
| L'amour se moque des convenances | Auteur: feylie | Vue: 917 |
| [Publiée le: 2005-07-11] [Mise à Jour: 2006-01-07] | ||
| 13+ | Général/Romance | Commentaires: 11 |
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Description: Réponse claire et nette au défi de Calipso !!! Et c'est mon premier défi que je relève dans la "catégorie défi". Quel moment d'émotion, lol. Allez je vais vous dire de quoi parle ma fic : L'histoire de déroule au début du règle de Louis XIV. Nous sommes en 1658. Contexte politique : guerre avec l'Espagne, après des années de Fronde qui ont bousculé la royauté française. Gabriel de Rohan revient en France après des années d'exil à la suite d'un appel de la reine mère, Anne d'Autriche. Le passé est encore vivace pour tous. Les amertumes, les ambitions, les sentiments se bousculent à la Cour du jeune roi. Mais tandis que les courtisans complotent, Cupidon joue les trublions. L'amour se moquerait-il des convenances ? Il se pourrait bien que oui. Car pour Louis XIV comme pour Gabriel, leurs idylles respectives semblent impossible.... Le jeune roi s'amourache d'une Mazarine pendant que Gabriel va s'épandre d'une étrange gamine dont le statut est inférieur au sien. Entre les intrigues politico-familiales et celles de Cupidon, qui parviendra à tirer son épingle du jeu ? Seule l'avenir nous le dira... | ||
| Crédits: Tout est à moi et rien qu'à moi !!! Yes !!!! Mais par contre Louis XIV et sa Cour... ben ils font un peu parti de l'Histoire |
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Entrevue royale[6626 mots] |
Publié le: 2005-07-11 | |
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Je suis émue, lol. C'est ma première fic originale. Allez lisez et dites-moi ce que vous en pensez !
Chapitre 1 : Entrevues royales
Louvre, Oct 1658.
Il galopait sur les routes de France depuis des semaines en direction de Paris ne s'attardant que très peu dans les auberges. Les paysages s'étaient succédés, les noms des villes s'étaient depuis un moment effacé de sa mémoire et les visages aperçus au fil de ses étapes se confondaient désormais dans ses souvenirs.
Il fallait l'avouer, la fatigue était bel et bien présente. Et pourtant, bien qu'elle se soit depuis fort longtemps emparée de lui, il s'interdisait le moindre repos.
Un repos ? Ce mot n'avait pas eu le temps de se faufiler dans son esprit qu'il s'était aussitôt traité intérieurement de lâche. Un homme de sa trempe n'avait pas à espérer le moindre répit, et cela tant qu'il n'aurait pas eu l'accord d'une certaine personne. Il ne retrouverait le chemin d'un bon lit qu'après avoir reçu et accompli ce pour quoi il avait quitté l'Espagne.
La fierté qu'il ressentait à l'idée d'accomplir son devoir envers cette personne était indescriptible. La reine mère, Anne d'Autriche, avait besoin de ses services. Cette simple raison suffisait largement à lui redonner l'énergie qu'il perdait au fil des kilomètres parcourus.
Et même s'il ignorait encore le pourquoi de cet appel de la reine mère, il était bien décidé à accepter tout ce qu'elle exigerait de lui, ne serait-ce que pour la remercier de la confiance qu'elle avait témoigné à sa défunte mère.
Il continua à galoper dans le vent.
Bientôt, les portes de Paris se distinguèrent à l'horizon malgré la grisaille du ciel. Neuve longues années loin de Paris et pourtant il retrouvait la ville telle qu'il l'avait quittée, grise, froide et pauvre.
Paris ne changera jamais, se dit-t-il alors qu'il traversait ses rues sales et boueuses. Cette misère Un jour ou l'autre, un souverain devra s'en expliquer devant son peuple.
Il évacua ses sombres pensées lorsqu'il atteignit enfin la demeure royale.
Son long et pénible voyage s'arrêta dans la cour du Louvre. Il sauta de son cheval et tendit les rennes à un page qui se fit un devoir de mener le destrier dans les Grandes écuries royales.
Il rajusta son capuchon sur la tête et la courba. Quelqu'un s'étonnerait-il de voir un mystérieux voyageur à l'allure d'espion déambuler dans les couloirs du Louvre ? Après des années de troubles, sûrement. Mais il pourrait également passer pour un excentrique. Après tout, n'était-il pas revenu au Louvre, au plus près du roi et de ses courtisans ?
Il leva les yeux vers l'immense bâtisse. A force de courir les champs de batailles, il avait oublié les fastes de la Cour. Arriverait-il à s'intégrer au sein d'un monde qu'il avait fini par dénigrer au fil des années ?
Un groupe de courtisans entra en gloussant dans le château.
Sans doute jamais, songea-t-il en les regardant entrer dans le château. Je ne m'y ferai jamais à ces nobles sans conscience.
Hommes ou femmes parés de luxe. Les costumes inondés de rubans et de plumes, les étoffes de satins, et de velours, les parures voyantes, les visages fardés de blanc, les lèvres rougies et les perruques. Toujours cet excès dans les mouvements, les regards, les vêtements et les sentiments.
