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| Écatomilie | Auteur: Herr_Magog | Vue: 2430 |
| [Publiée le: 2007-11-04] [Mise à Jour: 2010-01-24] | ||
| G Signaler | Mystère | Commentaires: 30 |
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Description: Je change de titre en passant du latin au grec ; "Écatomilie" vient de "εκατό ομιλίες" (= les Cent Discours). Me voici donc dans l'épreuve des cent discours lancée par Opera... Vous trouverez ici de courts One-shots, en rapport aux thèmes spécifiés par ce dernier. J'essayerais de traiter les sujets dans l'ordre, et de finir... Avant d'y laisser ma vie ! S'il y a un classement qui doit être pris en compte, notamment au niveau de la maturité du public, je l'indiquerai à côté de chaque titre. Bonne lecture à tou(te)s ! 32/100 | ||
| Crédits: Encore une fois, Tout est de moi, Et cætera. |
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V - Soleil Levant (Mort) [+13][2513 mots] |
Publié le: 2007-11-29 | |
| Taille du Texte: (+) : (-) | ||
SOLEIL LEVANT (Mort) [13+]
Adrénaline. Ce seul mot pouvait résumer tout ce que ressentait Frédéric en cet instant. Chaque muscle de son corps était tendu, prêt à se mettre en action, le suppliant de s’activer dans la lutte qui allait se déclencher incessamment sous peu. Il fit signe à ses collègues qui attendaient, apparemment dans le même état d’excitation que lui, haletant dans l’air frais du matin. Puis passa la main sur ses cheveux ras, remit son bonnet, ouvrit son bombers, et décrocha le bouton pression de l’étui passé à sa ceinture, sur l’arrière de son flanc droit. Le contact du polymère et du métal froid lui donna une chair de poule qui fit encore partir un pulse d’adrénaline au fond de lui.
On était le 27 Novembre, il était huit heures du matin. Il faisait encore nuit et il y avait du brouillard. Devant le vieil entrepôt perdu au milieu des ruines d’une industrie chimique qui avait eu son succès dans les années 1960, les cinq hommes attendaient le moment de passer à l’action, et tapant du pied pour éviter de geler sur place. Parmi eux, on repérait tout de suite Frédéric. Petit, nerveux, âgé de vingt-cinq ans, cheveux bruns ras, bien rasé, vêtu de ses habituels vêtements qui le faisaient passer pour un skinhead, bombers noir, pantalon militaire réglementaire F1 noir et rangers coquées Doc Martens. Habits qui lui avaient d’ailleurs valu un jour une mission d’infiltration dans un troupeau de fafs particulièrement virulents. Il fit un signe à ses collègues, et tous dégainèrent leur arme de service. Pour sa part, lui empoigna un fusil à pompe Mossberg 590 à poignée pistolet, et se cala contre la porte, prêt à défoncer la serrure et les gonds.
Ils recherchaient ici Marc Dubois, un braqueur de banque multirécidiviste qui venait d’accomplir un braquage spectaculaire en plein centre-ville, deux jours auparavant. Par chance, une personne ayant cru l’avoir reconnu après avoir vu la photo du criminel aux informations avait appelé la police pour dire que celui-ci ce cachait dans un vieil entrepôt miteux de la zone industrielle, et la description de la voiture conforta les forces de l’ordre. Le lendemain aux aurores, l’équipe était sur place.
Ils devaient s’être débarrassé du gros de leurs armes juste après le hold-up, question d’encombrement ; et apparemment il était seul. Ils furent donc cinq à être assignés à l’intervention immédiate, des renforts se tenant prêts à la sortie de la cour de l’usine. Mais le brouillard et la nuit n’arrangeait pas les choses pour eux.
- Tout le monde est prêt ?
Marski cracha son chewing-gum sur le sol.
- Prêt.
