Désolée pour les commentaires pas drôles entre parenthèses, mais je suis en forme aujourd'hui ^^
Bonne lecture !!
Lou
Chapitre 8
Etranges hôtes
Le regard méfiant et les lèvres pincées, je suivis le mystérieux ténébreux le long des ruelles parcourant la ville de Farm - comme m'apprit celui-ci sur le chemin. Au bout d'un certain temps, il stoppa sa course au croisement de deux routes et m'indiqua trois poubelles sur le trottoir.
« Planque-toi là. Je dois vérifier deux trois trucs. Bouge pas, surtout. », m'ordonna-t-il.
Réticente, je m'agenouillais derrière le cylindre de fer, si rempli que les immondices débordaient autour sur le sol. Je décalai une cannette de coca pour poser délicatement un bout de mon gros derrière, et plissa le nez. De toutes façons, au point où j'en étais, je n'allais pas faire des manières. Si M. Propre débarquait devant moi, il aurait certainement une crise cardiaque (et je finirai en prison pour meurtre le restant de mes jours !)...
Mon compagnon de dernière minute toqua timidement dans une planche en bois, qui émit un grognement de mécontentement. Enfin non, pas la porte, le type qui se trouvait derrière. Il approcha ses lèvres et murmura un mot avec des « i » dedans. N'attendant même pas l'acquiesement du portier invisible, il s'enfonça dans la ruelle. Il y eut un bruit de grille déplacée, puis le silence. La lumière blafarde des réverbères rendaient jaunâtres les façades avoisinantes d'un blanc éclatant sous le soleil du jour. L'ombre d'objets insignifinats prenaient d'un coup des dimensions inquiétantes. Tiens, le caillou, là, j'aurais parié qu'il allait lui pousser des oreilles poilues et des crocs luisants. Comme l'ancienne collection d'anciennes poupées de porcelaine de grand-mère, sur l'étagère au-dessus de mon bureau, dans ma chambre, le soir. Et sa copine la mousse, avec ses bestioles qui grouillent à l'intérieur... Et puis le truc non identifié, à droite... Et ce vent, ce vent qui hurle ses notes de desespoir entreles branches des arbres décorées pour mon décès prochain ! Ah, mince ! La cannette de coca s'y met, elle aussi ! La languette à moitié arrachée m'apparaît d'un coup aiguisée comme la lame d'un rasoir... Peut-être qu'elle m'en veut de l'avoir déplacée... Respectueusement, je la fait rouler vers moi tout en me décalant sur le côté, ainsi la remettant à sa place initiale.
Lorsque, quelques minutes plus tard, le jeune homme vint me chercher, il me trouva plongée dans la contemplation d'une canette de coca vide, avec un l'air craintif qu'à le vassal pour son souverain.
« Eh ! Tu peux entrer. J'ai prevenu la bande. », m'annonça-t-il.
Le dernier mot m'arracha un glapissement incertain, et j'agrippai la manche de mon nouvel ami, essayant vainement de m'effacer dans les plis de son blouson (le cuir sent tellement bon, vous comprenez, comparé au flux parfumé aux égouts qui émanait de mes cheveux poisseux...).
Il me designa une grille incrustée dans le sol, dissimulée par trois buissons offrant des fruits ronds et luisants comme on en voit dans les contes. Un escalier nous mena dans un tunnel souterrain si étroit que nous dûmes progresser à quatre pattes. Par endroits, la terre au-dessus de nos têtes s'efritaient dangereusement, laissant passer des rais de lumières (enfin, au beau milieu de la nuit, il faut un brin d'optimisme pour s'extasier sur la lumière...). Un, vint heurter mon nouveau compagnon, faisant étinceller ses anneaux de fer lui tenant lieu de piercings décoratifs (oui, décoratifs). Il se retourna, et étira les coins de ses lèvres pour me signaler que tout allait bien. Je tentai un sourire en guise de réponse. Raté. Tant pis, le sien n'était pas génial non plus... Je ne me sentais tout sauf à l'aise ou - encore moins - en sécurité. Je ravalai mes présentiments paranoïaques (des drogués, au fond, ça peut être gentil, hein ?...), et repris ma descente dans les profondeurs obscures (mais nan, il y a à peine cinq mètres et ça finit en cul de sac ^^ by l'elfe. Bref.).
Quelques instants me paraissant être des années plus tard, une main jaillit du plafond. Hurlant sans retenue, je retombai sur les fesses.
