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Histoire d'amour impossible (mais qui se termine bien)



L'amour se moque des convenances   Auteur: feylie Vue: 918
[Publiée le: 2005-07-11]    [Mise à Jour: 2006-01-07]
13+ Général/RomanceCommentaires: 11
Description:
Réponse claire et nette au défi de Calipso !!!
Et c'est mon premier défi que je relève dans la "catégorie défi". Quel moment d'émotion, lol. Allez je vais vous dire de quoi parle ma fic :

L'histoire de déroule au début du règle de Louis XIV. Nous sommes en 1658. Contexte politique : guerre avec l'Espagne, après des années de Fronde qui ont bousculé la royauté française.

Gabriel de Rohan revient en France après des années d'exil à la suite d'un appel de la reine mère, Anne d'Autriche. Le passé est encore vivace pour tous. Les amertumes, les ambitions, les sentiments se bousculent à la Cour du jeune roi. Mais tandis que les courtisans complotent, Cupidon joue les trublions.

L'amour se moquerait-il des convenances ? Il se pourrait bien que oui. Car pour Louis XIV comme pour Gabriel, leurs idylles respectives semblent impossible....

Le jeune roi s'amourache d'une Mazarine pendant que Gabriel va s'épandre d'une étrange gamine dont le statut est inférieur au sien.

Entre les intrigues politico-familiales et celles de Cupidon, qui parviendra à tirer son épingle du jeu ? Seule l'avenir nous le dira...
Crédits:
Tout est à moi et rien qu'à moi !!! Yes !!!! Mais par contre Louis XIV et sa Cour... ben ils font un peu parti de l'Histoire

<< ( Préc )

Commenter: Entre un démon et une sorcière

Entre un démon et une sorcière

[4680 mots]
Publié le: 2006-01-07Format imprimable  
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Coucou !!!

Et oui, je n'ai pas abandonné cette fic même si je le pensais, lol. Merci à toi, ma chère Saeko, pour m'avoir remise sur les rails de cette fic. Donc, pour le coup je te dédicace ce chapitre même si ce n'est pas beaucoup.

N°1 fan : Je suis contente de pouvoir te dévoiler la suite, ma chère Saeko, folle de première, lol. Bon, je vais te répondre : Est-ce ça va marcher entre Louis et Marie ? La réponse est écrite dans l'Histoire ^^. Manon est-elle de sang royal ? Pour le moment, je sais pas on verra. Là tu vas pouvoir passer tes nerfs sur la belle-mère, je te la garantie, lol. Bisous !!

 

Daidi : Merci pour tout !!! J'ai fais une suite et j'espère qu'elle te plaira autant que ton comm m'a plu. Biss

 

Zouzou : lol, toujours aussi menaçant la Zouzou.

 

Calipso : merci encore pour m'avoir donné l'idée de cette fic ^^

Bonne lecture à tous !!!

OoO

Chapitre 2 : Entre un démon et une sorcière

Durant tout le trajet qui les mena vers la demeure des de Rohan, Gabriel ne cessa de s'interroger sur l'identité de cette mystérieuse jeune fille qu'il tenait contre lui, endormie. Il se demandait comment son père - d'habitude si à cheval sur l'éducation de ses serviteurs - avait pu accepter cette effrontée au sein de ses gens. Si la demoiselle s'adressait également avec insolence à sa maîtresse, il était fort à parier que les journées dans le château ne devaient pas être de tout repos pour l'ensemble de la maisonnée.

Lorsque son cheval passa enfin les grilles du domaine, la pluie n'était déjà plus qu'un souvenir dans les esprits. Gabriel tira sur les rennes, stoppant ainsi l'allure de l'animal. Deux hommes s'approchèrent de lui, l'un d'eux bien plus âgé tenait une lanterne. Gabriel ôta son capuchon. La lumière l'éclaira. A cet instant, le visage du vieil homme rayonna en découvrant l'identité du visiteur.

- Monsieur Gabriel ! Que faites-vous ici ? Je veux dire, pourquoi n'avez-vous pas averti votre père de votre retour ?

- Je ne pensais pas avoir le courage de revenir ici. Tenez-moi cela.

Le vieil homme fit signe au plus jeune d'avancer. Ce dernier reçut le fardeau que Gabriel déposa entre ses mains. Le vieil homme éclaira la jeune personne et, en apercevant la touffe de cheveux roux cuivrés, il soupira.

