter ainsi ! bougonna Huub.

- Ne désespérez pas ! fit Chris qui les rejoignit. Mon père a toujours été ainsi avec les elfes. Il n’a jamais pu se libérer de ses vieilles rancœurs. Pour ma part, vous n’avez rien fait de mal. Et contrairement à ce qu’il dit, certains des parents vous hébergeront très volontiers. Allons voir les autres garçons…

- Fiston ! vociféra une voix de derrière la porte qu’ils venaient de franchir. Ne t’avise pas d’aider ses créatures impies !

- Ça suffit, père ! hurla Chris. Je suis assez grand pour prendre mes responsabilités !

Alors, il emmena les jeunes elfes vers ses amis. S’ensuivit une petite conversation au cours de laquelle il s’avéra que six des enfants avaient des parents qui n’avaient pas de problème avec les elfes. La bande réunie fit un tour du village et quatre familles eurent la possibilité et acceptèrent joyeusement de loger respectivement un elfe.

Aucun des membres de ces familles ne portait de tatouage, excepté dans la famille hébergeant Justin, où le garçon (du nom de Jack) était l’un des quatre à porter les motifs tribaux indélébiles.

- Dites, les gars, fit Justin, est-ce que vous ne pouvez pas nous prêter des shorts comme vous avez ? On transpire…

- Bien sûr, répondit Chris. Mettez-vous à l’aise ! Vous trouverez tout ce dont vous avez besoin chez vos hôtes. Après vous être changés, rejoignez-nous sur la plage. Et n’hésitez pas à piquer une tête dans cette mer bien azurée !


***


L’habillement des enfants était en réalité constitué d’un slip de bain comme on en voit sur terre, et du short qu’on revêtait par dessus. Lors de la baignade, on l’ôtait. L’ensemble était très agréable à porter dans cette région au climat méditerranéen, à en croire Justin et ses compagnons. Il fallait préciser que les habitants de Garlan évitaient toute tenue ample sous l’eau, qui opposerait une résistance à leurs déplacements sous-marins.

Cela faisait à présent une bonne heure que les jeunes elfes s’amusaient en compagnie des enfants de Garlan sur la plage. Zach avait toujours gardé son pendentif à son cou. D’abord Chris leur avait montré, à la demande de Justin, qu’ils pouvaient vivre aussi bien sous l’eau que sur terre. Il avait plongé dans l’eau et s’y était maintenu pendant plus de dix minutes avant d’en ressortir. Toutefois on pouvait constater qu’il lui fallait un certain effort pénible pour vider ses poumons d’eau, afin de pouvoir à nouveau respirer de l’air.

- Le seul inconvénient de notre pouvoir, expliquait Chris, c’est que le passage d’un élément à l’autre est pénible et prend du temps. Mais à ça, on est habitué depuis tout petit !

- Aussi, ajouta Jack, on ne peut pas aller aussi profond qu’on veut. Au bout d’un certain temps la pression devient insupportable et les tympans nous font mal.

Après cela, tous s’étaient rafraîchis dans l’eau.

- Je ne peux pas respirer sous l’eau comme vous, fit joyeusement Justin. Mais je nage très bien !

Tandis qu’il nageaient, des dauphins leur tenaient compagnie. Les enfants de Garlan avaient expliqué que ces mammifères marins étaient aussi d’excellents amis. Une petite partie de football succéda à la baignade. Après s’être suffisamment dépensés énergiquement, tous s’arrêtèrent et s’assirent au bord de l’eau pour converser entre eux. Le jour commençait à tomber. Les elfes expliquèrent les raisons de leur venue dans cette région et la quête qu’on leur avait confié, mais sans donner aucun détail sur la raison de la collection des artefacts.

- C’est génial, fit un des autres garçons. Au moins vous, vous pouvez voyager, partir à l’aventure ! Nous, on reste coincés dans cette région.

- Moi j’ai juste eu l’occasion de visiter Durandal avec mes parents l’année passée, expliqua un autre. Ailleurs, il fait peut-être plus frisquet, mais les paysages verts sont de toute beauté.

- Ça tu peux le dire, s’exclama Zack. Surtout au printemps dans notre village d’Alent.

- Ce que je sais aussi, ajouta Chris. C’est qu’on n’est pas obligé de se faire tatouer, ailleurs qu’ici.

- Hein ? fit Justin. Tu n’aurais donc pas voulu ces tatouages ?

- Et comment ? Justement, les elfes, vous ne connaissez pas une sorcière capable d’effacer les tatouages ? J’en ai entendu parler.

- Non, pas du tout, fit Huub. Mais alors, on t’aurait forcé à passer sous les aiguilles ?