Lui qui aimait la discrétion, il n'espérait pas apprécier son séjour à la Cour. Et son ami ? Cet ami qu'il avait quitté alors qu'ils n'avaient que onze ans se faisait-il à cet environnement ? Certainement non. Comment en pourrait-il être autrement alors qu'il n'avait rien d'un "m'as-tu vu ?"
Pourtant, il ne pouvait que douter de cette certitude. Les saisons ne transformaient-elles pas les paysages ? Le temps, lui, modifiait les gens ainsi que les rapports entre eux.
En entrant dans le château, il sortit la lettre censée lui permettre un entretien avec Anne d'Autriche. Un homme d'âge mûr, sûrement un ministre, vint à sa rencontre, visiblement étonné de voir un homme sali par la route et à l'aspect plus qu'étrange.
La lettre fut tendue et décachetée.
Sans un mot l'homme vit signe au voyageur de le suivre.
Dans le silence, il le conduit à travers les couloirs du Louvre en direction des appartements de la reine mère.
Il ne put s'accommoder des odeurs qui régnaient dans certains coins, alors que la relative hygiène dans les camps aurait dû l'habituer à ce spectacle mais en pénétrant dans un lieu où la beauté des meubles, des cadres et des lustres se disputaient la richesse des ornements muraux, il imaginait que ce luxe irait de pair avec la propreté.
Ils passèrent par des portes dérobées pour éviter la curiosité des intrigants qui s'étonneraient de voir un étranger approcher les appartements de la reine mère.
Il patienta quelques instants dans une antichambre avant que la porte ne s'ouvre et qu'une voix féminine douce mais impérieuse comme le devait l'être une voix de souveraine, lui ordonne d'entrer.
Et il découvrit celle qu'il avait quittée il y a neuf ans.
Anne d'Autriche était toujours aussi ravissante que l'image qu'il gardait d'elle dans sa mémoire.
Toujours aussi fière, le visage avenant mais un regard autoritaire, celui d'une reine. Mais contrairement aux autres dames de la Cour, Anne ne portait aucune trace de fard outrageusement blanc sur son visage. Si ses cheveux châtains autrefois ruisselaient sagement et sans aucun chichi sur ses épaules, aujourd'hui elle les portait à la mode « Sévigné », c'est-à-dire frisés comme toutes les dames de la Cour. Sa robe de soie bleue sombre ourlée de dentelles et prolongée par la traîne dont la longueur déterminait son statut, flattait sa silhouette fine. Son décolleté échancré aurait donné à plus d'un homme l'envie d'y plonger les yeux malgré son statut de souveraine.
Anne d'Autriche était toujours égale à elle-même malgré le temps. En serait-il de même pour son fils ?
Il s'approcha de la souveraine mère et s'agenouilla. Elle lui tendit sa main gantée de blanc qu'il baisa cérémonieusement puis leva ses yeux verts vers celle qui avait été presque une mère pour lui.
- Votre Majesté...
- Tu es devenu bel homme, Gabriel. Ta mère aurait été fière de voir ce que tu es devenu aujourd'hui. Relève-toi.
Il s'exécuta mais s'écarta d'elle.
- Pourquoi cette distance ? s'étonna-t-elle en lui tendant les bras.
- Je suis désolé votre Majesté, mais je ne suis plus l'enfant que vous preniez dans vos bras par le passé. Les convenances ne me permettent point de me montrer aussi familier envers vous. D'ailleurs, le simple fait que vous ayez fait appel à moi dans vos appartements personnels, et cela sans témoin, fera jaser les courtisans.
- Gabriel, tu...
- Appelez-moi Comte de Rohan.
- Je vois, dit-elle en souriant. Cela est tout à votre honneur, comte de Rohan et prouve que nous ne nous sommes pas trompée à votre sujet. Je puis donc me confesser à vous sans craindre une trahison, comme cela a toujours été le cas avec les autres."
"- Votre Majesté ne devrait pas douter ainsi de sa Cour."
Elle s'approcha de Gabriel et posa une main sur sa joue avec un air attendrissant. Ces yeux verts lui rappelaient tant ceux de sa défunte amie Marie Adélaïde. Gabriel avait hérité de l'honneur des Rohan et non de celle des Turenne, ces traîtres qui avaient mené la Fronde aux côtés de cet incapable de Condé.
Aujourd'hui encore, elle en voulait à ces nobles qui l'avaient séparée de sa seule amie, sa seule confidente, et qui avait du même coup éloigné Gabriel du Louvre.
Gabriel saisit le poignet de la souveraine.
- Nous savons tous les deux que les complots de la Cour ont été en partie responsables du décès de ta mère, Gabriel.
- Dites-moi la raison qui vous a poussé à m'envoyer quérir alors que mon désir était de ne point revenir en France.
- Et direct avec cela. Tu me sembles pleins de qualités. J'ai entendu tes exploits sur les champs de batailles. Malgré ton jeune âge tu fais honneur à nos armées. Il serait honteux que tu n'ais point de défauts. Cela signifierait que tu es bien plus parfait que le roi, lui-même.
- Je ne prétendrai jamais être plus parfait que notre royal souverain. Je suis à sa disposition et à la votre. Peu importe la mission, je la mènerai à bien.
