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Écatomilie   Auteur: Herr_Magog Vue: 2429
[Publiée le: 2007-11-04]    [Mise à Jour: 2010-01-24]
G  Signaler MystèreCommentaires: 30
Description:
Je change de titre en passant du latin au grec ; "Écatomilie" vient de "εκατό ομιλίες" (= les Cent Discours).

Me voici donc dans l'épreuve des cent discours lancée par Opera... Vous trouverez ici de courts One-shots, en rapport aux thèmes spécifiés par ce dernier. J'essayerais de traiter les sujets dans l'ordre, et de finir... Avant d'y laisser ma vie !
S'il y a un classement qui doit être pris en compte, notamment au niveau de la maturité du public, je l'indiquerai à côté de chaque titre.

Bonne lecture à tou(te)s !

32/100
Crédits:
Encore une fois,
Tout est de moi,
Et cætera.
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Commenter: II - L'Arbre des Maulepierre (Vertu) [R]

II - L'Arbre des Maulepierre (Vertu) [R]

[1467 mots]
Publié le: 2007-11-12Format imprimable  
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L’ARBRE DES MAULEPIERRE (Vertu) [R]

 

 

 

 

« Oh, quel bel arbre ! »

De tous les temps que la maison et le parc appartenaient à la famille Maulepierre, ce compliment revenait sans cesse, tel une tradition solidement ancrée. Car dans le grand parc, il y avait une partie de la forêt, qui paraissait enchantée tellement la lumière dans les feuilles était belle, tellement il était agréable en été de parcourir les bois pieds nus dans les mousses fraîches. Et oh, qu’il était doux de se baigner dans la petite rivière !

Mais l’élément de loin le plus intéressant est dans cette nature heureuse et luxuriante était un majestueux chêne, qui se dressait dans une petite clairière au cœur de la forêt. On devait y accéder par un petit sentier, ce qui bien entendu ravissait les dames chaque fois qu’une excursion s’y préparait. Pique-nique ou simple promenade, quelles belles occasions de contempler le puissant feuillu, auréolé de mystères !

En effet, les autochtones racontaient que les nuits de pleine lune, les farfadets venaient danser autour de son énorme tronc ; ou que les sorcières du coin venaient y faire leur Sabbat Infernal tous les premiers samedis du mois. Cela amusait beaucoup les invités des Maulepierre.

Un jour, l’un d’eux, le Duc de Bassigny, vint à dire – autour d’un verre d’un excellent Muscat – qu’il mariait sa fille. Celle-ci était une jeune fille de dix-huit ans à peine, blonde comme les blés, blanche comme la neige et aussi indifférente qu’un rocher. Le patriarche Maulepierre proposa alors de la marier à son fils Henri, vingt-quatre ans, joyeux jeune homme sportif et loyal, par un enchaînement tout ce qu’il y a de plus naturel. Henri était d’accord, Elise s’en fichait : tout allait se résoudre dans la bonne humeur, quand Ferdinand Brissenac déposa une objection.

Dès le premier coup d’œil, il était tombé amoureux d’elle. Pas très haut pour ses vingt ans, émacié, efflanqué et nerveux, les cheveux bruns et courts, il était un peu l’opposé d’Henri Maulepierre à qui tout souriait. Il n’avait pas d’amis, pas de parents pour le soutenir dans ses démarches – surtout pas maintenant qu’il se faisait remarquer –, et à lui, le Duc de Bassigny adressait un œil goguenard, et pas admiratif. Pariant le peu d’honneur qui lui restait, il explicita son envie d’épouser la jeune fille. Le Duc commença par le rabrouer, puis Henri intervint :

-          Cher Ferdinand, puisque vous aimez Elise ici présente, accepteriez-vous de vous battre en son nom ?

-          Parfaitement ! Je pourrais même mourir, j’entends.

-          Et, connaissez-vous quelque chose à l’escrime ?

-          Je pense bien.

-          Très bien ! Que penseriez-vous d’un duel, alors ?

L’assistance retint son souffle. Ferdinand répliqua avec fougue :

-          Je pense que c’est une bonne idée. Je suis même pour un duel à outrance.

Les invités, excités, gloussèrent.

-          Eh bien mon cher, je vous invite à venir dans mon bureau en ma compagnie, tout à l’heure, que nous puissions arranger les derniers détails.

Le jeune Ferdinand accepta, résolu. Elise affichait autant d’émotion qu’une huître.

 

Quelques temps plus tard, les deux jeunes gens se retrouvèrent donc dans le bureau.

-          Vous désirez vraiment vous battre jusqu’à la mort ?

-          Oui. Si je subis le déshonneur de ne pas vaincre pour la femme que j’aime, alors je n’aurais plus qu’à mourir de toute façon. Cela revient au même.

Le jeune Maulepierre sourit.

-          Je vois que vous ne manquez pas de fougue. Dans ce cas, j’accepte votre offre. Que pensez-vous d’un duel à l’épée ?

-          Cela me convient.

-          Avez-vous votre propre rapière ?

-          Non… Je m’en procurerais une.

-          Je m’en occuperais. Autant en finir le plus tôt possible, n’est-ce pas ? ajouta Henri en riant avec l’insouciance d’un homme qui n’avait pas peur de la mort.

Ils convinrent ensemble de se retrouver dans la clairière, le samedi suivant, à cinq heures du matin.

