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Le livre de la vie



Mon Livre   Auteur: Alice Vue: 464
[Publiée le: 2005-03-26]    [Mise à Jour: 2005-03-27]
G Mystère/GénéralCommentaires: 7
Description:
Une jeune femme amoureuse des livres découvre un livre des plus étranges...
Crédits:
Tout est à moi... Dommage, hein ? ;p

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Commenter: Découverte

Découverte

[2095 mots]
Publié le: 2005-03-26
Mis à Jour: 2005-03-27
Format imprimable  
Taille du Texte: (+) : (-)

Je dédie ce texte à ma meilleure amie Caroline, amoureuse des livres…

 

Mon Livre

Chapitre 1 : Découverte

 

Elle marchait d'un pas rapide dans une petite rue piétonne du quartier St Jean. Le climat s'était considérablement radouci en ce début de printemps et les touristes profitait des rayons du soleil pour se presser dans les boutiques de souvenirs, entre les cartes postales de la place des Terreaux et de Fourvière, et les marionnettes de Guignol et Gnafron, ou aux terrasses des crêperies. Des fragrances de pâte chaude, de chocolat fondu et de confitures aux fruits rouges lui chatouillaient agréablement les narines et son ventre commençait à se réveiller. « Plus tard », pensa-t-elle en se détournant avec une pointe de regret d'un appareil à barbe à papa pris d'assaut par une bande d'enfants. Elle ne pouvait pas se permettre d'avoir les mains sales et collantes. Tendant distraitement l'oreille pour écouter un accordéoniste assis sur un banc, elle s'extirpa du flot de la foule avec soulagement pour bifurquer dans une ruelle ombragée et désertée par les touristes. Impatiente, elle pressa encore le pas et s'arrêta enfin devant une petite boutique sombre, poussiéreuse, encombrée de livre, la vitrine en désordre et la peinture de la porte écaillée : une bouquinerie. Savourant d'avance son plaisir, elle l'exacerba en se contraignant à scruter les profondeurs du magasin par la vitre sale, comme si elle hésitait à entrer. Puis, incapable d'attendre plus longtemps, elle poussa la porte frêle et pénétra dans la fraîcheur du magasin en poussant un « bonjour » joyeux. Le son grêle du carillon couvrit les dernières notes de l'accordéon, qui disparurent définitivement lorsque la porte se referma en claquant.

Le vieil homme assis derrière le comptoir inclina la tête, cachant dans une quinte de toux parfaitement simulé le demi-sourire qui était apparu sur son visage en voyant le rituel de la jeune femme sur le seuil de la boutique : le même, plusieurs fois par semaine, depuis bientôt six mois. Comme à son habitude, le libraire observa les coups d'œil enfiévrés de sa cliente sur les montagnes de livres par-dessus ses lunettes en demi-lune ' à cause desquelles elle l'avait secrètement surnommé Dumbledor ' et répondit à ses question distraites par des grognements incompréhensible. Une fois qu'elle eût sacrifié à la tradition, elle put enfin se jeter dans le chaos de rayonnages ployant sous le poids des ouvrages.

Les yeux pétillants, elle s'arrêta au milieu des remparts de livres et les embrassa de son regard enamouré. Elle les aimait tant ! Elle aimait les livres de poche flambants neufs, calibrés ' tous de la même hauteur mais d'épaisseurs différentes, bien sûr ' avec leurs couvertures si blanches, lisses et souples, sobres et de bon goût, illustré d'un détail de tableau de maître ou d'une photo en noir et blanc, ou parfois d'une dessin stylisé, moderne ; le papier immaculé, fin, l'imprimerie parfaite mais l'encre pas encore sèche qui laisse une trace sur le doigt… Mais elle adorait par dessus tout les bouquins vieux et usés, lourds et encombrants, comme des masses d'expérience rassurante, petits et gros, grands et minces. Avec délice, elle aspira profondément le parfum vieilli des couvertures de cuir craquelées et des pages épaisses, jaunies par le temps, un peu gondolées. Puis, les yeux fermés, elle parcourut de ses doigts agiles les tranches des livres qu'elle effleurait comme dans un souffle timide. Le contact de ce cuir durci, craquelé et un peu râpé, usé, comme la peau d'un paresseux lézards, avec les lettres du titre incrustées qui avaient perdu depuis longtemps leur dorure, les rendant presque invisible mais que l'on pouvait lire en brail. Ainsi, les mots se formaient lentement dans son esprit tandis qu'elle devinait la petite courbe bombée au sommet d'un R ou la montagne échelonnée d'un A, mais s'y imprégnaient avec plus de force et de plaisir.