Anne lui tourna le dos.
Elle semblait subitement agitée, gênée aussi.
- Votre Majesté ?
- Gabriel, sache que... En vérité, je n'ai aucune mission urgente qui valait ton retour au pays.
Elle attendit quelques instants avant de continuer, toujours en gardant le dos tourné afin de ne pas devoir faire face au visage de Gabriel qu'elle devinait furieux, mais qu'il lui cacherait certainement.
- J'aurais pu agir seule mais j'ai besoin d'un homme de confiance qui puisse parler à Louis.
- Lui parler ? Que lui arrive-t-il ?
- Rien de bien grave... Enfin, ce n'est qu'une question de point de vue si l'on juge qu'il risque de mettre en péril la royauté française.
- Votre réaction n'est-elle point exagérée si vous me permettez de le dire ?
- Hélas non. Te souviens-tu de l'époque où Louis s'échappait de ses leçons ?
- Comment pourrais-je oublier cela ? répliqua Gabriel dont les traits s'étaient subitement éclairés à ce rappel. Il était bien plus agréable de se faire dorloter par vous et vos filles d'honneur que de subir les leçons ennuyeuses d'un évêque qui jouait le rôle de précepteur.
- Les leçons de l'évêque de Rodez n'étaient point ennuyeuses ! Vous étiez seulement deux petits garnements qui préfériez ne rien apprendre pour courir à l'aventure ! s'offusqua Anne ce qui provoqua le rire de Gabriel.
- Sûrement votre Majesté.
Elle soupira.
- Louis a gardé ce goût pour les présences féminines.
- Sans vouloir vous déplaire, votre Majesté, le roi est un homme. N'est-il point normal qu'il s'intéresse aux femmes ?
- Bien sûr que oui ! Je ne prétendrai point ignorer les aventures de mon fils même si, je dois l'avouer, j'aurais souhaité qu'il se préserve.
- Le roi est tout de même âgé de vingt ans. Croyez-vous qu'il attende son épouse pour goûter au fruit défendu ?
- Gabriel, je te trouve bien léger ! Moi qui pensais discuter avec un homme d'honneur !
- Je ne suis qu'un homme, votre Majesté, pas un saint.
- Avons-nous bien fait de penser à vous pour cette mission, monsieur le comte de Rohan ?
- Cela dépend de la mission dont vous voulez me charger.
- Nous ne vous chargeons de rien, monsieur le comte. Nous souhaiterions seulement que vous restiez aux côtés de Louis durant les mois à venir.
- Craignez-vous un complot ?
- Aucun. Louis me semble tout simplement bien étrange depuis qu'il s'est remis de sa maladie.
- Ah, oui. J'ai appris que notre roi avait été indisposé par une fièvre alors qu'il inspectait les camps de Calais.
- Je lui avais pourtant déconseillé de s'y rendre. Mais il a fallu qu'il en a fasse encore et toujours à sa tête.
- Vous ne pouvez empêcher un roi d'aller complimenter ses troupes après une victoire. Les hommes combattent pour leur souverain mais si celui-ci se désintéresse de leur sort, croyez bien que la victoire jamais ne les intéressera.
- Tu as sans doute raison. Mais ce n'est point de cela dont je veux discuter. Louis est devenue bien distant envers moi, il ne cesse de se faufiler à l'extérieur sans en avertir ses ministres et encore moins Mazarin.
- Ne désire-t-il pas tout simplement s'éloigner de sa Cour ?
- Non, je connais Louis. Ce n'est point l'étiquette de la Cour qui lui pèse.
- Dites-moi franchement ce que vous suspectez, votre Majesté.
- Un vrai militaire. Toujours allez à l'essentiel dans les informations.
- Je suis désolé.
- Oh, je ne te blâme pas. Tu as parfaitement raison. Je vais t'expliquer. Les intrigues dont se livre Louis me déplaisent.
- Comment cela ?
- Ces derniers mois - si ce n'est plus - Louis s'est mis à intriguer avec mes filles d'honneur. J'en ai eu vent par la duchesse de Navailles, qui chargée de leur conduite, devait me tenir en courant du moindre écart de ces demoiselles. Il se trouve que je n'aurais jamais pensé que mon propre fils s'en approcherait. Nous avons dû murer une porte qui selon des sources permettait à Louis de s'introduire pour commettre ces méfaits.
- Méfaits ? Vous y aller un peu fort, votre Majesté.
- Mes filles d'honneur ne sont point des servantes !
- Ce ne sont tout de même pas ces amours qui vous font craindre la chute de la royauté ?
- Si et en particulier une.
- Laquelle ? demanda Gabriel en sourcillant.
- Marie Mancini.
- La nièce du cardinal ?!
- En personne.
- Vous craignez que de cet amour, le cardinal puisse...
- Puisse ?! Mazarin est un ingrat ! Je sais qu'il est derrière cette machination. Même s'il n'est point responsable de ce penchant, il sait mais se refuse à agir ! Si cette union devait se concrétiser... Marie Mancini, reine de France ? Moi, vivante, il n'en sera jamais ainsi !