« Laisse, c'est Jey-Jey ! », me présenta celui de devant, nullement impressioné. (Il ne doit pas connaître, lui, la célèbre légende des mains crochues qui sortent de sous les lits des petites filles bien sages pour leur attraper les chevilles quand elle ont envie d'aller au toilettes la nuit...)
La main Jey-Jey (je n'ai jamais pensé à nommer mes mains... et vous ?) dut sentir que l'on parlait d'elle car elle nous fit coucou. Ahurie, je laissai une ébauche de sourire crispé apparaître sur mes lèvres. Je ne risquai rien de Jey-Jey : elle paraissait amicale, comme une main commerçante qui vous présente une belle affaire. Et c'est bien connu que les vilains méchants ont des mains sèches et crochues, non ?! Résolue, je l'empoignai avec force et me laisser hisser dans la tanière de la... fameuse bande.
Un lourd silence s'abattit à mon entrée. Je ne pourrai décrire la pièce ou les personnes qui s'y trouvaient, car l'opression me rendait aveugle. Tous ces regards sur ma tremblante personne avaient le poids de quatre éléphants montés sur des baobabs. Mon regard filait sur les visages sans oser y faire attention. Mais, si vous tenez tant à une précision du décor, je vous fournis celle-là : l'atmosphère. L'ambiance, l'odeur (hormis la mienne qui recouvrait toutes les autres ^^), l'impression qui se degageait de la planque de jeunes adolescents rebelles certainement pas très légaux. Il y avait du... flottement, comme sur un douillet petit nuage de coton, de la légereté aussi, telle que j'imaginais l'endroit envelopé dans une énorme bulle de savon. Egalement du respect. Et, en effet, j'appris plus tard une des règles de base : « quoi que tu fasses, tu ne seras jamais blâmé, moqué ou rabaissé. A la seule condition que tu l'appliques sur les autres ». Pour les odeurs, l'affaire est simple : vous le devineiez presque tous seuls. Des effluves asphyxiants et amer de tabac et d'alcool. Je ne citerai que ces deux-là, car je ne sais pas si la drogue a une odeur.
Au bout de deux minutes trente-sept secondes, le silence s'alourdit de quelques éléphants et de quelques baobabs. Je n'ai jamais pesé un baobab, mais ce silence-là, je l'élèverai bien à plusieurs tonnes. Je tirai nerveusement sur le bas de mon débarbeur, priant pour que, malgré sa quasi transparence due à son passage dans l'eau (et oui, l'eau ça mouille, et le tissus blanc de mauvaise qualité devient très génant à porter quand il est mouillé), mon soutien-gorge reste invisible. Lorsque j'y repensai plus tard, je trouvai ce détail tout sauf capital, mais il me servit de sujet de concentration autre que l'atmosphère pesante.
« Yo, petite fleur ! », m'acceuilla Jey-Jey, alors que le mot fleur serait le dernier que je choisirai pour me qualifier.
Sa voix expedia le silence, les éléphants et les baobabs dans la poubelle du passé. Ses camarades l'imitèrent peu après, et un brouhaha cheleureux remplaça le sentiment de malaise. Reconnaissante, je levai les yeux sur Jey-Jey. De la main, je suivis le bras, puis le buste, les épaules, le cou...et, au bout, il y avait un visage rond et potelé comme un bébé, ponctué d'une courte barbichette couleur carotte.
« Salut... Jey-Jey... », répondis-je, légèrement rassurée.
L'interressé partit alors dans un rire tronitruant qui ébranla ses joues rondes. L'hilarité conquis certains autres, qui, en essuyant des larmes de rire, m'apprenaient leur surnoms à eux.
« Flo la Belette !! », cria une jeune fille noire à la chevelure hirsute, dreadée, teintée, perlée, ou enroulée dans du tissus aux motifs africains.
Ses voisins lui balancèrent de grandes claques dans le dos, en poussant des 'hahohihuhu' à briser les vitres blindées d'une limousine.
« Moi, on m'appelle Jey le Hochet, mais plus couramment Jey-Jey. », completa le premier.
« Le... Ho... Hochet ?!, répétai-je d'une faible voix , Comme c'est... euh... amusant... »
« Ouais, j'trouve aussi !! », et c'était reparti.
Au bout d'un moment, il se souvint de la politesse, et se trourna vers moi, plantée au-dessus de la trappe par laquelle j'étais passée. Cet idiot me demanda alors si j'avais besoin de quelque chose. Un premier temps surprise, je lui répondis l'évidence sur un ton que j'espèrais moins sec que mes pensées.
« Une douche ? »