- Manon… Madame va la rosser avant le renvoyer définitivement, cette fois-ci, conclut fatalement le vieil homme.

- Nul ne sera renvoyé, décréta Gabriel en posant les pieds sur le sol.

- Monsieur ignore à quel point Manon et Madame ne se supportent pas. Madame reproche à Manon son insolence et son manque de travail.

Pendant que le vieil homme exposait de manière claire et précise le différend entre les deux femmes, Gabriel reprit Manon des bras du jeune palefrenier, qui se chargea du cheval, tandis que Gabriel marchait à grand pas vers le château.

- Caspart ! s'écria Gabriel en se retournant pour voir le vieil homme parler comme s'il avait encore un interlocuteur en face de lui.

- Oui, Monsieur !

Gabriel sourit et attendit que le vieil homme le rejoigne avant de continuer sa marche. Caspart frappa à la porte et celle-ci s'ouvrit sur une jeune servante.

- Gabriel le fils du comte est revenu ! lui apprit Caspart visiblement très heureux.

Gabriel entra dans le vestibule et, avant même qu'il n'ait eu le temps de s'arrêter sur les changements de décor, une furie s'arrêta devant lui. Des yeux ambrés le considérèrent avec intensité.

- C'est bien vous !

- Oui, c'est moi ma chère Henriette.

- Oh ! Que Dieu soit loué pour vous avoir ramené à la maison, Monsieur. Vous pouvez pas savoir tous ces jours où j'ai prié pour vous.

- Je le devine assez.

La phrase fut à peine terminée qu'Henriette ordonna à la servante - elle se tenait timidement à ses côtés en tordant une mèche blonde dépassant de sa coiffe -, d'aller préparer la chambre de leur maître. Elle s'exécuta aussitôt après avoir donné un dernier coup d'œil à Gabriel.

- Mais qu'est-ce que vous nous ramenez encore ? A votre âge, vous n'avez pas fini de nous rapporter tous les animaux blessés que vous croisez sur votre route ? lui reprocha-t-elle en posant ses mains sur ses hanches et en feignant d'être furieuse.

- C'est une de nos servantes, Manon à ce que j'ai pu comprendre.

- Manon !

Henriette écarta les mèches de son visage puis soupira. Elle s'apprêtait à la réveiller lorsque Gabriel s'y opposa.

- Laissez-là dormir. Elle semble épuisée.

- Manon, épuisée ? s'étonna Henriette. La seule chose qui épuise cette p'tite effrontée c'est ses disputes avec Madame ! Elle n'écoute personne, la Manon.

- Henriette.

- Oui, Monsieur Gabriel ? se radoucit-elle.

- Ordonnez à ce qu'on prépare un bain et des draps chauds pour Manon.

- Monsieur ! Vous pensez pas ce que vous dites ?

- Ai-je besoin de vous répondre ? rétorqua-t-il amusé.

Henriette plongea son visage dans ses mains. Elle détestait voir ce sourire malicieux sur les lèvres de Gabriel. Il ne présageait jamais rien de bon. Elle n'avait surtout jamais pu s'opposer à ce garnement lorsqu'il arborait une telle expression.

- Vous allez tuer la pauvre femme que je suis, assura-t-elle.

- Et vous allez surtout détruire la réputation des de Rohan ! gronda une voix.

L'attention de tous se riva vers le haut des escaliers, là où se tenait, pour leur plus grand malheur, Madame la comtesse. Elle dévala les escaliers d'un pas furieux, bouscula Henriette sur le passage et se posta devant Gabriel, les narines fulminantes tel un taureau.

- Relâchez cette impertinente ! Comment pouvez-vous vous donner ainsi en spectacle avec une telle gueuse dans les bras ?

Gabriel devina sans mal à qui il avait à faire en découvrant les traits de cette femme. Le portrait qu'il avait reçu quelque mois auparavant, de son père, flattait bien trop sa nouvelle belle-mère.

- Faites ce que je vous ai ordonné, Henriette, insista Gabriel, ignorant la présence ainsi que l'esclandre de sa belle-mère.

- Bien, Monsieur.

Gabriel passa devant la grosse marâtre en direction des escaliers.

- Vous osez m'ignorer de la sorte devant nos valets !

- Où est mon père ? demanda-t-il sans se retourner.

