Il faisait nuit lorsque Marius poussa pour la seconde fois la porte de Sana. La porte avait été simplement reposée à son emplacement antérieur, dans un équilibre précaire, à défaut d'autres moyens pour la réparer. Dès qu'il entra, Sana se jeta dans ses bras avec une fougue insoupçonnée, et Marcus sourit tendrement en lui caressant les cheveux :
Est-ce possible ? murmura-t-il
Quoi ? répondit Sana, la tête enfouie dans son torse chaud et musclé.
Est-ce que tu crois que c'est possible, que nous nous soyons vraiment réincarnés pour nous retrouver dans cette vie-ci, n'ayant pu nous aimer sous le soleil des pharaons ?
L'amour triomphe de tout, même de la mort, sourit Sana, confiante.
Remarque, ça expliquerait tout : ma fascination pour l'Egypte, mon... attirance envers toi... continua Marcus, sentant son cœur s'emballer.
Attirance qu'il eut tout le loisir de prouver durant la soirée.
L'aube commençait à poindre lorsqu'il rentra chez lui. Après qu'ils aient fait l'amour, Sana avait entrepris de lui apprendre les rudiments de sa religion, et lui avait raconté l'histoire de Jésus-Christ et de ses apôtres. L'histoire en tant que telle ne l'avait pas fort marqué, mais bien la façon dont elle la racontait, avec cette lueur dans ses yeux, cette émotion qui faisait vibrer sa voix, la passion de ses gestes... Marcus ressassait tout cela dans sa mémoire lorsqu'une voix provenant de sa bibliothèque plongée dans les ténèbres le fit tressaillir.
Tu es retourné voir cette fille ?
Fabius ? reconnut-il, mal à l'aise.
Je t'ai attendu toute la nuit, répondit Fabius d'un ton las.
Il avait pris place dans le fauteuil de Marcus, s'était tranquillement installé les coudes sur son bureau et jouait avec un coupe-papier. Voyant que son ami ne semblait pas disposer à lui céder son siège, Marcus s'adossa à sa bibliothèque avec un soupir.
Tu ne devrais plus y retourner, dit Fabius après un long silence.
Pourquoi ? rétorqua Marcus, hargneux.
Tu sais bien que notre empereur Dioclétien n'aime pas les chrétiens ! Dans tout l'Empire, il les fait rechercher, propose même de l'argent pour les dénoncer... Ensuite il les fait arrêter et jeter dans des cirques ou exécuter publiquement. Et toi tu vas t'acoquiner avec ces gens-là ! C'est de l'inconscience !
Non, c'est de l'amour ! Mais c'est vrai que tu ne peux pas comprendre ces choses-là, toi qui a vécu un mariage arrangé... ajouta perfidement Marcus.
C'était le point sensible. Fabius se leva d'un bond, furieux, et empoigna Marcus par sa toge pour le soulever et le plaquer contre un mur.
Je t'aurai prévenu, martela-t-il, menaçant.
Et il lâcha celui qui avait été son meilleur ami pour s'en aller sans un mot d'adieu.