Pourtant, au bout de quelques minutes, elle se décida à rouvrir les yeux et à choisir un ouvrage parmi la multitude qui s'offrait à son cœur avide. Elle tendit la main et extirpa de sous une pile un gros livre particulièrement vieux et dont les lettres du titre s'étaient délicieusement gravées dans son esprit comme elles l'étaient dans le cuir de la couverture :

Contes du Temps Passé

ou Contes de ma Mère l'Oye

Charles Perrault

Elle cala au creux de son coude l'ouvrage qui déjà la transportait de joie et lui promettait des heures de ravissement, et l'ouvrit religieusement en son milieu, marqué par un fin ruban rouge qui servait de signet. Elle caressa doucement le grain épais des pages et feuilleta doucement l'ouvrage en se délectant du léger bruit des pages qui se tournaient. Elle retint un petit cri de joie en faisant deux découvertes : les contes étaient illustrés de gravures de Gustave Doré et les titres ornés de belles enluminures à l'encre noire. Par contre, certaines pages étaient détachées, mais ce n'était pas très grave ; elle comblera son nouvel enfant de ses soins et il n'y paraîtra plus.

La merveille pressée contre sa poitrine, elle quitta joyeusement les rayonnages des vieux livres pour se diriger vers les caisses contenant des magazines de modes… du début du XXème siècle. D'une taille incroyable, ils étaient faits dans une sorte de papier cartonné assez rigide, ramolli aux coins, ancêtre du papier plastifié et tape-à-l'œil que nous connaissons ; de même les photos des top-modèles aguicheuses cédaient ici la place aux aquarelles défraîchie de femmes longilignes et hautaines, aux yeux de biche et aux petits chapeaux, déambulant avec grâce au bord de cours d'eau et à l'ombre d'arbres à peine esquissés. La jeune femme en choisit deux dont les modèles printaniers et les couleurs pastelles lui rappelaient cette journée-même et s'accordaient avec son humeur radieuse.

Elle se dirigea avec une pointe de regret vers la caisse, jugeant que ses trouvailles allaient déjà suffisamment entamé son pécule pour qu'elle ne se laissât pas tenter par une autre découverte. Une bonne résolution qui, comme toute bonne résolution qui se respecte, fondit comme neige au soleil, lorsque ses yeux se posèrent malgré elle sur un petit livre dont la couverture en tissu violet l'attira irrésistiblement. Comme à travers les brumes d'un rêve, elle tendit la main vers cet objet à l'aspect incongru et qui paraissait ridiculement petit à côté des autres bouquins pansus qui le pressaient et le dominaient sans scrupules. Elle en vint presque à les haïr.

Délicatement, elle recueillit le petit livre et le contempla longuement, inlassablement, se repaissant de chaque détail avec un appétit et une ardeur qu'elle ne se connaissait pas. Du bout du doigt, elle caressa le tissu rugueux, comme on pourrait le faire pour un petit animal apeuré qu'il faudrait rassurer. Un instant, elle crut même sentir une douce chaleur émaner du petit livre et peut-être un minuscule cœur battre entre les pages. Elle secoua la tête pour dissiper l'illusion et tenta d'aborder le livre de manière critique : peine perdue, elle venait d'avoir un véritable coup de foudre, elle le savait. Elle se força à déchiffrer le titre en lettres d'argent craquelées collées au tissu qu'elle contemplait depuis cinq bonnes minutes sans le lire. Mon Livre. « MON livre », répéta-t-elle intérieurement, s'appropriant les mots avec délice. Elle voulut savoir à quel auteur elle avait volé ce pur enchantement. Elle ne put réprimer une moue de dépit : plusieurs lettres s'étaient décollées et les traces de colle noires presque effacées ne permettaient pas de deviner le nom. Mais bientôt sa grimace fit place à un sourire satisfait : « Comme ça, c'est vraiment MON livre ! », se dit-elle, emplie d'une joie enfantine. « De toute façon, ce n'est certainement pas un auteur connu… » Le prénom était plutôt long. Ne restaient que la troisième, la quatrième et la huitième lettres ' respectivement e, n et i. Les traces de colle semblaient dessiner un C ou un G en première lettre et un e ou un c en dixième, la dernière. « Si c'est un e, l'auteur doit être une femme, surtout avec le i juste avant », en déduisit-elle. Quant au nom de famille, il ne restait que la cinquième et la sixième lettre, un n et un z. « Ce ne doit pas être un nom très commun… Je pourrais peut-être faire des recherches… », pensa-t-elle sans vraiment songer à mettre son projet à exécution : la perspective que le livre pourrait en quelque sorte lui appartenir la séduisait totalement. Elle ouvrit le livre au hasard et lut un passage :