- Il s'est absenté pour quelques jours. Mais soyez certain qu'à son retour, je lui apprendrai de quelle manière vous m'avez insultée devant nos gens ! Il le saura et…

- Taisez-vous ! l'interrompit-il en se retournant brusquement. Tant que mon père est absent, je suis le maître dans cette maison. Vous allez devoir vous plier à mes ordres, madame, que cela vous plaise ou non.

- Croyez-vous être à l'armée ? Nous sommes dans un château et qui plus est…

- Cessez vos piaillements, madame, coupa-t-il autoritaire, ou je sévirai comme un lieutenant le ferait avec son soldat. Est-ce clair ?

- Vous aurez à répondre de votre comportement outrancier envers moi, et cela devant votre père !

Et sur cette menace, elle passa près de lui et monta les escaliers en bougonnant.

- Vous venez de vous faire un ennemi mortel, Monsieur, nota Caspart.

- Et tout ça à cause de Manon… toujours elle, soupira Henriette.

Trois paires de yeux se posèrent sur la jeune fille que portait Gabriel.

- Ce qui est remarquable, c'est que cette demoiselle ne semble pas se soucier de ce qui se passe autour d'elle, constata Gabriel.

- Elle est tellement habituée à entendre Madame crier qu'elle ne doit plus entendre ses hurlements même dans ses rêves.

La remarque du vieux Caspart fit rire les deux autres.

Gabriel considéra les deux personnes qui l'avaient vu grandir puis qu'il avait dû quitter par obligation. Après avoir déserté les lieux durant des années; à leur contact, les souvenirs du passé remontaient lentement à la surface. Et même si ces souvenirs n'étaient pas tous les bienvenus, il ne regrettait pas d'être revenu chez lui, dans la demeure de ses ancêtres. Et même si sa rencontre avec sa belle-mère n'avait pas été un moment agréable, il n'était pas pressé de quitter les lieux, du moins pour l'instant.

OoO

Lorsque Gabriel passa la porte de la salle à manger, après une rapide toilette, sa belle-mère siégeait déjà à la place d'honneur, celle du maître de maison, celle de son père… peu importe. Malgré son mécontentement de voir cette femme prendre le siège qui lui revenait, Gabriel ne fit aucune allusion à ce propos. Il était soulagé que cette marâtre n'ait pas investi le siège de sa mère en plus d'avoir investi la vie de son père.

Il n'avait pas apprécié les changements apportés par la nouvelle maîtresse de maison. L'argenterie n'était plus à sa place comme certains tableaux de maître qu'affectionnait sa mère. Même la pièce d'hiver avait été redécorée dans un ton vert pâle qui n'allait absolument pas avec le mobilier et ses canapés de velours rouges. Cette femme manquait de goût et il s'interrogeait encore sur les raisons qui avaient poussé son père à se remarier, surtout avec cette femme.

S'il s'est remarié c'est uniquement pour pouvoir revenir en France et récupérer ses biens, songea tristement Gabriel. Je ne peux pas lui en vouloir pour cela.

Mais pourtant, Gabriel en voulait à son père. Comment ce dernier avait-il pu contracter un mariage de convenance… un mariage sans amour alors qu'il avait, par le passé, goûté à une union basée sur des sentiments sincères ?

Ainsi en était-il chez les nobles et les bourgeois.

Nombreuses familles liaient leurs enfants pour des questions d'argent ou de politique, et il savait pertinemment que Louis, le monarque des français, y serait un jour assujetti malgré ses espoirs fous de convoler avec l'élue de son cœur. Devrait-il, lui, Gabriel de Rohan, se plier à cette coutume ? Pour le moment, son père ne semblait pas avoir de souci d'argent ni d'intérêt à s'attacher à une famille. Le seul souci de ce vieux père était que son fils puisse lui donner des petits-enfants. Ce qui pour le moment était loin de se concrétiser.

Gabriel balaya promptement ce sujet et alla s'installer à l'autre bout de la table, sans un mot.

- Vous pourriez tout de même me saluer avant de vous attabler, très cher fils.

Gabriel frissonna en entendant le mot « fils Â» sortir de la bouche de sa belle-mère qui l'observait avec des yeux ronds, curieuse de voir sa réaction. Manque de chance, pour elle, Gabriel demeura impassible.

- Mais ce manquement de votre part n'est pas étonnant, continua-t-elle acerbe. Après tout, l'armée n'est point censée donner une éducation à nos enfants.