- Majesté... Si vous me demandez de persuader le roi de renoncer à cet amour... je ne saurais être l'homme qui vous convient. J'ignore ce qu'il demeure du garçon que j'ai connu autrefois. Je doute fort que mes paroles fassent le poids ou ait un quelconque impact sur le roi. Par contre, vous, vous pouvez en toucher quelques mots au cardinal. Ainsi, vous clarifierez la situation.
- Monsieur le comte, nous ne saurions fortement vous conseiller de vous rendre auprès de votre roi. Vos conseils auront, nous en sommes certaine, un réel écho sur votre souverain. Quant à nous, nous réfléchirons à un possible entretien avec le cardinal.
Gabriel esquissa un sourire. Il était allé trop loin. Il devait obéir comme il se l'était promis.
- Bien, votre Majesté. Je ferai selon votre bon vouloir.
- Louise ! appela la reine.
Une femme bien plus âgée que la reine entra depuis une porte dérobée.
- Oui, votre Majesté ?
- Louise, Veuillez conduire monsieur le comte de Rohan devant le roi.
- Bien, votre Majesté.
Gabriel s'inclina devant Anne.
- Gabriel...
- Comme je vous l'ai dit tantôt. Je suis à votre disposition, votre Majesté.
Et sur ce, il quitta le cabinet de la reine mère à la suite de Louise.
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Vêtue de sa tenue de chasse, Louis quitta son valet de garde-robe et les trois autres gentilshommes qui assistaient habituellement à ses séances d'habillage.
Il était impatient de monter son cheval et de s'éloigner de la Cour durant quelques heures. Il allait pouvoir la revoir, elle... Cet ange à la chevelure brune et aux yeux si perçants.
Marie Mancini...
Il allait bientôt la retrouver.
Mais avant, il allait devoir congédier tous ses courtisans pour s'enfuir du château. Si ses prédécesseurs aimaient à étaler leurs conquêtes sur la place publique, il n'en était rien pour lui. Il voulait préserver cette idylle des rumeurs des intrigants. Si maîtresse il devait y avoir, maîtresse il y aurait.
En revanche personne ne saurait vraiment ce qu'il en serait exactement de ses relations. Il induirait sa Cour en erreur afin que jamais elle ne puisse lui attribuer une amante qui, se croyant toute puissante, en profite pour tenter d'imposer sa voix auprès de lui. Il agirait toujours sans maître. Il serait son seul maître. Toujours.
On frappa à la porte.
Louis gronda un refus.
- Sire, il s'agit du comte de Rohan, expliqua la vieille femme.
- Le comte de Rohan, dites-vous ? Faites le entrer et dites aux ministres de ne déranger le roi sous aucun prétexte.
- Bien, Sire.
Elle s'inclina puis laissa passer Gabriel. Ensuite, elle referma précautionneusement la porte derrière elle.
Les deux hommes se fixèrent du regard avant que Gabriel ne s'incline devant son roi.
- Gabriel, est-ce bien toi ?
- Gabriel de Rohan pour vous servir, Sire.
- Sire ? Toi qui autrefois rechignais à m'appeler ainsi, se moqua Louis.
- Autrefois, vous n'en aviez pas encore le titre si j'ai bonne mémoire.
- Insolence faite au roi. Savez-vous ce qu'il peut vous en coûter, monsieur le comte ?
- Je ne saurais prétendre deviner les pensées de sa Majesté.
Louis observait toujours le jeune homme devant lui.
Il avait failli piétiner son éducation et se montrer familier en prenant son ancien ami dans ses bras. Il était roi aujourd'hui. L'étiquette lui interdisait toute sorte de débordements. Mais en cet instant qui aurait pu les surprendre ? Qui aurait pu s'horrifier d'apercevoir le roi agir familièrement envers une personne dont la famille avait conduis une fronde contre lui et les siens ?
Même si d'habitude, il évitait de dévoiler ses sentiments, de dévoiler ses pensées et ses secrets les plus profonds Avec Gabriel, l'envie de s'épancher se faisait toujours plus forte comme toujours, comme autrefois. Il n'espérait et ne désirait plus contenir ses sentiments envers son seul et meilleur ami.
Sans aucune gêne, Louis prit son ami dans ses bras.
- Sire ? s'étonna Gabriel, gêné par la familiarité de son souverain.
- Gabriel, c'est toi ! Si tu savais à quel point ces dernières années ont été d'un ennui sans toi.
- Je comprends la joie de sa Majesté mais...
- Ventrebleu ! Ne me parle point d'étiquette, Gabriel ! Ose le faire et je te ferai enfermer à la Bastille ! Tu es bien plus qu'un comte, un ami... Tu es comme un frère pour moi.
- Votre Majesté est trop bonne.
- Gabriel, dit Louis sur un ton de reproche.
Les deux hommes éclatèrent de rire.
- Je n'ai jamais pu m'opposer longtemps à toi, Louis.
- Voilà pourquoi tu étais mon ami. Crois bien que j'avais besoin d'un benêt pour prendre les punitions à ma place.
- Moi, un benêt ? Tu m'insultes Louis !
- Et que vas-tu me faire ? N'oublie pas que je suis Louis, le grand roi de France ! se vanta-t-il en bombant le torse.