Les autres acquiescèrent en silence. Alors Frédéric arma prestement le fusil à pompe, visa, et tira. Une vigoureuse détonation retentit dans l’air froid de la nuit. La serrure sauta, puis les charnières de la porte. Alors que tintait le bruit creux de la dernière douille de plastique qui venait de chuter sur le sol bétonné, la porte s’effondra vers l’intérieur du bâtiment en grinçant, et percuta la terre avec un bruit effroyable, qui résonna dans toute la salle principale baignée dans l’obscurité. Aussitôt, les policiers se dispersèrent dans celle-ci. Trois partirent vers le fond de la salle, tandis que Frédéric, avec Massoud, un grand dégingandé à l’air toujours sérieux, montaient vers le premier étage par l’escalier de métal.
- J’espère qu’il s’est pas tiré ! rugit Frédéric, arrivant au premier palier.
- Je ne pense pas, répondit son camarade. Il sait qu’il va faire du bruit, et il est prudent… il doit se terrer quelque part en attendant la bonne occase pour s’arracher.
- T’as raison. Je prends le premier, occupe-toi de la galerie du haut…
- OK !
Le premier étage n’était constitué que d’une longue rambarde. Sur la droite de Fred, on pouvait voir une porte défoncée et taguée, qui s’ouvrait sur une pièce plus petite que la salle principale. Il y entra, brandissant sa lampe-torche. Toutes les verrières étaient encrassées ou obstruées par des décombres de machines, de meubles ou de fûts vides empilés les uns sur les autres. Environ sept mètres de large, le double en longueur, et un plafond à trois mètres. Le sol était recouverts de débris divers, de matelas défoncés, de rouleaux de fil de fer, de gravats, de plaques de placo brisées et moisies. Il avançait précautionneusement, histoire de ne pas se prendre les pieds et faire une chute malheureuse. Soudain, un bruit retentit au fond de la pièce. Un choc qui retentit, et résonna contre les murs. Un objet était tombé. Sans faire attention, il se mit à courir. Heureusement qu’il avait pensé à mettre ses gants en polaire. Il faisait un froid de canard ici… il pouvait voir le nuage de fumée qui sortait de sa bouche à chaque expiration. Haletant, il arriva à une double porte métallique entrouverte, d’où sortait de la lumière. Il tenta de l’ouvrir, sans succès. Coincée. Sans hésiter, il prit son élan, et se jeta sur la porte ; il avait redonné le fusil à enfoncer la porte à un de ses collègues avant de rentrer, pour reprendre son arme favorite, une arme standard de la police Sig Sauer P2022, calibre 9 millimètres.
La porte s’ouvrit d’un coup, avec un bruit énorme. Emporté par son élan, le policier ne put s’arrêter et termina sa course plié en deux sur la rambarde métallique d’un escalier sûrement utilisé dans le passé par les cadres pour monter à leur bureau sans passer par le hall. Il se redressa en un éclair. Il était là. Marc Dubois.
28 ans, blond, cheveux courts, manteau classique noir en laine, gants de cuir noir, costume-cravate. Elégance et distinction. Il tenait un sac de sport dans la main gauche, et regarda le palier du dessus, surpris. Pendant une seconde, rien ne se passa. Puis il leva son bras droit, au bout duquel Fred reconnu machinalement un pistolet-mitrailleur Heckler & Koch MP5K, calibre 9 millimètres, muni d’un chargeur de trente coups. Fred se jeta sur le sol. Une rafale explosa dans la cage d’escaliers, et une pluie de morceaux de gravats s’abattit sur le policier, lui apprenant que le criminel venait sans doute de faire un paquet de trous dans le mur au-dessus de sa tête. Puis, nouveau bruit : une cavalcade de pas dans l’escalier. Il se pencha au dessus de la rambarde, et fit feu un peu au hasard dans l’escalier, espérant le toucher et le neutraliser. Apparemment sans succès.
Il se précipita sur les marches. Au moins, ici, le soleil levant donnait sur une verrière non opaque, ce qui lui permettait de distinguer où il allait. Il en était à la moitié de la descente lorsqu’il entendit une porte claquer en bas.
Arrivé au terme de l’escalier, il entendit une série de pas lourds et rapides à quelques mètres de lui, derrière un mur, et tapa vigoureusement dessus en criant :
- Hé ! Par ici ! Il se fait la malle ! Dépêchez-vous ! Et attention, il est armé !