- Euh, oui. Dans notre village, le tatouage est une coutume. Normalement, personne n’est obligé de passer ce rituel, d’après ce que certains des adultes ont raconté. Chacun pouvait se faire tatouer dès ses onze ans, selon la loi instaurée au village. Mais certains parents obligent leurs enfants à se faire tatouer, prétextant qu’ils obtiendraient plus facilement une place importante au sein du village. C’est ce qui m’est arrivé ; mon père a demandé, après mon onzième anniversaire, que je passe chez le tatoueur du village. Je ne voulais pas et j’ai expliqué que cela ne m’intéressait pas de me faire torturer pour porter des marques à vie. J’ai résisté pendant quatre mois par tous les moyens, mais un jours, mon père m’y a emmené de force… et voilà !

- Vous aussi, on vous a tatoués contre votre gré ? demanda Justin aux autres garçons.

- Non, répondit Jack, on l’a juste fait pour soutenir moralement Chris. Comme ça on ne le laissait pas seul.

- C’est vraiment généreux de votre part, fit Huub.

- Et je les en remercie, ajouta Chris, car je n’aurais jamais pensé ça d’eux. Cela m’a vraiment aidé à reprendre goût à la vie après plusieurs jours de dépression. Avec le temps j’ai appris à supporter le regard des étrangers passant dans la région. Mais en attendant, beaucoup de garçons et de filles ont été forcés de se faire tatouer avant moi pour les mêmes raisons.

- Ben ça, alors, s’exclama doucement Quentin, je n’aurais jamais pensé qu’on pouvait tatouer des enfants. C’est vraiment douloureux ?

- Oui, assez, mais c’est supportable. Avec moi, tout un mois a été nécessaire. Pour te maintenir tranquille, on te fait avaler chaque matin et en début d’après-midi, une sorte de breuvage qui te transforme en une poupée de chiffon. Tu peux toujours respirer, mais plus bouger. Et le tatoueur y va avec ses aiguilles, tout le temps de l’effet du breuvage. Et tout en te racontant des histoires disant que si on endurait toute la souffrance nécessaire à leur impression, ces motifs pourraient nous protéger d’une mort violente. Après, il t’accorde deux heures de pause pour récupérer et manger, et ça recommence pour l’après-midi. Les journées me semblaient interminables et je n’en revenais pas le jour où il m’a dit qu’il avait terminé.

- C’était pareil avec moi, ajouta Jack.

- Après ça, ce n’est pas fini, parce qu’en grandissant notre peau s’étend et les motifs se déforment un peu. Et il faut repasser une journée par année pour des retouches.

Les enfants partagèrent cette discussion pendant encore une demi-heure. Car après vint l’heure de rentrer au village, dans leur maison respective, pour aller manger.


VIII


La famille de Jack, qui accueillait Justin, était très sympathique. Cette soirée, tous ses membres se trouvaient réunis pour le repas du soir. La mère avait préparé un succulent plat de fruits de mer. Outre ses parents, Jack avait une grande sœur et un petit frère encore en bas âge. Très intéressée, la mère avait posé de nombreuses questions au sujet de la race elfique, de son mode de vie. Justin, qui menait une vie d’elfe depuis très peu de temps, donnait autant de descriptions que possible, mais expliquait qu’il n’avait pas toujours vécu chez les elfes.

- Donc tu serais un humain transformé en elfe ? c’est incroyable. Je n’ai jamais cru cela possible !

- Je trouve aussi un peu bizarre que vous puissiez vivre sous l’eau et que l’on tatoue des enfants, ici.

- Justin, sache seulement, en ce qui concerne notre tradition de tatouage, qu’elle ne m’a jamais intéressée, ni mon mari. Je n’ai d’ailleurs pas du tout poussé mes enfants à y passer. Je ne m’y oppose en revanche pas du tout. Aussi Jack l’a fait, un an après Chris, quand il a eu ses onze ans, pour soutenir son meilleur ami, ce que je trouve très courageux de sa part.

- C’est sûr, moi aussi j’aurais fait de même. Après tout, quand on a de vrais amis, on veut toujours leur ressembler un peu, pas vrai ?

- Bien sûr, mais j’espère seulement qu’il ne le regretta pas. Fort heureusement, j’ai plutôt l’impression, que même si notre tatoueur est un peu marginal, il fait un excellent travail, avec amour pour cet art. Il déprime toujours lorsqu’il n’a pas de corps à piquer.

- Oh, Maman, tu sais bien que j’ai bien réfléchi avant de le faire ! souligna Jack. Après tout, ça me va plutôt bien.

