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Roman d'aventure

Akaime. Auteur: Isram Vue: 14252
[Publiée le: 2008-08-29]    [Mise à Jour: 2012-02-21]
13+  Signaler Action-Aventure/Humour/Suspense Commentaires : 283
Description:
« Ô âme dégénérée par la folie, meurs sous ma lame ! »

Telle est la mentalité des Widôkas, combattants d'un autre monde chargés d'éliminer les mauvaises âmes terriennes, dégénérées par la folie humaine. C'est dans ce contexte de bataille manichéenne opposant bien et mal que se rencontrent Kai et Seyler, une humaine de seize ans et un Widôka âgé de plusieurs siècles. Sauvant la vie de la jeune fille menacée par une de ces âmes dégénérées, la mission de Seyler aurait dû s'achever là. Aurait dû, si Kai avait été humaine...
Crédits:
Tout m'appartient.
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Commenter: Chapitre 43 : Reflet de miroir.

Chapitre 43 : Reflet de miroir.

[3256 mots]
Publié le: 2010-02-14
Mis à Jour: 2011-08-13
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Commentaire de l'auteur Akaime contenant un certain nombre de mots techniques, vous pouvez à tout moment les retrouver expliqués et traduits ici : http://akaime.forum-actif.net/t377-dictionnaire-akaime#9094

Chapitre 43 : Reflet de miroir.

« Tremblez Widôkas, car la justice ne brille pas au bout de votre lame !

Tremblez solitairement une fois votre voile de convictions préétablies percé !

Tremblez en voyant que vous n’êtes mus que par des codes autoritaires qui vous font lever la main sur vos propres frères !

Tremblez devant vos méfaits, car nous ne sommes pas vos ennemis par choix !

Tremblez devant la faute. 

Tremblez. »

*

Postée devant un écran lumineux qui faisait défiler devant ses yeux des images sur lesquelles elle n’avait aucun contrôle, Kisa, unique femme des Maru Yon, fixait d’un air fermé ce qu’on offrait à sa vue.

— Qu’est-ce qui ne va pas, Bélial ? demanda Aïko avec désinvolture.

Tous quatre rebaptisés depuis longtemps, Kisa sut que c’était à sa personne que l’on s’adressait. Un tic agita sa joue, tatouée comme sa consœur de trois cercles noirs entrecroisés, une légère ouverture les laissant ouverts. On devinait sous cette triplicité un autre cercle, bien fermé celui-ci.

— Pas un seul visage connu, bougonna-t-elle en guise d’explication à son collègue, l’image de Shotat s’effaçant de l’écran, remplacée par celle de Mesyca. Ah ! Enfin un que je situe !

— Le fils du roi Kisoki, je présume ? fit Aïko en s’approchant.

— La ressemblance est dure à ignorer, confirma Kisa. Oh…

Un sourire en coin s’étira sur les lèvres d’Aïko tandis qu’une nouvelle image s’imprégnait sur ses rétines bleutées :

— Flow Yûnon… énonça-t-il à haute voix. Et bien, il a drôlement grandi depuis la dernière fois que nous l’avons vu.

— Il ressemble fortement à Yukyôkami… c’est étonnant, j’ai entendu dire que leurs caractères étaient aux antipodes l’un de l’autre.

— J’en ai entendu parler également. C’est son jeune frère, Lykoya, qui semble avoir hérité du tempérament de leur père.

— Son jeune frère Lykoya ? Je vois… la lignée Yûnon compte une branche de plus que je ne pensais. Il ne devait pas être bien vieux à l’époque…

— Un nouveau-né, oui, appuya Aïko.

Emettant un petit rire, la surnommée Bélial éteignit l’écran et se redressa de sa petite taille.

— Il me tarde de juger l’amertume qu’ils doivent nourrir à notre égard depuis plus de deux cents ans.

***

— Si t’es fière d’être une Havoc, tape dans tes mains ! Si t’es fière d’être une Havoc, tape dans tes mains ! Si t’es fière d’être une Havoc, si t’es fière d’être une Havoc, si t’es fière d’être une Ha-

— Kai, ta gueule !

Poussée à bout, Shotat ne put contenir davantage sa colère. Que la rouquine brise le silence était une chose, mais qu’elle le fasse en chantant et s’applaudissant bêtement en était une autre. Meneur de ce petit groupe, Mesyca ne put que mentalement louer l’Illurienne pour son intervention, ses délicates oreilles princières n’auraient pas pu survivre si la Havoc avait prononcé une -fausse- note de plus. Pour un peu, il lui baiserait même les pieds tiens.