 

Le samedi, avec l’impatience et la nervosité d’un homme qui voit la mort arriver mais sans la craindre, le jeune Ferdinand avait quitté le château familial à quatre heures, et il arriva à quatre heures et demie devant la demeure des Maulepierre. Un quart d’heure plus tard, Henri vint ouvrir la grille, et ils se mirent en chemin vers la clairière.

-          Quelle belle panoplie de chasse vous avez là, complimenta Henri, regardant la selle compartimentée, le ceinturon auquel pendait un large coutelas courbé, le complet de chasse en velours.

-          J’ai l’adresse de l’artisan qui l’a réalisé sur l’étiquette de ma veste, répliqua Ferdinand en souriant, et si vous me battez, vous gagnerez sans doute un costume de chasse si vous avez le bon sens de suggérer cette envie à vos parents.

-          Parfait ! rit son acolyte. Je retiens bien !

La clairière se dessina devant eux, et ils descendirent de cheval. Une fine couche de brume troublait le sol tapi de végétaux. Au pied du chêne dressé sur un petit monticule, on voyait de la pelouse, endroit parfait s’il en est pour un duel. Les deux jeunes hommes descendirent. Tandis que Ferdinand ôtait sa veste et son ceinturon et se mettait en bras de chemise, Henri décrocha de sa selle un long paquet enroulé d’un drap blanc, et le déplia sur le sol. Il contenait deux épées d’estoc.

-          Mon ami, dit-il, l’heure est venue.

Ferdinand s’approcha.

-          Choisissez l’épée qui vous semble la meilleure pour vous.

Ferdinand se pencha, prit les rapières, les soupesa, fit quelques passes avec et finit par poser son choix sur l’une d’elles. Henri s’empara de l’autre.

-          Il est cinq heures ! En garde !

Les deux jeunes gens se placèrent au centre de la clairière, sous le chêne centenaire, et commencèrent à se battre. Les deux premières minutes, tout était acier, feintes, esquives, parades et ripostes. Juste après, avec un bruit de tissu déchiré, le premier sang jaillit du bras droit de Ferdinand. Ils interrompirent le combat, se remirent en garde. Trente secondes plus tard, la poitrine du jeune homme vit à son tour voler quelques gouttes de son liquide vital, et il s’arrêta pour reprendre son souffle.

-          Ca va ?

Le jeune Brissenac déglutit.

-          Ca va.

Ils recommencèrent. Le jeune désargenté se vit taillader une troisième, puis une quatrième fois. Enfin, dans un cliquetis métallique, sa rapière lui échappa des mains, et vola dans un buisson où il la perdit de vue. Il chuta, roula sur le dos et ferma les yeux, ensanglanté, en sueur, et sentit la pointe de la rapière d’Henri sur sa pomme d’Adam.

Mais celui-ci l’ôta, et lui tendit la main.

 

-          Ferdinand… Je ne désire pas votre mort. Vous êtes aussi jeune que moi, il me serait cruel de mettre fin à vos jours. Oui, vous êtes jeune, et croyez-moi, de surcroît beau garçon… Si vous craignez le déshonneur, fuyez ! Vous avez de l’argent, je pense. Vous trouverez bien un endroit paisible où vous installer, et où fonder une famille.

Le jeune Brissenac se releva, gardant les yeux rivés sur le sol, honteux mais résigné. Henri avait gagné et, dans sa confiance en lui et sa solidarité, lui offrait de tout recommencer.

-          Merci, parvint-il à bredouiller, la gorge serrée.

Henri lui sourit.

-          Je vous couvrirais, Ferdinand.

Si un mot devait définir le jeune homme en cet instant, cela aurait été : reconnaissance. Tout son être voulait hurler sa reconnaissance pour Henri. Il en avait fini de cette vie de noble désargenté, il le savait maintenant. Ils se tournèrent le dos pour reprendre leurs affaires. En réenfilant sa veste de chasse, Ferdinand se rappela quelque chose, et s’en retourna vers Henri.

Celui-ci lui tournait le dos ; assis sur une souche, il remplaçait ses chaussures par de solides bottes d’équitation.

-          Dites, Henri, vous vouliez savoir l’adresse de mon artisan…

Il décrocha l’étiquette de sa veste.

-          Je vous apporte l’étiquette.

-          Très bien, répondit Henri, toujours de dos. Je suis à vous tout de suite.

En un éclair, Ferdinand dégaina son robuste coutelas, le leva au-dessus de son épaule gauche, et frappa latéralement le côté gauche de la boîte crânienne d’Henri, d’un coup formidable. Une gerbe de sang épais gicla dans la lueur naissante de l’aurore et, sans un cri, sans un son, le corps d’Henri chuta lourdement sur le sol.

Du crâne complètement fendu, on pouvait voir les grumeaux grisâtres de matières cervicales se mêler aux cheveux, en même temps que coulait le sang chaud et sombre, mais aussi de la bouche, du nez et de l’oreille gauche. Il ne bougeait plus.

 

Ferdinand regarda son coutelas. C’était un Kukri, un grand couteau venu des Indes, au large tranchant courbé en-dedans, qui évoquait une machette par la forme de sa lame. Il tomba à genoux, ramassant une poignée d’herbe et de feuilles du vieux chêne afin d’essuyer la lame souillée de matières poisseuses et gluantes. Puis il rengaina son arme, et regarda l’étiquette de son costume – qu’il tenait toujours dans sa main – d’un air las.

 


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