Elle pouffa, d'un air hautain.

- Votre éducation ne me semble guère plus enviable, Madame, rétorqua-t-il en appuyant sur le dernier mot. Je n'ai guère le souvenir d'une règle qui permette aux épouses de prendre la place du maître en son absence.

- Servez le repas ! ordonna-t-elle au valet posté à sa droite, ignorant ainsi la critique de Gabriel.

Les premiers mets furent présentés aux deux maîtres de maison. Et chacun fut servi, mais Gabriel ne toucha aucun des plats qui lui fut proposés.

Médusé, il dévisageait sa belle-mère avec si peu de discrétion que cela ne passa pas inaperçu aux yeux des valets qui pouffèrent dans leurs barbes lorsque Gabriel releva les yeux de ce spectacle pour les interroger du regard. De toute son existence, Gabriel n'avait jamais vu une femme s'empiffrer autant et avec si peu de grâce. A force de la regarder, il en avait fini par oublier son propre appétit - appétit qu'il avait de toute façon perdu depuis un bon moment.

- Puis-je espérer que vous sévirez contre cette servante ? s'enquit-t-elle après avoir mâché et avalé son dernier morceau de poulet.

- De quoi parlez-vous, Madame ? répliqua-t-il en sortant de sa sordide contemplation.

- Je vous parle de cette moins que rien de Manon, précisa-t-elle en se passant un mouchoir sur ses lèvres graisseuses. Sachez que cette sorcière aux cheveux roux est une véritable plaie au sein de cette maison. Je n'ai cessé de me montrer indulgente à son égard, mais cette ingrate a toujours répondu à ma gentillesse par son mauvais caractère et un comportement indigne d'une servante.

- Je suppose que l'une de vos gentillesses fut de l'envoyer hors de ces murs, sous un ciel orageux, pour quérir un peu d'eau. Vous avez mis sa vie en danger, Madame.

- J'ignorais tout de cette escapade. Il ne me serait point venu à l'esprit de lui ordonner de se rendre sur les berges sous un tel temps. Je ne puis être responsable de l'attitude déraisonnable de cette fille.

- Détrompez-vous, Madame. Vous êtes responsable de nos gens. Oserez-vous prétendre que vous ignorez tous des faits et gestes de ceux qui œuvrent sous votre propre toit ?

- Non, bien sûr que…

- A l'avenir, coupa-t-il incisif, je vous serai gré de surveiller plus attentivement nos domestiques.

Gabriel posa sa fourchette puis quitta la table sans tenir compte des éclairs que lui lançaient sa chère belle-mère, dont le visage marqué par les griffures de la colère la rendaient encore plus hideuse. Gabriel quitta la salle et se dirigea en direction des grandes marches du hall. Il les monta et traversa le couloir, pressé de se reposer dans ses appartements, loin de sa belle-mère et loin de tous ses soucis.

En se remémorant la conversation qu'il avait eue avec Louis, Gabriel ne put s'empêcher de soupirer.

En plus de m'occuper des affaires du roi, vais-je devoir m'occuper des affaire de mon père ? Cela ne va pas être de tout repos.

La promesse qu'il avait faite à la reine-mère serait difficile à tenir. Pour le moment, il ignorait de quelle manière agir. Louis semblait plus qu'amoureux de sa Marie Mancini. Et Dieu seul sait que Louis était un homme obstiné. Si celui-ci désirait effectivement faire de Marie la future reine de France, Gabriel n'imaginait pas pouvoir dissuader son ami d'y renoncer.

A moins de ruser, je ne vois pas d'autre…

Il fut subitement interrompu dans le cours de ses pensées par un cri aigu qui lui déchira les tympans. Il s'arrêta devant la porte d'une des nombreuses chambres que comptait le château. La porte s'ouvrit brusquement et un corps se cogna contre lui.

Gabriel examina alors le paquet qu'il venait de recevoir inopinément. Il s'agissait de Manon, les cheveux dénoués et tombant en cascade le long de son dos, vêtue dans une longue chemise blanche, lacée sur le devant, qui lui faisait autrefois office de chemise de nuit.

- Mais où comptiez-vous aller dans cette tenue ? demanda-t-il étonné.

- Manon ! Reviens ici ! cria une voix dans la chambre.

- Laissez-moi passer, Monsieur, implora-t-elle en se débattant.

