- Et voilà, nous allons entrer dans le fameux donjon de Naheulbeuk ! Fit le Ranger.
- L'odeur heurte mon odorat sensible, se plaignit Ayamé, fronçant le nez d'un air dégoûté.
- Oui, ça shlingue ! Renchérit l'Elfe.
- Ca peut s'expliquer facilement, l'ogre a chié à deux mètres de la porte, grogna le Ranger.
Tandis qu'Ayamé s'éventait furieusement, le reste du groupe s'enquit de l'endroit où ils allaient chercher la statuette. Lorsque la conversation dériva sur les monstres qu'ils allaient rencontrer, Aya crut qu'il allait s'évanouir et Shiguré sentit une sueur froide lui dégouliner dans le dos.
- Y a pas de dragon ? Demanda la magicienne, d'un air déçu qui horrifia l'écrivain.
- Eh non, on a pas le niveau, soupira le Ranger.
- Ne vous inquiétez pas, gente dame, intervint Ayamé tout sourire, mon ami Hatori peut arranger ça...
Hatori l'empêcha d'aller plus loin en l'assommant sous les regards méfiants des autres. Il grimaça un sourire et fut soulagé lorsque le voleur reprit la parole, détournant l'attention.
- Je crois que l'un d'entre nous devrait monter la garde à la sortie du donjon, insinua-t-il.
- Bonne idée ! Je me porte volontaire ! S'écria Shiguré en battant en retraite.
- En voilà un qui ne touchera pas sa part des huit mille pièces d'or, lâcha le Ranger, dédaigneux.
- Huit mille pièces d'or ? Répéta Ayamé, oubliant d'un coup sa crainte. Non non non non, nous restons avec vous, vous n'iriez pas loin sans notre protection voyons !
Il agrippa Shiguré, qui essayait de s'éclipser discrètement, par le kimono et lui chuchota à l'oreille :
- Ne crains rien Shiguré, Hatori sera là pour nous protéger !
Comme Shiguré n'avait pas l'air très convaincu, Ayamé poursuivit, exalté :
- Tu ne voudrais pas me laisser seul avec cette charmante demoiselle, tout de même ? Je risquerais de t'être infidèle !
- Voyons, Ayamé, tu sais que je te suivrai jusqu'au bout du monde, fit Shiguré en lui prenant les mains.
Tous les deux levèrent le pouce pour lancer leur cri habituel :
- Yess !
Comme tout le groupe les fixaient, les yeux ronds, Hatori trouva opportun de détourner leur attention :
- Quelqu'un devrait faire un plan pour noter nos déplacements !
- J'ai pas envie, fit le Ranger.
- J'ai pas envie, fit l'Elfe.
- J'ai pas envie, fit le Voleur.
- Je veux bien m'occuper du plan ! L'habitude de manier le pinceau... Je suis assez habile avec les doigts, proposa Shiguré en lançant un regard très suggestif à l'Elfe.
- En avant ! Fit Ayamé en prenant la tête du groupe avec enthousiasme.
Ils avancèrent (péniblement) jusqu'à une intersection.
- Trois choix s'offrent à nous, résuma le Ranger. Il nous faut décider d'une direction à prendre.
- A droite ! Fit l'Elfe.
- A gauche, fit la Magicienne.
- En arrière, fit le Voleur.
- D'accord, je vais décider tout seul, soupira le Ranger. On va à droite.
- C'est noté ! Fit Shiguré.
- En avant ! S'écria à nouveau Ayamé en s'élançant dans cette direction.
- Pourquoi c'est toujours lui qui prend la tête du groupe ? Grogna le Ranger.
- Je sais pas... Tu l'as invité, toi ? Fit la Magicienne.
- Moi, non ! Et toi ? Fit le Voleur.
- Non, fit le Ranger. Mais alors, qui l'a invité ?
- Je sais pas et je m'en fous. J'irai pas à droite ! C'est la direction de l'Elfe ! Grogna le Nain.
- Nananananèreuh, fit l'Elfe.
- J'irai pas à droite !
Après une beigne du Barbare, le Nain avait changé d'avis.
Ils durent marcher au pas de course pour rattrapper Ayamé. Ils allumèrent les torches grâce au briquet d'Hatori et purent le voir de l'autre côté d'une dalle de pierre à l'aspect plutôt étrange.
