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Dreamfall



Trois feront un   Auteur: ksl Vue: 220
[Publiée le: 2006-05-08]    [Mise à Jour: 2006-05-08]
G One-Shot/Action-AventureCommentaires: 1
Description:
Et voilà ma participation au concours Dreamfall.
Bonne lecture à tous :)
Crédits:
Les personnages et l'univers appartiennent à Funcom.

<< ( Préc )

Commenter: Trois feront un

Trois feront un

[3665 mots]
Publié le: 2006-05-08Format imprimable  
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Trois feront un





    –Approchez-vous les enfants, le cours va commencer.
     La conteuse s'était assise sur les marches du temple et les élèves affluaient à présent, s'asseyant au plus près d'elle après une légère révérence à son égard.
    –Bien, on dirait que la classe est au complet, tant mieux. Car l'histoire que je vais vous conter aujourd'hui joue un rôle fondamental dans le monde tel que nous le connaissons, et dans l'Ã?quilibre lui-même.
     Les petits alatiens étaient pendus à son bec, et la moindre des paroles de la conteuse faisait résonner en eux l'envie d'en entendre toujours plus.
    –Cette histoire, c'est celle de la rencontre des Trois, celle d'un nouveau début pour notre ère, celle de l'union d'un groupe de héros n'en formant plus qu'un. Tout commença...


     Ce soir-là, Zoë rentra chez elle plus fatiguée encore qu'à l'accoutumée. Après avoir négligemment envoyé son sac dans un coin de la pièce, elle se laissa tomber sur son lit, les bras étendus.
    –Quelle journée idiote ! Tous ces entretiens pour s'entendre refuser à chaque fois l'entrée... C'est pire que rageant ! Si cinq années d'études ne permettent finalement que de ramper aux pieds de patrons compréhensifs comme un rocher, alors qu'est-ce qu'il faut pour, pour...
     C'était bien là le plus gros problème entre son monde et elle. Le parcours de son enfance avait été parsemé d'adultes douceureux et manifestement persuadés que "la jolie petite fille que voilà" grandirait mieux s'ils choisissaient à sa place (eux préféraient dire qu'ils "offrent à la gamine ce qui se fait de meilleur, ça n'pourra que l'aider"). Plongée dans un futur qui lui sommait d'assumer de lourds choix, c'était bien trop pour elle, et ce soir-là elle s'endormit, de rage, de ne pas trouver.
     Mais la nuit, pas plus que le jour, ne semblait disposée à laisser son esprit reposer pour un temps, et la voix tinta presque aussi désagréablement qu'un réveil-matin, sur les coups de trois heures.
    –.......oooooëëëëëëëëëëëëëë........
     Le visage embué d'un début de sommeil désagréable, Zoë tenta de faire sortir quelques mots de sa bouche pâteuse pour se persuader qu'elle était en train de rêver, mais la voix, toujours douce et patiente, réitéra :
    –Zooooooooëëëëëëëëëëë
    –Hmmmm..... Qu..... Qu'est-ce qu'y....a ?
    –Zoëëëëëëë, la forêt....Elle.... appelle.....
    –Qu'est-ce que c'est cette histoire ? marmonna Zoë, qui commençait a doûter que la voix fut un rêve.
    –La forêêêêêêêêt..... Ils y seront aussi...... Ton destin, je....... Ta vie, elle...... Là-bas......


     Kian fit un bond, empoigna sa dague et lança un regard d'ensemble à la pièce. C'était bien l'endroit où il s'était couché. Rassemblant rapidement ses esprits, il se remémora ce qu'il venait de lui arriver.
    –Je ne dors jamais à cette heure. Pourquoi...
     Ses yeux montèrent au ciel.
    –Je me souviens. La voix. Mon Dieu, puisse votre volonté être accomplie.
     Il attrapa son manteau en peau de bête pendu près du lit et ouvrit la porte de sa chaumière. L'hiver battait son plein. La plaine qui habitait l'assassin était entièrement recouverte du manteau blanchâtre de la neige Arcadienne. Au loin les arbres de la lisière du bois avaient revêtu leur parure saisonnière et se dressaient comme une barrière naturelle, une frontière entre la vision large qu'offrait la plaine et le relief perturbé, caractéristique des forêts des Pays du Nord.
     Kian prit une inspiration profonde, leva une nouvelle fois les yeux au ciel en murmurant quelques mots, et fit un premier pas dans la neige. Elle était manifestement assez fraîche et solide. Son voyage serait aisé.
     Il marcha des heures durant vers l'orée de la forêt sans que son voyage ne soit interrompu. Il ne s'était pas trompé, la neige était bonne et la saison n'attirait guère les animaux hors de leurs antres dans lesquels ils hibernaient. Ce ne fut qu'en atteignant les premiers arbres qu'il ressentit une étrange sensation. Son instinct guerrier lui ordonna de mettre ses sens en alerte, d'être attentif au moindre mouvement comme au moindre bruit. Il ralentit dès lors sa marche, bien que n'ayant toujours aucune idée précise quand à la nature de la menace qu'il percevait. Cependant, à peine avait-il avancé d'une centaine de pas qu'un léger bruissement de feuilles le fit bondir. Il tira sa dague du fourreau et fit volte-face, prêt à esquiver le premier coup de l'adversaire. Faute d'animal féroce ou d'un quelconque signe de vie, il ne remarqua d'abord rien d'étonnant. Il resta immobile un instant encore, les muscles bandés, et alors qu'il se préparait à repartir, un sentiment d'incohérence le saisit.