— Bah quoi ? fit Kai, toute surprise de cette interruption. T’aimes pas les chansons, Shotat ?

— Je pense que le problème vient davantage de la chanteuse que de la comptine, Suihon, insinua froidement le prince des Sémériens.

— Mais depuis quand tu causes toi ?! bouda la rouquine. Comme par hasard, le jour où il ouvre la bouche, c’est pour me faire chier, commenta-t-elle intérieurement.

— Écoute Kai, tu es une personne pleine de qualités… mais le chant n’en fait définitivement pas partie, c’est tout, argua la manieuse de vents, peu désireuse de se brouiller avec son amie.

— Pf… Pour l’oreille absolue, vous repasserez !

— Plus important, continua Shotat, ne te laisse pas déconcentrer. Une présence ennemie n’est pas loin, je la sens…

— Et si vous pouviez par la même occasion éviter d’ameuter tous les ennemis sur les cinq kilomètres environnants… poursuivit le noble, décidément en forme.

— Mais ça suffit ! glapit la blâmée. Vous croyez vraiment que des Daemons vont débarquer juste parce que j’ai…

Elle n’eut pas le temps de finir qu’une silhouette s’était crashée, là, juste entre Shotat et elle, les séparant d’un mur de poussière. Toussotant et se relevant en protégeant ses yeux d’un bras, Kai brassa l’air dans l’espoir de le rendre plus pur. Quand elle put à nouveau soulever ses paupières, la rouquine ne put que voir avec étonnement que l’Illurienne avait été sauvagement collée au mur, parant tout juste l’attaque fulgurante d’une plantureuse Daemon qui la dépassait de plus d’une tête. Le Seiken de Shotat crissa contre la dague de son opposante tandis qu’elles se toisaient, l’air hostile.

— Qu… Qu’est-ce que c’est que ça ?! se demanda Kai en fixant la nouvelle ennemie qui, il fallait l’avouer, avait un étrange aspect.

Une longue chevelure vert d’eau rebiquant sur l’arrière de ses cuisses, l’inconnue était entièrement recouverte de ce qui ressemblait à des écailles luisantes. Seuls son ventre et ses bras étaient laissés nus, son poissonneux pelage s’égrenant peu avant les parties susmentionnées pour totalement disparaître ensuite.

— On t’avait bien dit que tu finirais par ameuter quelqu’un, grogna Shotat, acculée.

— Pas de souci, je vais réparer ma bourde ! clama haut et fort la rouquine en empoignant sa faux.

— Pas question ! contesta l’Illurienne. Ses copains sont sûrement planqués un peu partout dans le bâtiment, on ne peut pas perdre notre temps à faire du deux contre un. Partez !

— Mais…

Trop tard, Mesyca avait reçu le message et saisi Kai par l’épaule, l’entraînant à une vitesse telle que Shotat ne fut bientôt plus discernable. Statufiée par le prince qui se mêlait décidément un peu trop des affaires des autres aujourd’hui, Kai lui jeta un regard assassin qui sembla lui faire autant d’effet qu’une blague carambar. Atterrissant lestement, il ôta sa si digne main de l’épaule roturière de la Suihon et avança en tête, autoproclamé leader depuis le départ de Flow. Boudeuse, Kai lui emboîta le pas, les bras croisés sur la poitrine. Levant le nez, elle détailla le couloir dans lequel ils progressaient et songea à ses amis restés en arrière. Flow et Yotshi s’en sortaient-ils ? Comment Shotat allait-elle compenser sa petite taille face à son ennemie si élancée ? Et Seyler…

Fronçant les sourcils, la rouquine secoua la tête pour chasser les doutes et les craintes de son esprit. Mais le souvenir de Seyler lui rappela soudainement quelque chose. Le Friccion n’avait-il pas expliqué avant leur séparation que ce bâtiment avait la forme de deux hexagone enchâssés l’un dans l’autre et reliés par des couloirs ? Si. Mesyca et elle allaient donc bientôt arriver devant trois routes hypothétiques. Une qui continuerait vers le centre, où était sans doute le plus gros des troupes, et deux qui bifurqueraient à droite et à gauche. Et à ce moment, sans doute se sépareraient-ils, eux aussi.

***

Analysant l’échiquier de son œil d’émeraude, Seyler ne sentait rien de bon se profiler et espérait que ses coéquipiers avaient été plus chanceux que lui, ce qui ne serait sûrement pas dur étant donné le manque de veine dont le Friccion était victime depuis sa naissance. Comme toute sa peuplade, d’ailleurs, car si les Sémériens étaient réputés pour leur arrogance et les Illuriens pour leur sens de l’honneur, les Friccions, eux, étaient d’une légendaire malchance.