Sans attendre de réponse, il reprit sa course folle, sortant de l’usine désaffectée, se dirigeant au hasard dans le brouillard, par où le chemin lui semblait le plus praticable entre les débris divers. Le vent souffla une rafale qui lui arracha un frisson dans le dos et un grognement énervé. Il vit que le jour commençait à se lever. On voyait la lumière à l’horizon, au-dessus du brouillard. Il finit par distinguer un mur d’enceinte, haut de peut-être deux mètres ou deux mètres cinquante. Dubois était à cheval dessus. Il s’était aidé d’une carcasse de camionnette pour escalader celui-ci, mais il avait perdu un peu d’avance.
- Arrêtes !
Le criminel se tourna vers Fred, montrant un visage où se dessinaient la nervosité et l’agacement. Sans attendre quoi que ce soit, et sans s’arrêter le moins du monde, il lança son sac par-dessus l’enceinte, et saisit son pistolet-mitrailleur, une poignée dans chaque main. La rafale retentit, longue dans le soleil levant. Des débris sautèrent aux pieds de Fred, qui trébucha, tentant de reprendre son équilibre. En un éclair, Dubois le visa à nouveau et pressa la détente de son arme, mais un claquement sec se fit entendre : plus de cartouches. Il grogna de colère et envoya valdinguer le MP5K désormais inutile sur la camionnette, puis sauta, disparaissant derrière le mur.
Fred arriva à la carcasse une demi-minute après. L’escalader fut pour lui un jeu d’enfant, et il sauta du mur sans regarder où il tombait. Il se doutait qu’il ne se ferait pas mal : vu comme Marc Dubois avait sauté quelques secondes avant lui, il n’y avait pas lieu de s’inquiéter. Ce n’était pas un casse-cou, et il préparait le moindre de ses actes longtemps à l’avance. Il atterrit donc sur un tas de sac-poubelles mous et éventrés, dont il se releva bien vite, courant dans la rue en face de lui, vers le soleil levant.
* * *
Marc s’arrêta pour reprendre son souffle un instant, et cracha. Décidément, à chaque fois qu’il piquait des sprints, il avait plein de glaire dans la bouche. Il aurait bien été tenté de fuir par la sortie principale, mais il se doutait bien qu’elle serait blindée de flics de tous acabits, et il avait donc aménagé cette sortie de secours au cas où. Il avait eu raison. Il ne savait pas comment ils avaient pu le retrouver aussi vite, ce n’était jamais arrivé. Bah, un coup du sort… il fallait s’adapter, il y a une première fois à tout. Regardant en arrière, il constata que le flic le suivait toujours. Toujours aussi tenace décidément, ce Frédéric Miloch… Il eut un fin sourire, et sortit de son holster d’épaule un Beretta 9 millimètres.
* * *
Fred connaissait bien Marc. Depuis des années. Ils avaient fait leurs classes dans le même lycée. En effet, Marc Dubois avait redoublé sa quatrième, et avait donc un an de plus que les autres. Par la suite, ils s’étaient retrouvés une fois. Il y a quelques mois. Fred menait l’enquête sur ces braquages sur parfaits et si spectaculaires qui avaient lieu en ville. Il savait que c’était Marc. Il reconnaissait sa démarche sur les vidéosurveillances, sa manière de parler, sa gestuelle, et il avait été vu plusieurs fois en ville un peu avant les vols. Il avait donc décidé de bluffer un bon coup, et l’avait invité au resto en « souvenir du bon vieux temps ». Prétexte ridicule en soi, mais qui avait suffit. Marc était confiant en lui. Il savait qu’il était flic, et il savait que Fred n’ignorait rien de son état de criminel. Mais que peut-on faire sans preuves tangibles ?
Il se rappelait, ils avaient d’abord été manger dans une petite pizzeria traditionnelle, puis avait suivi un film d’Alfred Hitchcock au cinéma. Leur soirée avait fini dans une brasserie, où ils avaient parlé pendant trois heures de leur philosophie de la vie. Une très bonne soirée. Cela avait commencé comme une rixe silencieuse, et ça c’était terminé comme une bonne vieille soirée entre potes qui ne s’étaient pas revus depuis une paire d’années. Ils avaient ri, fredonné, critiqué, bu, mangé ensemble. Et, pour quelques minutes, pour un temps infime, le monde aux alentours avait disparu, laissant juste deux hommes parler entre eux. Sans arrière-pensées. Juste deux amis.