     C'était impossible... Pas une deuxième fois... Pas en si peu de temps.
     Le précipice se déroulait devant elle sur une distance incalculable. Ironie du sort, elle parvenait tout juste à apercevoir un bandeau de Terre, de l'autre côté. Si au moins ç'avait été le bout du monde... April s'assit, tentant de conserver le peu de sérénité et de clarté d'esprit qui lui restaient.
    –Je savais que j'aurais mieux fait de rester au lit... J'ai déjà assez donné en rêves bizarres, petites voix mystérieuses et aventures inutiles, soupira-t-elle en laissant tomber sa tête sur ses jambes repliées.
     Elle décida magré tout de laisser passer un peu de temps, peut-être dans l'espoir vain de se réveiller, peut-être pour se laisser pénétrer à nouveau par tous ces souvenirs... Le royaume du gardien, ses trois épreuves... Elle avait déjà vu ce fossé. Mais à leur première rencontre tout était différent. C'était d'un temps où la foi l'habitait encore. Quelle sotte elle avait été de croire qu'elle pouvait être le 13ème gardien. Ce qu'elle ne parvenait toujours pas à comprendre, c'est pourquoi elle avait décidé de suivre le chemin une nouvelle fois cette nuit, pourquoi sur un bête appel dont elle ne saisissait pas même le sens. Quoi qu'il en fut, résignée à mettre elle-même un terme à cette courte histoire qui n'avait que trop durée, April se releva et esquissa un pas sur le chemin du retour. Mais une nouvelle fois le destin, qui n'avait eu de cesse de s'abattre jusqu'aujourd'hui, sonna une nouvelle charge. Le ciel s'assombrit subitement, ne laissant bientôt plus qu'une petite lucarne lumineuse et isolée. C'est en celle-ci qu'il apparut.
    –Cortez ?!
    –En effet, April Ryan, répondit l'apparition portant les traits et la voix de l'ancien ami d'April.
    –Et bien... Contente de voir que tu existes toujours quelque part...
    –April, je t'ai vue plus courageuse autrefois.
    –Et le temps passé, les prophéties qui m'ont toutes utilisée, l'espoir de devenir le 13ème gardien qui s'écroulait, tu les as vus eux-aussi ? lâcha April nerveuse.
    –Je te comprends, April. Mais l'Equilibre choisit, et il a fait de toi son tout puissant prophète.
    –Et mon avis dans tout ça ? J'aurais simplement aimé vivre heureuse dans mon petit appart' d'une petite ville avec ma palette et mes amis ! Mais c'était pas prévu par l'Equilibre, c'est ça ?
    –April, il est dit qu'aujourd'hui tu franchiras ce gouffre. Si tu ne le fais ni pour toi ni pour l'Equilibre, aie au moins la justesse de le faire pour moi, qui n'ai pas hésité une minute à sacrifier ma vie humaine pour la tienne.
     Cortez parlait toujours aussi posément et April dut reconnaître que cette fois l'argument allait au but.
    –Je... Qu'est-ce que je dois faire ?
    –Ferme simplement les yeux et concentre-toi. Ca ne devrait pas être plus difficile qu'un franchissement.
     Elle s'exécuta alors et tenta de repenser au passage unifiant les deux mondes, ce lien qui unit magie à science et science à magie. Elle se concentra avec tant d'application et d'ardeur qu'elle se surprit elle-même à rouvrir les yeux sans avoir consciemment commandé l'écartement de ses paupières. Le précipice avait disparu.
    –En fait, il est toujours là. Ta volonté a seulement rapproché ton futur de ton passé, recollé les deux bords de cette crevasse si tu préfères. Maintenant va April, et puisse l'Equilibre rester avec toi.
     Ne lui laissant pas le temps de la réplique, la percée de lumière se remplit à son tour de sombres nuages, abandonnant April sans voix. De l'autre côté du petit monticule qu'avaient formé les falaises en se rejoignant, se trouvait une magnifique clairière.