— Et bien ! Il semblerait que ce soit votre territoire, dit-il. Ne voudriez-vous pas m’expliquer les règles de votre jeu, Daemon ?

Haussant un sourcil, Matsuka le dévisagea depuis l’opposé du couloir :

— Je suis surprise… La réputation que l’on vous donne est pourtant celle d’un être d’une intelligence profonde… Malgré ça, ne reconnaissez-vous pas un plateau d’othello quand vous en voyez un ?

— Je n’ai pas dit que je ne connaissais pas le plateau, j’ai dit que j’étais étranger à vos règles. Une partie d’othello se commence généralement grâce aux quatre pions noirs et blancs au centre du plateau, mais je n’en vois aucun. Qu’est-ce que cela signifie ?

Matsuka émit un rire léger.

— En effet, ce plateau diffère légèrement de la tradition… Voyez-vous le pion à votre droite ?

Seyler tourna la tête vit effectivement, gisant au pied du plateau surélevé, un large et épais cercle blanc dont le diamètre était quasiment semblable à une roue de voiture.

— Où sont les autres ? demanda-t-il de sa jolie voix.

— Il n’y en a pas, répondit Matsuka. Les parties que je mène ne se jouent qu’avec quatre pions au total. Deux sont déposés à nos pieds, commença-t-elle en faisant apparaitre au creux d’une flamme pourpre un large pion noir, et nous incarnons les deux derniers.

— Nous… incarnons ?

— C’est exact. Dois-je vous rappeler les règles de l’othello ? Le but est d’emprisonner une série de pions adverses alignés verticalement, horizontalement ou diagonalement en les encadrant de deux de nos pions, faisant ainsi passer ceux de l’adversaire sous sa domination.

— Je connais les règles, fit Seyler, de plus en plus perturbé. Mais je ne comprends toujours pas comment jouer contre vous…

— C’est très simple. Le pion que vous avez en main va devenir invisible une fois que vous aurez décidé de son placement. Par la suite, vous vous placerez vous-même sur le plateau et incarnerez votre deuxième pion. Le but est de réussir à m’amener entre vous et le pion que vous aurez préalablement placé. A chaque coup réussi, vous le replacerez, et il deviendra de nouveau invisible.

— Je vois… alors, je n’ai qu’à vous piéger pour remporter la partie, c’est ça ? Par la suite, me laisserez-vous passer ?

— Si vous remportez la victoire… je n’aurais effectivement d’autre choix que de vous laisser passer.

— Comment ça ?

— Avez-vous déjà oublié ? Ce plateau nous préserve de toute douleur physique. Nous ne ressentirons les coups qu’une fois le vainqueur et le perdant désigné. A ce moment là, nous recevrons toute la douleur d’un seul coup, trop pour que le corps le supporte. La mort du perdant sera quasiment instantanée.

— Vous n’avez jamais évoqué le combat dans les règles de l’othello. A quel moment exactement devons-nous sortir nos armes ?

— Vous comprendrez bien assez tôt, coupa Matsuka en faisant disparaitre d’un coup son pion noir et large qui se plaça dès lors sur une des cases du plateau.

Concentré, Seyler fixa son propre pion blanc comme neige et pensa sans la fixer à une des cases devant lui. L’objet se fit translucide à ses pieds, puis s’évanouit peu après, désormais en place sur un carré secret.

— Les noirs ont toujours la priorité à ce jeu, aussi, à vous l’honneur, Daemon.

Acquiesçant, Matsuka avança sur le plateau et se stoppa sur une case noire comme la suie. Dans sa poitrine, le cœur de Seyler battait un peu trop fort. Où aller ? Où se placer ?

— Je vais avoir besoin de plusieurs coups pour comprendre sa stratégie… Le vrai problème n’est pas tellement la fin de la partie, mais le début. Comment faire pour me mettre à l’abri le temps de l’observer ? Je n’ai guère d’autre choix que d’ores et déjà essayer de la rabattre dans la zone où j’ai déposé mon pion… songea le mauve.

Levant la jambe, le Widôka pénétra sur le plateau à son tour, dépassant Matsuka sans la regarder :

— C’est une adversaire froide mais intelligente, je ne pense pas qu’elle ait fait l’erreur du débutant en plaçant son pion trop près de moi en se disant que ce serait ainsi plus simple de me piéger… Au contraire, elle doit savoir que plus elle est éloignée de son pion, plus elle couvrira de zone… elle doit l’avoir laissé près de son côté du plateau. Je ne pense pas risquer grand-chose si je reste près du bord.