Justin posa ensuite de nombreuses questions au sujet du pouvoir leur permettant de vivre sous l’eau. Le père de Jack donna alors de nombreuses explications. Une cinquantaine d’années plus tôt, un scientifique américain au service de l’armée avait trouvé que par modifications génétiques, il pouvait rendre les poumons capables d’assimiler l’oxygène de l’eau pour les besoins du corps. Après des essais concluant sur des animaux, de nombreux cobayes volontaires furent opérés à leur tour, et cerise sur gâteau : ils furent capables d’évoluer sous l’eau sans se noyer. Cependant cette trouvaille avait un gros inconvénient, car le passage d’un élément à l’autre s’avérait pénible et nécessitait du temps. Pour cette raison. L’armée américaine estima cette recherche redondante en raison de ce problème, d’autant plus que la perte de temps occasionnée pouvait leur être fatale en terrain hostile. Désespéré par cette conclusion, le scientifique se retira dans le monde d’Hera, dans l’intention de ne pas abandonner le fruit de ses recherches qui avaient réalisé un vieux rêve de l’humanité. Un jour, l’idée de fonder un clan d’hommes munis de la capacité qu’il avait mise au point germa dans son esprit. Ainsi, de nombreux amis des Etats-Unis ou de France vinrent s’établir ici, construisant le village selon leur imagination. Le clan comportait une quinzaine d’adultes en ce moment. Dans les dernières années de sa vie, le scientifique constata que ces modifications génétiques étaient, en plus, héréditaires. Une nouvelle race humaine avait été créée ! Entre temps d’autres humains se joignirent aux habitants, dont deux sorciers, qui réussirent, après avoir étudié certains villageois, à rendre d’autres humains capables de respirer sous l’eau par la magie. Étonnamment, il s’était avéré qu’il n’était pas possible de faire de même avec les elfes.

- Alors, nous ne pourrons jamais obtenir votre pouvoir, fit Justin.

- Malheureusement, non. Je pense que si vous voulez explorer les fonds marins, il vous faudra obtenir des équipements de plongée.

- Pour finir mon histoire, reprit le père. Moi et mon épouse sommes nés ici et cette histoire nous a été racontée par nos parents, qui étaient les premiers membres du clan. Ainsi notre village est un lieu idéal pour une excellente qualité de vie et surtout celle de nos enfants, très épanouis. Cela se voit par notre teint bronzé. Tandis que nous, les adultes, vivons tranquillement, nos enfants ont la possibilité de passer la plupart de leur temps en plein air ou sous l’eau, souvent en compagnie des dauphins.

- Vous n’attrapez jamais de coups de soleil ?

- Non, car notre peau est traitée de manière à résister au rayons UV, nocif pour la peau. De plus, notre bronzage renforce notre protection. C’est plutôt toi, qui a un teint très pâle, qui risques de te retrouver avec une peau toute brûlée.

- Raté ! Nous les elfes avons aussi une peau que le soleil ne peut altérer. Mais on reste pâle. Autre question : d’où vient cette tradition de tatouage ?

- Elle a été apportée par deux membres spécialisés dans le tatouage polynésien. Ce dernier séduisit beaucoup des nôtres. Notre chef actuel l’a odieusement détourné en réservant les fonctions importantes de ce village à ceux qui avaient passé le rituel. C’est pourquoi certains membres, voulant que leurs enfants reprennent leur place, l’imposent à leurs enfants. Comme je l’ai déjà dit, sans y montrer de réticence, cet art ne me séduit pas. Pour notre part, nous préférons une vie simple.

- Dites, vous savez ce que les gens ont contre les elfes, ici ?

- Cette rancœur date d’il y a deux ans. Certains des membres du clan ont fait des affaires assez douteuses, dont je n’ai jamais su de quoi il retournait. Un jour des elfes sont venus dans notre village et nous ont posé des question au sujet de meurtres et de reliques volées. Ils ont été parfaitement courtois et respectueux à mon goût. Mais quelques-uns de nos membres ont visiblement pris peur et une rixe entre ces elfes et des villageois a commencé. Les elfes se sont naturellement servis de leurs incantations pour se défendre. Quatre de nos membres y ont trouvé accidentellement la mort, dont la femme du chef. Les elfes se sont excusés pour leurs victimes après ces événements, personne n’a rien voulu entendre d’eux. Ils considèrent les elfes comme étant des monstres redoutables, alors que selon moi, les villageois n’ont guère fait mieux.

- Simplement que ces elfes se sont intéressés de trop près à leurs affaires.

- Sans doute. Après cela nous ne les avons jamais revus. Ainsi jusqu’à maintenant les visiteurs elfes n’ont été accueillis qu’à contrecœur, par crainte de leurs pouvoirs, quand ils n’étaient pas simplement refoulés hors de notre village.

- Juste une dernière question, vous n’avez jamais entendu parler d’une relique maudite qui se trouverait non loin d’ici.

- Il y a bien des reliques cachées dans les ruines sous-marines au large de notre village, mais je n’ai jamais entendu parler d’une certaine particulièrement maudite. Mais explorez le fond de la mer. Sait-on jamais…

- Merci quand même. On verra de toute façon demain…



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