- Roi des vantards, oui.
- Vantard, moi ? Non ! Ecoute-moi bien, Gabriel. Je deviendrai le plus grand roi français que le peuple ait connu !
- Et comment ?
- Je ne sais point encore. Mais j'y réfléchis.
Louis s'approcha de l'immense fenêtre et regarda le ciel gris. Sa silhouette se découpait parfaite. Même de dos, on ressentait son assurance. La fierté qu'il avait de sa personne. Louis était plein d'aisance. Il avait cette prestance royale que ses prédécesseurs auraient désiré posséder et une allure qui prouvait qu'il ne passait pas son temps à l'oisiveté.
- Vois-tu ce ciel ? demanda Louis. Le peuple de France est ainsi.
- Quel est le lien entre le peuple français et le ciel ?
Louis ne répondit pas. Il songeait encore. Cela ne changeait pas.
Il avait gardé ces yeux rêveurs. Il pouvait paraître froid, peu parleur, pouvant donner l'impression qu'il ne se laisserait jamais apprivoiser. En fait, dans ses silences se reflétait son besoin de réfléchir et de penser aux moindres cheminements qui le mèneraient vers un jugement qu'il voulait parfait.
Perfectionniste, Louis contrastait totalement avec Henri IV, son grand-père, dont la vivacité le poussait à agir plus vite. Ce manque de rapidité, Louis l'avait toujours considéré comme un réel handicap dans sa future fonction de roi. Mais Gabriel se doutait que Louis en ferait très vite un atout en grandissant.
Les mains derrière son dos, Louis se retourna.
- Le ciel ne montre sa splendeur qu'en présence du soleil. Le peuple français a besoin d'un astre semblable à ses côtés Un astre qui puisse lui donner l'éclat nécessaire à son épanouissement.
- Et tu comptes devenir le soleil ?
- Un jour, oui... Un jour, je deviendrai le soleil... Le roi soleil.
- J'ai hâte de voir cela.
- Tu le verras mais encore faut-il que je demeure en vie.
Les traits de Gabriel se crispèrent.
- Encore des complots contre toi ? Dis-moi la vérité.
- C'est ma mère Je ne survivrai pas longtemps... Gabriel ! Il faut que je te raconte ! Je n'ai pu me confier à quiconque... Je ne le ferai jamais. Je hais les nobles de la Cour ! Ce sont tous des fourbes que je verrais bien pendre !
- Louis !
- Ils sont responsables de notre fuite il y a neuf ans ! Ils ont osé nous réduire à de vulgaires fuyards ! Cela, je ne leur pardonnerai jamais ! Mais je n'agirai point comme eux. Je sais comment leur clouer le bec ! Je les aurai tous dans ma main et ils viendront s'y nourrir tels des gueux !
Gabriel ne put rétorquer face à la colère légitime du roi. Il ressentait également une haine féroce contre les nobles mais lui, il ne possédait pas les armes suffisantes pour se venger. Louis détenait le pouvoir. Et Gabriel frissonnait déjà à l'idée de ce que le jeune roi prévoyait pour ses courtisans. Néanmoins, il ne s'était jamais douté que cet épisode de leur passé avait à ce point traumatisé Louis.
Lui, il se souvenait encore de cette nuit de janvier 1949 où la famille royale, avec certains de ses proches comme les de Rohan, avait dû quitter Paris pour Saint-germain en Laye dans le but de fuir la Fronde dirigée par les parlementaires.
Paris en émeute, Paris en colère, Paris érigeant des barricades au palais Royal.
De cette nuit où son destin avait basculé, de cette nuit où il avait été séparé de son ami qui aujourd'hui était devenu sans doute un étranger par la faute du temps, de cette nuit où sa famille avait dû se résoudre à quitter Paris puis un ans plus tard à quitter la France pour ne pas voir son nom éclabousser par les manoeuvres de son oncle Turenne qui s'était lié aux princes Frondeurs pour les beaux yeux de la belle dame Longueville... de tout cela, il était en était ressorti amer et peu conciliant envers les traîtres.
Malgré leur départ pour l'Espagne, la reine Anne avait tenu à garder des liens avec sa dame de compagnie devenue plus qu'une confidente, une amie. Des échanges discrets et secrets entre les deux femmes. Car il ne fallait pas oublier le fait que la France demeurait en guerre contre l'Espagne à cette époque et jusqu'à aujourd'hui, même si la récente victoire française sur les espagnols laissait sérieusement à penser qu'un traité ne tarderait pas venir clore cette guerre.
- Par leur faute, j'ai été éloigné d'un ami... et aujourd'hui, je n'ai personne vers qui me tourner... Un roi n'a point à flancher. Un roi ne doit point baisser les bras... Gabriel, j'ai besoin que l'on m'écoute et non que l'on me conseille ou me gouverne. Je sais ce que je vaux, je sais ce que je veux pour mon royaume...
- Dis-moi ce qui te rendait heureux avant que tu ne me parles de ces nobles.
- Ah, oui ! Comment ai-je pu m'écarter d'une telle chose ? Non, ce n'est point une chose... C'est un ange !