Mais c’était fini maintenant.
* * *
Marc arriva à l’arrêt de tram, se dissimulant derrière la colonne de publicités pour le cinéma. Il regarda fiévreusement le poteau de tram. Le prochain passerait dans un quart d’heure. Il cogna son poing ganté sur la colonne. Pourquoi était-on dimanche ? Si l’on avait été en semaine, il se serait mêlé à la foule. Aujourd’hui, il était plus de huit heures, et tout le monde dormait encore. Il y avait eu une fête en ville la veille, et personne ne sortait. Le boulevard était vide de toute présence humaine. Il se cacha, déposant son sac à côté de lui, se remémorant le dernier soir où lui et Fred s’étaient vus.
- La prochaine fois que je te vois, je te préviens, ce ne sera sans doute pas dans des conditions aussi agréables qu’aujourd’hui…
Il saisissait maintenant toute la valeur de cette expression qu’il avait prise pour une menace présomptueuse à ce moment-là. Il reprit son souffle, arma son pistolet automatique, et cracha.
* * *
Fred arriva au carrefour. Personne. Puis, le brouillard tombant et le soleil apparaissant derrière les immeubles, il aperçut quelque chose au pied de la colonne de publicités. Une petite forme sombre. Un sac de sport. Il hurla.
- Marc ! Sors d’ici !
Aucune réponse. Le policier se décida à faire quelques pas. A découvert, il avança, doucement, précautionneusement, aux aguets. Et tout se passa très vite.
Marc sortit de derrière une poubelle, pistolet à la main, en visant le policier. Fred s’entendit crier quelque chose d’inarticulé, et leva le bras. Un coup de feu résonna, comme au ralenti, puis un autre. Il sentit une brûlure sur son oreille droite. Marc bougea soudain d’un mouvement involontaire, comme attiré en arrière par une force magnétique invisible, et chuta, l’air surpris, son arme lui échappant des mains. La douille dorée de calibre 9 millimètres brilla aux lueurs du soleil qui se levait. Et il atterrit lourdement sur le sol.
Fred poussa un autre cri, puis se précipita, mais l’air l’entravait, comme s’il se déplaçait dans l’eau. Il était arrivé très vite sur le trottoir à côté de l’arrêt, trop vite. Il n’entendait plus aucun bruit à part celui de son cœur et les halètements vaporeux qui sortaient de sa bouche. Arrivé près de Marc, il jeta son arme sur le sol et se laissa tomber à genoux.
Il n’avait jamais vu à quel point les yeux de Marcs étaient clairs. Ils étaient presque gris clair, effet renforcé par les rayons du soleil levant. Il était étendu à ses pieds, le regardant, la bouche légèrement entrouverte, un filet de sang coulant d’entre ses dents, une grande tache rouge et visqueuse s’élargissant sur sa chemise blanche.
- Ça va aller… Accroche-toi…
Marc expira par saccades, comme s’il essayait de dire quelque chose. Fred se pencha sur lui, souleva doucement sa tête, enleva les gants du blessé pour les mettre sous celle-ci. Puis il serra la main droite de l’homme dans la sienne, et le regarda en chuchotant, pressant son bip de son autre main d’un geste machinal.
- L’ambulance va arriver. Tu vas t’en tirer… Tu vas voir.
Sa voix n’était plus qu’un murmure.
- Tout va bien se passer.
Les yeux de Marc se levèrent vers le ciel, puis ses yeux se voilèrent. Fred caressa de sa main gauche le visage du criminel, essuya sommairement le sang du revers de sa main. Puis, avec une douceur immense – même une tendresse – il lui ferma les yeux et la bouche. Il baissa, la tête, se recueillant.
Il s’entendit respirer bruyamment, et prit conscience qu’il pleurait. Quand il ferma les yeux, une pluie chaude s’abattit sur ses joues glacées, un rictus déforma sa bouche, et ses épaules se secouèrent de sanglots.
Le soleil dardait ses rayons, chassant le brouillard.
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