     Nul doute qu'elle n'était pas l'oeuvre de la nature seule et pour cause, alors que le froid et la neige reignaient sur toute la forêt, la clairière semblait, elle, baignée d'une douce chaleur et ses arbres endossaient une parure de vert frais et vivant.
     C'était le halo lumineux qu'elle dessinait à sa bordure qui avait attiré l'attention de Kian. Il avait alors orienté son chemin en sa direction. Mais il fut surpris de se voir stoppé, une centaine de pas plus loin, par un épais guerrier posté sur le sentier.
    –Halte !
     Sa voix et son ton étaient graves, et les traits de son visage, bien que courbes, reflétaient une profonde haine contenue depuis longtemps. Force était de constater que malgré sa position hostile, l'homme imposait le respect.
    –Noble frère, je désire simplement poursuivre ma route vers cette clairière derrière toi et ne te veux aucun mal, annonça Kian d'une voix forte et intelligible.
    –Il n'est pas dans mes intentions de te laisser fouler ce chemin plus longtemps, voyageur. Rebrousse chemin et aucun mal ne sera fait.
    –Au nom de Dieu et de sa voix qui m'ont guidés jusqu'ici, je t'abjure de libérer ce sentier !
     Son ordre avait claqué comme un fouet, Kian avait eu peine à se maîtriser. Se faire traîter comme un simple vagabond n'était pas dans les habitudes du jeune assassin.
    –Et quel Dieu t'aurait donc envoyé chercher une clairière verdoyante au plus profond de l'hiver ?
    –Et toi, te figures-tu seulement qu'il existe plus d'un Dieu ? C'est notre Dieu à tous qui m'emploie à le servir ! Ecarte-toi de mon chemin, pour la dernière fois !
    –Alors apprends-moi encore quel Dieu m'a envoyé moi, garder le chemin que tu parcours ?
    –Fais donc taire ces imbécillités et mets un terme à tes blasphèmes ou il t'en coûtera cher !
    –Tiens... Ne supporterais-tu pas l'idée que ton Dieu ne soit pas l'unique ? Ou alors parlons-nous du même, mais il te faudrait accepter dès lors que ton Dieu t'aie dup...
     La lame enfoncée jusqu'à la garde dans son torse avait eu raison de la hardiesse du garde. Lorsqu'il comprit ce qu'il venait de se passer, il leva ses yeux clairs vers Kian et lui sourit. Ce dernier lui décocha une réponse fulgurante en plein visage, le faisant tomber face contre Terre une ultime fois.
     Furieux contre lui-même, Kian retira son arme du corps sans vie, l'essuya d'un geste assuré et la remit au fourreau dans son dos. C'était la première fois qu'il se laissait porter par sa haine. Les années de prières et d'entraînements quotidiens avaient aujourd'hui montré leur limite, confrontant Kian à un profond désespoir tissé d'insinueuses interrogations. C'est le regard bas et le pas lourd que Kian reprit sa marche, sans même s'apercevoir qu'il approchait de la clairière et qu'une jeune femme assise sur une souche le regardait venir. Il n'était plus à lui, son corps raide se mouvant quasi-automatiquement, son esprit hors de contrôle se heurtant à...