J'étais toute petite et le sapin de Noël, décoré par ma mère et mes sœurs sans que j'eus le droit d'y toucher, me semblait être la plus belle chose du monde et je ne pouvais m'empêcher de le regarder avec un émerveillement sans bornes mêlé de crainte respectueuse envers cet arbre que seuls les « grands » pouvaient approcher. C'est donc avec un plaisir décuplé que j'allais chercher mes cadeaux le merveilleux matin de Noël au pied du sapin interdit. Mais le présent qui m'attendait ce matin-là me fit totalement oublié toutes les décorations de Noël du monde... De mes petites mains potelées, je déballai avec une impatience difficilement contenue le cadeau de ma grand-mère et au bout de quelques minutes, mes yeux encore embués de sommeil purent enfin contempler avec émerveillement un chat en peluche aux longs poils d'un blanc immaculé. Je serrai avec un amour tout enfantin ma nouvelle amie qui ne me quitta plus depuis ce jour…

« Quelle coïncidence ! », sourit-elle en se remémorant le Noël de ses deux ans qui était resté gravé dans sa mémoire malgré son jeune âge, et sa vieille peluche pelée qui l'attendait chez elle, couchée sur son lit, et qui ne la quittait pas depuis bientôt dix-sept ans.

Elle se dirigea d'un pas conquérant, un gigantesque et irrépressible sourire dansant sur ses lèvres, vers la caisse et tendit le Perrault, les deux magazines et le petit livre au vieux bouquiniste. Celui-ci jeta un coup d'œil sur les trois premiers ouvrage en maugréant des prix qu'il couchait sur le papier pour mieux les additionner. Puis son regard se posa sur Mon livre et aussitôt ses sourcils se froncèrent.

-         Vous l'avez trouvé dans les rayons, mademoiselle ?, demanda-t-il, surpris.

-         Euh… oui, pourquoi ?

-         Je ne me rappelais pas l'avoir déjà vu…, murmura-t-il comme pour lui-même.

Il sembla réfléchir et haussa finalement les épaules. Il inspecta le livre pour l'estimer et maugréa tout bas comme à son habitude. La jeune femme le regardait faire avec une appréhension grandissante… Lui demanderait-il un prix exorbitant pour SON livre ? Refuserait-il de le lui vendre ? Elle ne supportait pas l'idée de repartir du magasin sans, et encore moins de voir le vieil homme le manipuler comme s'il ne s'agissait que d'un simple livre !

-         Les dernières pages sont arrachées. Vous le voulez quand même, mademoiselle ?

-         Quoi ?, glapit-elle.

Il lui montra la fin du livre, dont une vingtaine de pages étaient manquantes. L'espace d'un instant, elle crut que c'était lui qui les avait déchiré, uniquement pour la priver de SON livre. Mais elle reprit vite ses esprit et acquiesça vigoureusement. Le vieil homme enveloppa ses quatre achats dans un papier-kraft et fourra le tout dans un sac de papier brun. Elle le remercia d'un vague signe de tête et sortit de la boutique comme dans un rêve. Sitôt qu'elle fut dehors, elle sortit le petit livre de son emballage avec frénésie et le pressa amoureusement contre sa poitrine, éprouvant un soulagement incommensurable.

 

 

 

Premier chapitre de cette réponse au défi de mon conscrit !^^

Je vous mets le schéma du nom de l'auteur DU livre parce que j'ai peur que ce ne soit pas très clair. Les lettres en gras sont celles en argent et celles en italique sont celles dont ils restent des traces de colle…

C_ e n _ _ _ i _ e       _ _ _ _ n z _

G                      c


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