- Que se passe-t-il ? l'interrogea-t-il, les sourcils froncés.

Henriette, les mains plaquées contre ses hanches, leur fit face.

- Il se passe, Monsieur, que Manon refuse de prendre son bain !

- Et pourquoi je le devrais ? rétorqua-t-elle. D'habitude, tu te moques de savoir…

- Pour quelles raisons vous refusez-vous ce plaisir ?

Manon leva les yeux vers Gabriel. Cet homme était véritablement une plaie à tant vouloir s'occuper de ce qui ne le regardait pas.

- Les bains rendent malades, expliqua-t-elle finalement, le plus sérieusement du monde.

- Qui vous a dit cela ?

- C'est bien connu ! Même que le roi n'en prend pas.

Gabriel éclata de rire. Face à son hilarité, Manon se vexa. Ce démon était un étranger pour elle, bien qu'il soit son maître, et elle ne supportait pas l'idée d'être l'objet de ses moqueries.

Elle s'écarta de lui, en le fusillant de ses yeux bleus.

- Ne prenez dons pas la mouche. Je vous assure que les bains ne sont pas plus dangereux qu'une baignade dans une rivière. Je vous le dis en connaissance de cause pour avoir observé quelques cours d'Europe.

- Je ne veux point prendre un…

Sans crier garde, Gabriel souleva - une fois n'est pas coutume - Manon et la conduisit près de cette bassine d'eau qu'elle redoutait tant. Avec un sourire aux lèvres, il y plongea la jeune fille qui ne se fit pas prier pour hurler sa désapprobation.

- Vous y êtes enfin dans ce bain. Étes-vous morte ? assurément non. Alors, cessez vos plaintes et profitez de ces quelques instants loin de l'ogresse qui vous sert de maîtresse.

Manon, qui ne comptait pas se faire dicter sa conduite, se releva d'un bond. Mal lui en prit. Sa chemise gorgée d'eau se plaqua contre son corps à peine sorti de l'adolescence, dévoilant du même coup ses formes, qui même si elles ne valaient pas celles d'une femme mure étaient malgré tout celles d'une femme.

- Je vous interdis de…

Manon interrompit sa phrase lorsqu'elle remarqua que Gabriel ne l'écoutait pas. Elle disposait bien de l'attention de son maître mais pas comme elle l'entendait. Elle baissa les yeux vers sa poitrine et, horrifiée parce l'évidence, elle se rassit dans son bain, les bras encerclant ses genoux. Elle leva ensuite la tête et aperçut une étrange lueur illuminer les prunelles vertes du démon. Elle détourna vivement les yeux et les fixa sur le bord de la bassine en priant que ce silence, installé depuis peu, prenne fin.

- Je suis ravi de constater que vous avez fini par suivre mon conseil, conclut finalement Gabriel après s'être raclé la gorge.

Il tourna les talons et s'enfuit à grandes enjambées. Du moins, c'est ainsi que Manon interpréta le départ précipité de Gabriel.

- Manon, soupira Henriette qui avait suivi toute la scène depuis un coin de la pièce.

- J'ai rien fait !

Henriette s'approcha de Manon et s'agenouilla.

- T'es vraiment une p'tite effrontée comme le dit Madame. Tu dois arrêter d'agir comme une enfant que tu n'es point. Monsieur Gabriel vient de faire un long voyage après avoir été dans l'armée, tu crois que son corps ne réclame point une femme pour réchauffer sa couche ?

- Il ne me fera rien, hein, Henriette ? s'enquit-t-elle visiblement très inquiète.

Henriette posa ses mains sur la tête de Manon puis caressa ses cheveux avant de commencer à les natter.

- Monsieur Gabriel, c'est un homme bien, un homme d'honneur, Manon. Beaucoup de monsieurs t'auraient prise là sans te demander ton avis, mais Monsieur Gabriel… lui, il fera jamais ça. Sa maman, elle l'a bien éduqué.

- Peut-être qu'il attend… Mais s'il tente de me toucher, je le…

- Ã?coute, Manon, Monsieur…

- Il pense sûrement que je vais le remercier en l'acceptant dans mon lit, mais il m'aura point comme ça ! coupa-t-elle.