- Un ange ? Tu as donc trouvé le paradis avant les autres et cela sans avoir suivi la Mort. Tu es vraiment un roi divin.
- Le paradis est partout lorsque mon ange s'avance à moi.
- Comment se nomme-t-elle ?
- Une minute : Je te préviens fais-moi le moindre discours sur elle et tu ne passeras pas l'hiver en liberté, crois-moi.
- Je vous écoute, Sire.
- Marie Mancini est son nom.
- Bien.
- Ne me diras-tu rien d'autre ?
- Tu viens de me menacer de la prison si j'osais le moindre commentaire sur sa belle personne.
- Très bien ! Je t'ordonne de commenter !
- Ta mère est-elle au courant de cette liaison ?
Louis s'assit à son secrétaire et fit mine d'être agacé par la bêtise de son ami.
- Gabriel, dit-il en prenant la plume qui trempait dan son encrier.
- Oui ?
- Sais-tu qui je suis ? demanda-t-il en signant un parchemin.
- Le roi.
- Sais-tu qui est ma mère ? continua-t-il en cachetant la lettre de son sceau.
- Anne d'Autriche.
- Tu as la réponse à ta question ! s'écria-t-il en se relevant brusquement.
Gabriel éclata de rire devant la mine déconfite de Louis.
- Ma mère sait tout quand il s'agit de moi ! La Cour sait tout quand il s'agit du roi ! Mais le roi est bien plus malin qu'ils ne le pensent, ajouta-t-il en agitant la lettre devant les yeux de Gabriel.
- Et que fais le roi pour préserver ses amourettes ?
- Le roi trompe la vigilance de sa Cour et fuit. Plus sérieusement, ma mère a appris mes liaisons avec certaines de ses filles d'honneur. Le lendemain, la porte sacrée - tel que je la nommais - était murée et mes belles amantes mise loin de ma portée.
- Je vois que tu ne rechignes pas sur la quantité, plaisanta Gabriel.
- Le roi aime donner de sa personne, voyons ! Pourquoi satisfaire une seule demoiselle quand le roi peut en satisfaire une douzaine ?
- Vantard !
- Sans doute. Quoi qu'il en soit, depuis cette mésaventure, ma mère surveille encore plus mes moindres faits et gestes. Et je parierai un Louis d'or qu'elle est au courant de ma nouvelle liaison.
- Ne la désapprouve-t-elle pas ? Marie Mancini est tout de même...
- La nièce de Mazarin, continua Louis en soupirant. Je le sais ! Ma conscience me l'a déjà dit.
- Ta conscience t'a-t-elle dit également que tu risquais de déplaire à ta royale mère en comptant fleurette à Marie ?
- Oui, mais ma royale conscience est depuis quelques temps absente. Je crois que mon comportement envers Marie l'a plus que choquée.
- Comment as-tu rencontré ta Marie ?
- Dans un rêve !
- Sois sérieux, Louis !
- Je le suis ! J'étais souffrant à Calais. Durant ma maladie, une jeune fille pleurait sur mon lit de mort. J'ai entendu ses sanglots et ce sont eux qui m'ont réveillé. Lorsque je suis revenu à moi, j'ai appris qu'une demoiselle avait passé ses jours à pleurer pour moi dans la suite de ma mère. C'était Marie. Quand j'ai su à quel point elle m'aimait, je suis tombé sur son charme.
- Si je ne te connaissais pas aussi bien, je dirais que ce coup de foudre était en réalité dû à ta maladie. Que trouves-tu à cette fille ?
- Oui, j'admets que son physique ne ressemble en rien à celui de mes anciennes maîtresses, mais... Marie est unique ! Avec elle, je vis plus qu'une relation. C'est un véritable échange entre deux personnes désireuses de se connaître de s'apprendre. Elle est cultivé, a de la personnalité...
- Si tu désirais un peu de culture, j'aurais pu te conseiller quelques ouvrages romanesques. Que dirais-tu de la Jérusalem Délivrée ?
- Déjà lu ! Gabriel tu dois savoir que mon cœur n'aimera plus après Marie. Je la veux aujourd'hui, je la voudrai demain et je la voudrai au delà de la mort !
- Quelle déclaration passionnée. Dommage que Marie soit absente. Je ne pense guère être en mesure de répondre à sa place.
- Tu es un coeur de glace.
- Et toi un coeur inflammable.
- Es-tu marié ?
- Point encore. Courir les champs de guerre ne me laisse guère le temps de trouver une épouse, même si je devine que mon père ne va pas tarder à m'y pousser.
- Je te déconseillerai d'en choisir une ici. Par contre, n'hésite pas à t'entourer de maîtresses.
- Ta mère serait capable de t'envoyer six pieds sous terre pour te punir de tes aventures clandestines. Mais imagine un peu ce qu'elle me ferait si elle apprenait que le plus sérieux des deux se mettait à trousser toutes les dames de la Cour.
- Nous n'aurions qu'à demander l'asile politique à l'Angleterre. Les anglaises sont toutes aussi voluptueuses que les françaises.
- Louis.
- Bien que je sois un roi divin, le futur soleil de ce pays, je ne suis point un saint. Resteras-tu ?