- Alors, vous venez ? Les invita-t-il, impatienté.
- Fais gaffe, c'est sans doute un piège, fit le Nain.
- Mais quel naze ce mec ! Ya rien du tout ! Regarde, j'avance et... Aaaaaah ! Fit l'Elfe.
- Tenez bon, oh beauté céleste ! J'arrive ! S'écria Ayamé en plongeant après elle.
Il fallut un long moment avant d'arriver à remonter les deux crétins, d'autant que l'Elfe s'était jetée dans les bras d'Ayamé en l'appelant « mon héros » et dans l'intention manifeste de lui couvrir le visage de baisers, au grand désespoir de Shiguré et à la grande lassitude d'Hatori, provoquant la transormation immédiate du serpent.
- Hiiii un serpent ! Fit l'Elfe hystériquee, se séparant d'un bond d'Ayamé.
Il fallut la remonter la première, sinon elle aurait escaladé les parois du gouffre avec ses ongles. La Magicienne était très impressionnée.
- Si ça se trouve, ses pouvoirs sont plus forts que les miens, dit-elle, prenant Ayamé pour un sorcier.
- Ouais, ça va pas être dur, se moqua le Nain.
- C'est malin !
Enfin on arriva à remonter Ayamé, nu comme un ver (il s'était retransformé entre-temps). Loin de vouloir se rhabiller, il se lança dans une longue explication métaphysique et nébuleuse.
- Il fait si froid dans ce donjon, j'étais transformé lorsque j'ai franchi la dalle. Mon poids était sans doute insuffisant pour déclencher le piège. En vous attendant, une fois de l'autre côté, je me suis retransformé et rhabillé, et voilà, dit-il en substance, avec moultes enjolivures et gesticulations.
L'ogre grogna quelque chose que la magicienne traduisit à Ayamé.
- Il dit que tu lui plais beaucoup, dit-elle amusée.
Ayamé outré se rhabilla aussitôt, à la grande déception de l'ogre et de Shiguré qui n'arrivait pas à contrôler son fou-rire malgré les regards assassins d'Hatori.
- Faudrait qu'on avance un peu, quand même ! S'impatienta la Ranger.
- On s'emmerde, dans cette aventure, grogna le Barbare.
On se remit en route, l'Elfe se tenant à distance respectueuse d'Ayamé. De toutes façons, le serpent était serré de près par Hatori bien décidé à ce que ce genre d'incidents n'arrive plus. Shiguré en profita pour tenter sa chance auprès de la jolie écervelée.
- Vous avez raison, mademoiselle, Ayamé n'est pas quelqu'un pour vous... Restez plutôt avec moi, offrit-il d'un ton onctueux.
- Vous n'êtes pas magicien, vous ? Fit l'Elfe craintive.
- Moi ? Non non, quelle horreur ! Je suis un artiste, moi ! J'écris ! Se vanta Shiguré.
- Aaah l'art ! J'adore l'art ! C'est si... artistique ! Fit l'Elfe enchantée.
Shiguré triomphant se mit à lui faire un grand discours à propos de son oeuvre et de son grand talent, faisant lever les yeux au ciel à Hatori, et il était si emporté par sa verve qu'il ne vit pas la paroi qui se dressait devant eux et s'écrasa dessus.
- C'est un cul-de-sac, fit le Ranger.
- Berci, on da vu, fit Shiguré en se tenant le nez.
- Je savais bien que c'était une décision de con, ricana le Nain, s'attirant un gnon du Barbare.
Il fallait résoudre une énigme pour passer l'obstacle, et ce fut ce dernier qui trouva la solution.
- Ton intelligence n'a d'égale que tes muscles puissants ! S'emporta Ayamé dans une envolée lyrique. Si tu permettais de retoucher ton vêtement, je pourrais mettre en valeur ce corps si bien charpenté...
- Silence ! J'entends comme une mélopée qui monte de cette crypte, leur souffla le Ranger.
- C'est une incantation, les éclaira la Magicienne. Ceci est probablement l'antre du sorcier.
- Baston ! Grogna le Barbare.
- Je vais préparer mes sorts... fit la Magicienne.