Il se plaça donc à quelques lignes du bord qu’il avait enjambé plus tôt, tout juste deux cases devant Matsuka. L’ayant vu faire, l’imperturbable Sémérienne recula de deux pas alors que la case noire sous ses pas s’illuminait soudainement.

— Que- ?!

Seyler n’eut pas le temps d’achever sa question que les cases le reliant à la Daemon se parèrent à leur tour d’une lumière accrue qui lui fit plisser les yeux. Une explosion retentit devant la Sémérienne, puis se propagea comme une trainée de poudre jusqu’à arriver au Friccion. Ebahi, Seyler, voyant le danger se rapprocher, chercha instinctivement à esquiver d’un pas sur le côté, mais force était de constater que ses jambes étaient collées au sol ! Finalement, sa propre case explosa à son tour.

Précautionneusement, le Friccion rouvrit les yeux et découvrit avec stupéfaction que sa peau et ses vêtements étaient déchirés en de multiples estafilades. Une odeur de souffre brûlait ses narines et sa trachée, mais aucune douleur n’en résultait. Matsuka n’avait pas menti. Faisant volte-face, il aperçut alors le pion noir de la Daemon qui ne tarda pas à redevenir invisible.

— Comment avez-vous su… commença-t-il en tournant ses yeux de jaspe vers son ennemie, longeant le dallage rectiligne qui fut le chemin de son châtiment et était à présent entièrement noir.

— Vous êtes intelligent, Seyler Lesca, mais également très prudent. Je me doutais que vous ne vous risqueriez pas bien loin de votre point de départ. Le fait que vous vous arrêtiez précisément sur la ligne de mon pion est, toutefois, un pur hasard. Un coup de malchance pour vous, sans doute. Encore un.

Le concerné tiqua.

— C’est Wilan qui vous envoie contre moi, n’est-ce pas ? Je ne vous affronte pas parce que vous passiez par hasard.

— Effectivement. La malchance des Friccions n’est pas une légende, elle est réellement, et maître Wilan a décidé de mettre à profit ce handicap. Je lis dans vos yeux la colère, mais n’est-ce pas ce que nous faisons tous en temps de guerre ? Se servir des faiblesses d’un ennemi est une des premières choses qu’un combattant apprend.

— S’il ne s’agissait que de ses ennemis… gronda Seyler d’une voix ténébreuse. Mais Wilan ne se sert pas des faiblesses des gens que lorsqu’ils lui causent du tort. Il s’en sert contre des innocents, des proches, des amis… Je suis quasiment sûr que même vous, ses alliés, êtes tenus par vos propres faiblesses à son service. Que vous a-t-il donc promis, Matsuka ?

Cette fois-ci, au lieu des yeux verts, ce furent les yeux dépareillés de la Daemon qui se plissèrent sous la froide insinuation.

— Vous lui ressemblez bien plus que vous ne croyez, Seyler Lesca… Votre discours est bien huilé et piquant, exactement comme lui… A force de vous persuader d’être son opposé parfait, vous avez oublié que c’est exactement ce qu’est le reflet d’un miroir.

Ecarquillant les yeux, Seyler tenta de calmer le trouble que venait de semer la Sémérienne en son cœur. Et si elle avait raison ? Et si, malgré lui, il était la parfaite copie de son frère, et qu’ils n’œuvraient simplement pas dans le même camp ?

— Je refuse ! cria-t-il.

A son tour, il se déplaça sur l’échiquier et avança de plusieurs cases en avant et sur le côté. La case de Matsuka s’illumina sous elle alors que la blonde agrandissaient les yeux d’effroi et de surprise.

— Quoi ?! Il a…

Le temps de réaliser qu’elle avait été piégée, les cases en diagonale la séparant de Seyler lui envoyèrent une multitude d’éclairs et de décharges électriques. Près d’elle, le pion blanc du Friccion apparut brièvement avant de se troubler.

— Ne croyez pas être la seule à pouvoir faire preuve de technique, Daemon, siffla le Friccion alors que son opposée époussetait une manche de son kimono.

La fougue lisible dans ses yeux désaccordés, Matsuka se mut à son tour à travers son jardin de dallage bicolore et s’arrêta.

— Je ne perdrai pas face à vous, Friccion, car ce qu‘on ma promis, comme vous le disiez tout à l‘heure, est trop important…

— Qu’est-ce donc ? La gloire ? Le pouvoir ?!

— La vengeance.

— La vengeance ? répéta Seyler, intrigué.

— Oui… La vengeance contre celui qui m’a fait virer Daemon… La vengeance contre Kinrei Kisoki…


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