     Un mur ?
     Absorbée par ses rêveries, Zoë ne s'était rendue compte de son existence qu'en le percutant. L'édifice gris faisait face au sentier et semblait s'étendre sur trois-cents mètres de large pour environ cinq de haut. En son milieu, à quelques pas de là, était taillée une ouverture à dimension plus humaine. Zoë la prit en considération, se demanda quel pouvait bien être le piège d'une pareille situation. Rapidement pourtant, elle nota qu'elle n'avait pas grandes chances de percer le mystère de là où elle se trouvait, et décida de franchir la porte afin d'observer le problème de l'autre côté.
     A cet instant tout s'accéléra. Une bloc de roche sortit de terre et scella l'entrée pendant qu'une autre plaque descendait du ciel pour couvrir l'édifice, masquant le ciel. Le coeur de la jeune fille fit un bond dans sa poitrine et son pouls sembla prendre la fuite un instant avant de s'accroître brusquement. Elle baignait à présent dans une obscurité totale, enfermée dans un bloc de pierre, et la peur prit son envol lorsqu'elle comprit enfin. Elle venait de pénétrer dans un labyrinthe dont la taille rivalisait pour sûr avec l'oeuvre de Dédale.
     Essayant tant bien que mal de garder son calme, Zoë envisagea les différentes solutions s'offrant à elle. Tenter de rouvrir la porte ? On ne parvenait même plus à distinguer ses contours tant la roche s'y était adaptée parfaitement. Un mécanisme dissimulé alors ? Bien que la pénombre ne l'aidât pas, l'espoir de déceler un quelconque interrupteur fut bref : les murs étaient d'un lisse douteux pour une structure pareille. Quant à son téléphone cellulaire, bien qu'elle l'emportât toujours dans son sac, il n'était pas d'une grande utilité sur Arcadia. Sa dernière chance pouvait résider dans... « Aïe ! ». Non, les murs sonnaient plein et avaient l'air épais. Les jambes tremblantes, Zoë dut se soumettre à l'évidence, sa seule occasion de salut était de réussir à trouver la sortie, pour autant qu'il y en ait une. Soucieuse de s'en sortir prestement, elle sortit un calepin de son inséparable sac à bandoulière, et entreprit de tracer le plan de tout ce qu'elle parcourrait. Quelques coups de crayon et l'entrée figurait à présent sur le papier. Consciente d'avoir repoussé le problème jusqu'au bout, il lui fallait à présent décider du chemin qu'elle allait suivre en premier. Elle opta, sans vraiment bien savoir pourquoi, pour celui de droite.
     Plusieurs heures s'écoulèrent et la carte s'étendait maintenant sur quatre feuilles jointes. Les murs étaient parfois courbes, parfois droits, munis d'une ou plusieurs ouvertures, et bien que les culs-de-sac fussent peu nombreux, un sentiment d'impuissance commençait à gagner Zoë. Elle avait remarqué plusieurs fois des erreurs sur son plan, et malgré ses redoublements d'attention elle en trouvait presque à chaque retour sur une voie déjà explorée.
     Quelques heures encore et elle découvrit que certaines portes avaient disparu, elle était sûre à présent que le problème n'était pas son plan mais l'édifice lui-même. Ce fut le coup de grâce et la jeune fille se laissa glisser, dos à un mur, dans un geste de désespoir. La soif était descendue jusque dans sa gorge qu'elle pouvait presque sentir s'effriter, la fatigue crispait chaque muscle de ses jambes, espérant la forcer à prendre un peu de repos avant de repartir. Après un frisson d'épuisement, Zoë sombra dans un endormissement chaotique...
     « Quelle veine... Tu commences bien ta vie, espèce de gourde. Tu aurais pu contourner le mur mais non, c'est plus fort que toi, il faut que tu te plantes. Je sais pas ce qui me retient de... »
     Elle s'éveilla au son de son ventre qui, lui aussi, réclamait à présent un peu d'attention. La situation physique de la jeune fille la mettait dans l'urgence de trouver la sortie.
    « Mais à quoi bon la chercher encore une fois ? De toute façon ces murs sont vivants et déterminés à me laisser pourrir ici ! Je n'ai aucun moyen de me battre, et même si je les avais... Pour avoir été cruche pour rentrer dans ce labyrinthe au lieu de le contourner ! »
    « Je vous hais, moi et mes choix stupides ! ». Elle avait hurlé avec toute l'énergie du désespoir, et sa voix résonna un moment sur les murs de sa geôle avant de laisser retomber un silence lourd de signification. Des larmes naissantes apparaissaient au coin des grands yeux de Zoë alors qu'elle se faisait toute petite dans un angle de mur. Pourtant, une poignée de secondes plus tard, un déclic retentit et elle bascula en arrière, évitant de justesse à sa tête de heurter le sol. Son geste avait été inutile car son dos ressentait de légères caresses comme si...
    « De l'herbe ? »
     Son regard fut cependant attiré par de mystérieux nuages au déplacement trop rapide pour être vrai.
    –Qu'est-ce que c'est encore cette...
    –.......oooooëëëëëëëëëëëëëë........
    –Oh non pitié !
    –Zoëëëëëëëëëë, tu as enfin compris... Maintenant marche...
     A ces mots les nuages s'éloignèrent au loin, disparaissant promptement derrière l'horizon.
     Se levant sur ses coudes, Zoë fit fit un tour d'horizon sommaire. Elle était bien hors de ce maudit labyrinthe, à demi-allongée sur l'herbe, et le chemin qui l'y avait amenée continuait par là-bas, où malgré le voile de la nuit on distinguait...
    « Une clairière qui brille ? »


    « Mes enfants, ici l'histoire prend sa fin, ou peut-être plutôt sa source. C'était l'histoire de la rencontre des Trois, celle de l'union des héros ne formant plus qu'un, celle du renouveau de l'Equilibre. Sachez en garder l'essence et la répendre au mieux. Que l'on se souvienne toujours. »


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