Henriette soupira, dépitée par l'attitude de la jeune fille. Il n'y avait aucun moyen de mettre du plomb dans la cervelle de cette petite. Se faisant une raison, Henriette ramena la natte au sommet de la tête de Manon avec quelques épingles, l'aida à ôter la chemise trempée et commença à lui frotter le dos avec frénésie.

- Tu connais le maître depuis longtemps ?

- Depuis son enfance. Je suis entrée au service des de Rohan quand Monsieur Gabriel avait deux ans. Oh, ça me rajeunie point. Sa maman à Monsieur Gabriel, c'était une vraie dame. C'est pas pour rien qu'elle faisait partie des dames de compagnie de la reine Anne. Et c'est la reine qui l'a présentée au père de Monsieur Gabriel.

- Et il a toujours eu cet air de démon ?

- Manon ! s'offusqua-t-elle. Si Monsieur Gabriel t'entendait le comparer à un démon…

- J'ai jamais vu des cheveux aussi noirs que ceux du maître. Et puis, il a la beauté du diable, ce Gabriel.

- Manon !

- Bah, quoi ? S'il m'a regardée presque nue, je peux bien l'appeler par son prénom. C'est que justice.

Henriette pria intérieurement pour que Manon puisse tenir sa langue. Car si le comte revenait et qu'elle s'adressait aussi incorrectement envers Madame et Gabriel, Manon finirait sans aucun doute à la rue, cet hiver.

OoO

Ses paupières s'ouvrirent lentement puis ses yeux découvrirent les premiers rayons de lumière qui traversaient les fenêtres.

Affolé, Gabriel se redressa aussitôt.

Il examina la pièce et découvrit qu'il était chez lui, dans sa chambre et dans son lit.

Perdre les habitudes de l'armée n'étaient pas aussi facile qu'il le pensait au départ. A chaque fois qu'il s'éveillait, il ne pouvait s'empêcher de croire qu'il se trouvait encore sur les champs de batailles au milieu des coups de canons et des râles que poussaient les soldats, agonisant aux portes de la mort.

Il passa ses mains dans ses cheveux bruns et demeura ainsi durant quelques minutes à tenter de faire le vide en lui. Comment pourrait-il vivre normalement lorsqu'il avait vu tant de morts ?

Il n'était pas fait pour la vie de noble. Il n'était pas fait pour se réveiller chaque matin entre des draps de soie aux côtés d'une femme, sa femme, et de ses enfants. Il était un homme d'action, un homme gagné par l'amertume et depuis trop longtemps ensorcelé par les chants de guerre.

Pour quelle raison en suis-je venu à penser à cela ? se demanda-t-il.

Sans doute après avoir contemplé l'un des portraits de sa mère posant près de lui, enfant, accroché au dessus de la cheminée du petit salon. Sa mère… Elisabeth, autrichienne de naissance, et femme de cœur. Il aurait tant souhaité recevoir de ses conseils. Des conseils toujours sages même si par le passé il en avait ignoré des centaines.

Je n'ai pas le temps de m'attarder si je souhaite rejoindre Louis pour sa chasse, songea-t-il en écartant les draps.

Il se releva puis passa dans la pièce consacrée à la toilette. Le baquet d'eau l'attendait et il n'en fut pas surpris. Henriette veillait à son confort.

Une servante entra alors avec un seau à moitié plein. La tête baissée, ses cheveux étaient soigneusement dissimulés dans un bonnet blanc. Gabriel ne lui prêta pas attention et entra dans la bassine déjà pleine, sans remarquer que la jeune servante s'était empressée de détourner la tête lorsqu'il s'était dévêtu.

- Posez donc votre seau et dite à Henriette que je ne désire aucun valet pour m'assister dans mes tâches.

Gabriel pensait choquer la jeune servante en refusant toute assistance, mais il n'en fut rien. Satisfait, il ferma les yeux. Il profitait de cet agréable moment de sérénité quand, soudain, il écarquilla les yeux. Un cri, qu'il n'imaginait pas pouvoir pousser un jour, s'échappa de sa gorge alors qu'il se remettait debout.

Un rire franc envahit la pièce et Gabriel tourna la tête vers la jeune servante. A ses pieds, trônait le seau désormais vide. En distinguant les traits de la demoiselle, Gabriel serra les dents. Il enjamba la bassine. Aussitôt, la servante prit ses jambes à son cou et fuit aussi loin qu'elle le pouvait alors que derrière elle le démon exultait de rage.