- Pour le moment... sauf si le fait que...
- Je suis le roi. Si je pardonne, la Cour le fera.
- Merci, Louis.
- Je vais demander à ce qu'on te prépare tes nouveaux appartements.
- Non, je comptais me rendre dans une auberge.
- Oserais-tu m'insultez en refusant mon gîte ? Suis-je mauvais hôte ? Je ne le savais point. A moins que les fastes de la Cour ne soient pas comparables à ceux des champs de batailles ou à la Cour espagnole.
- Entendu. Mais à mon retour. Je dois rendre visite à mon père. Je ne l'ai pas revu depuis son retour dans le pays, il y a deux ans.
- Arme-toi de patience.
- Pourquoi donc ?
- J'ai entendu dire que sa nouvelle épouse était acariâtre.
- Oh, je le sais. Pourquoi crois-tu que je ne sois point revenue plus tôt au pays ? Je serai de retour demain après-midi.
- Nous nous revoyons donc demain matin, corrigea Louis ce qui fit rire Gabriel. Que dirais-tu d'une chasse pour nos retrouvailles ?
- Nous en reparlerons lorsque le roi aura appris à chasser, se moqua Gabriel.
- Tu crois toujours être le meilleur dans ce domaine ?
- Nous verrons bien.
Et sur ce, Gabriel fit la révérence et quitta les appartements de Louis dont la joie avait redoublée depuis le retour de son vieil et seul ami.
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- Espèce de vielle pie ! s'écria-t-elle puis en tirant la langue.
Sa maîtresse s'étant éloignée depuis un bon moment, elle laissait enfin sa colère contre cette grosse dame acariâtre éclater. Mais alors qu'elle prononçait encore d'autre mots qu'une demoiselle de bonne famille n'aurait jamais osé prononcer, elle reçut une violente tape sur le derrière de la tête.
- AIE ! cria-t-elle en se retournant brusquement. Mais tu n'es pas bien !
- Tu n'es qu'une petite idiote ! cria la femme légèrement enrobée, dans son tablier blanc et sa robe de coton.
- Mais qu'est-ce que j'ai fais encore ?!
- Et tu me oses me demander ? T'es bien culottée ma p'tite ! Tu sais que tu risques de perdre ta place ici avec ta mauvaise humeur ?! Tu sais où finissent les orphelines qu'on vire ? Dans la rue ! L'hiver arrive à grand pas et toi au lieu de baisser la tête pour garder ta nourriture et ton gîte, tu joues les fortes têtes ! C'est à la rue et fille de joie que tu vas terminer, moi je te dis !
- J'avais rien à me reprocher !
- Je le sais. Mais madame aime gronder ses servantes. Tu sais bien qu'elle veut point que son époux pose les yeux sur les petites de ton genre. T'es un danger pour elle.
- Je méritais pas ça, dit-elle en touchant sa joue devenue rouge après avoir reçu la gifle de la maîtresse de maison.
- Manon, tu es là depuis un mois et c'est pour ça que t'es point au courant mais madame n'a jamais accepté qu'on la regarde dans les yeux. Et toi, tu as osé la fixer comme si t'étais de son rang. Rien que pour ça tu mériterais le renvoi... mais je sais point pourquoi, elle ta donné seulement une claque. A ta place, je me ferai oublié le temps qu'elle se calme.
- Mais Henriette !
- Crois-moi c'est la seule solution si tu veux pas finir comme je te l'ai dit. Allez, va me chercher un peu d'eau à la rivière.
De mauvaise grâce, Manon arracha le seau que lui tendait Henriette puis, en marmonnant dans sa barbe, elle sortit des cuisines. Manque de chance, il pleuvait encore. Elle prit le manteau qui ne la protégerait sans doute pas avec ses trous mais c'était tout ce qu'elle possédait pour le moment.
Orpheline... Pas vraiment mais personne n'avait besoin de savoir ce qui était advenu de ses parents. Elle était tombée dans cette maison par la force du destin. Mais désormais elle regrettait d'avoir accepté cette place de servante chez les de Rohan.
Madame la comtesse, cette truie qui aurait eu besoin de plus de dix chevaux à son carrosse pour le pousser, était une femme insupportable. Le mot était même trop faible pour qualifier cette mégère poudrée et perdues dans ses tonnes de jupes si ce n'était sous sa tonne de graisse.
Chaque jour elle avait droit à des ordres les plus fous les uns que les autres. Madame aimait s'amuser avec ses nerfs. Henriette avait raison. Madame désirait la faire renvoyer mais son motif valable, son mari s'y opposerait même si cela devait déplaire à son épouse.
Elle pourrait toujours quitter cette maison de son plein gré. Après tout, elle en avait bien l'habitude. Il lui suffirait de dérober quelques bijoux puis de quitter la ville. Et elle démarrerait une nouvelle vie sous un autre nom. Elle était tout de même à sa cinquième tentative en deux ans Elle commençait à maîtriser cet art.
Elle hâta ses pas vers la rivière. Le vent soufflait bien trop fort à son goût. Les éclairs et la tempête n'allaient pas tarder à s'abattre au-dessus de sa tête. Et à son retour dans le château, madame en profiterait pour refuser qu'elle boive une soupe et l'enverrait dormir dans les écuries pour qu'elle attrape une de ces fièvres qui vous emportaient en une seule nuit.