Gabriel saisit le premier linge qu'il put trouva le noua autour de sa taille avant de quitter ses appartements. Il traversa le couloir à grands pas en criant furieusement des « sortez de votre cachette Â» qui firent attrouper la maisonnée au bas des escaliers.

- Que se passe-t-il, Mon… ?

Henriette poussa un cri épouvanté tandis qu'autour d'elle, les quelques servants présentes gloussaient à la vue de leur maître torse nu et paré uniquement d'un linge qui lui entourait les hanches, mais dévoilait ses jambes musclées. Henriette les apostropha puis monta les escaliers vers Gabriel.

- Retournez dans votre chambre ! s'écria-t-elle en s'essuyant ses mains sur son tablier. Si Madame vous voyait…

- Où est Manon ? cria-t-il.

- Manon ?

- Oui, Manon ! Où est-elle ?

Henriette tentait de comprendre quel rapport il pouvait y avoir entre l'allure inconvenante de son maître et Manon. La vérité est qu'elle n'osait pas faire de conclusions hâtives sur les deux jeunes gens.

- Parbleu ! (Henriette, pourtant habituée aux cris, sursauta.) Que faites-vous au milieu de ces escaliers dans un pareil accoutrement ?

Gabriel soupira en devinant à qui appartenait cette voix puissante mais criarde. En haut des marches, Madame sa belle-mère le regardait, horrifiée.

- Retrouvez-moi Manon et faites-là monter dans mes appartements, ordonna-t-il à Henriette avant de remonter les marches et de passer - tout en la snobant - devant la grosse marâtre qui manqua s'évanouir devant tant d'indécence et d'insolence de la part de son beau-fils.

Gabriel claqua la porte de ses appartements, en maugréant contre sa belle-mère et surtout contre Manon. Elle avait osé l'ébouillanter. Cette fille en plus d'être effrontément insolente était également une harpie dangereuse.

Il passa quelques minutes à faire les cents pas à travers sa chambre, attendant impatiemment de pouvoir tordre le cou à cette rousse flamboyante venue des enfers pour le tourmenter. Oui, le tourmenter !

Il avait passé la nuit à rêver d'un corps nu aperçu brièvement à travers un vêtement blanc mouillé. Il y avait dans cette image un parfum d'interdit qui l'avait enivré jusqu'au petit matin. Bien qu'il n'ait pas aperçu nettement le visage de cette femme qui avait hanté ses rêves, il savait pertinemment que la responsable n'était autre que Manon. La même qui, en cette matinée, n'avait rien trouvé de mieux que de lui déverser un seau d'eau bouillante sur le corps. Il ignorait encore quelle punition il infligerait à Manon mais il la lui infligerait avec le même plaisir qu'elle avait eu à le voir hurler de douleur.

Mais à force d'attendre en vain la demoiselle, Gabriel se décida enfin à s'habiller. Il ne fallait pas oublier sa partie de chasse avec Louis. Lorsqu'il fut chaussé, il quitta sa chambre et dévala les escaliers. Il passa dans le hall et tomba sur Caspart qui bavardait avec une servante, Sophie, celle qui lui avait ouvert la porte la veille.

- Caspart !

- Oui, Monsieur, bafouilla le vieil homme en manquant de faire tomber le plateau qu'il tenait dans ses mains.

- Dites à Henriette que pour le bien de tous, je souhaite voir Manon à mon retour, gronda-t-il.

- Bien, Monsieur. Puis-je demander à Monsieur où il se rend ?

- Le roi m'a convié à une de ces parties de chasse.

- Cela va être bénéfique à l'humeur de Monsieur.

- Mon humeur ? s'étonna Gabriel. Quel rapport avec mon humeur ? continua-t-il agacé.

- Aucun Monsieur.

Grommelant, Gabriel passa entre le vieil homme et Sophie, traversa le hall, ouvrit la porte et la claqua derrière lui.

- Qu'est-ce que Manon a encore fait ? s'étonna la jeune femme.

Le vieux Caspart haussa les épaules puis s'éloigna avec son plateau, laissant Sophie, perplexe.

- Ce que je sais, répondit le vieil homme pour lui-même, c'est que je n'ai jamais vu Monsieur Gabriel dans cet état là.

A suivre…

Pour savoir ce que risque notre chère Manon pour avoir été aussi… espiègle envers Gabriel, lol, je vous donne rendez-vous au prochain chapitre.

Bisous.


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