- Vieille grincheuse, va ! pesta Manon.
Elle s'agenouilla et plongea son seau dans l'eau. Le tonnerre gronda subitement. Elle sursauta et lâcha son seau.
Elle n'aimait vraiment pas les orages.
Lentement, elle rouvrit les yeux et écarta ses mains de ses oreilles. Horrifiée, elle aperçut son seau voguer loin d'elle sur le cours de l'eau. Elle pesta de nouveau et courut après son seau perdu. Elle réussit à le saisir difficilement puis alla se réfugier sous un arbre. Il valait mieux attendre la fin de cet orage. Elle posa son seau et plaqua ses mains sur ses oreilles pour ne plus entendre le tonnerre.
N'y pense plus, songea-t-elle. Ca va passer. Ça passe toujours.
- Que faites-vous sous cet arbre ?
Elle ouvrit les yeux et il lui sembla voir la Mort en personne en face d'elle.
Juché sur un destrier noir, le cavalier, vêtu d'une cape sombre dont le capuchon recouvrait la tête, l'observait furieusement.
- Dois-je vous répéter ma question ? gronda-t-il à nouveau.
- Qu'est-ce que je fais sous cet arbre ? En tout cas, je ne vous attendais point, alors passez votre chemin. Je suis une bonne chrétienne et j'ai toujours confessé mes péchés, dit-elle en croisant les doigts derrière le dos comme une enfant.
Le cavalier s'approcha d'elle et avant qu'elle n'ait eu le temps de s'opposer, il la souleva comme s'il s'agissait d'un fétu de paille. Il faut dire qu'elle n'avait pas grand-chose sur la peau vu le régime que madame lui faisait suivre.
Il la plaça devant lui.
- Qu'est-ce que vous faites, bon sang de bonsoir ! J'étais bien sous mon arbre et... !
- Vous n'êtes qu'une petite idiote !
Cette phrase Henriette le lui avait déjà dit. L'entendre de la bouche d'un inconnu la vexa davantage.
- Je vous permets pas de m'insulter ! s'écria-t-elle en s'agitant entre les bras du cavalier. Et vous êtes qui d'abord pour enlever les douces et gentilles demoiselles ?
- Douces et gentilles ne vous convient point ! Mais calmez-vous bon sang ! Et encore moins le terme de demoiselle vu la manière dont vous jurez.
- Déposez-moi où je me ferai un plaisir d'en avertir le roi.
- Tiens mais serait-il possible que vous soyez réellement une demoiselle ?
- Je vous le disais. J'ai été mandé par le roi et il se trouve que j'ai été....
Elle sembla réfléchir.
- Victime des bandits de grand chemin ?
- C'est exactement cela ! acquiesça-t-elle tout sourire.
Comme il ne disait rien, elle continua sur sa lancée.
- Mon carrosse, mes chevaux, mes malles, mes bijoux ont été dérobés.
- Et ils vous ont également dérobé les vêtements que vous portiez ?
- Oui, dit-elle en feignant de sangloter. Ces vauriens m'ont obligé à me dévêtir pour porter ces frusques.
- Vous dites que le roi vous a mandé ?
- Oui, je suis très proche du roi. J'ai vécu mon enfance avec lui.
- Vous m'en voyiez étonné. Je pensais que le roi n'avait point d'ami.
- Le roi aime à préserver ses secrets.
- Cessez vos mensonges et dites-moi ce que vous faisiez sous cet arbre ? Ne savez-vous donc point qu'il est dangereux de s'y tenir lors d'un orage ?
- Et alors ? Qui vous dit que mon désir n'était point de mourir ? dit-elle en croisant les bras sur sa poitrine et en prenant un air boudeur. Savez-vous dans quel pétrin vous m'avez mise ?
- Qui êtes-vous ? Vous ne semblez pas de haute naissance pourtant vous savez vous exprimer comme une noble... Mais vous avez également le ton d'une servante. Qui êtes-vous ?
- Ma royal personne vous intéresserait-elle ?
Il éclata de rire.
- Est-ce moi qui vous fais rire, monsieur ? demanda-t-elle en levant les yeux vers le cavalier.
- Vous vous exprimez comme une personne de ma connaissance.
- Votre connaissance se prendrait-elle pour un monarque ?
- Et vous ?
- Oh, je le serai un jour, assura Manon.
Nouveau rire franc.
- Où habitez-vous ?
- Parbleu, j'oubliais !! Laissez-moi retourner à la rivière ! Si je ne ramène pas ce seau d'eau Madame me fera fouetter avant de me renvoyer cette fois ! Laissez-moi monsieur ! Je vous implore !!!
- Calmez-vous. Dites-moi qui est votre maîtresse et j'irai lui expliquer.
- Oh, ne croyez pas que votre allure de démon fera rougir Madame. Oh, non. Elle se fera un plaisir de vous roser le derrière avant de lancer ses chiens à vos trousses pour qu'ils puissent se repaître de votre chair.
- Dites-moi qui elle est.