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Detective Conan



Les Disparues De Tamba Sasayama
[Histoire Terminée]
Auteur: hello-kitty Vue: 1650
[Publiée le: 2008-07-10]    [Mise à Jour: 2008-12-24]
AP Suspense/Action-Aventure/RomanceCommentaires: 34
Description:
C'est la golden week. Kazuha espère passer ses vacances au côté d'Heiji, malheureusement le garçon a d'autres projets. Celui-ci s'en va dans l'arrière pays, dans un antique village médiéval. Il espère élucider les étranges disparitions de jeunes filles qui se produisent tous les dix ans...
Crédits:
Aucun personnage issu du manga détective conan ne m'appartient. Qu'ils soient des personnages principaux, ou simplement cités : Kazuha, Heiji, Ran, Shinichi/Conan... sont la propriété de leur créateur Gosho Aoyama. En ce qui concerne tous les habitants de Tamba Sasayama, ces personnages proviennent de mon imagination et ne sont pas présents dans le véritable manga Détective Conan, tout comme les différents lieux cités. Ils sont propres à ma fan fiction.

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Commenter: Fuite éperdue

Fuite éperdue

[3734 mots]
Publié le: 2008-10-29Format imprimable  
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FUITE EPERDUE

Conan grimpa les marches deux à deux, la main glissant sur la rambarde qui accompagnait l’escalier. Une idée venait de s’immiscer dans la suite confuse de ses pensées, qui jusque là, s’était résumée en une vision funeste de l’avenir. La nouvelle avait été rude : pendant presque un an, il avait réussi à rester caché. Le sacrifice avait été lourd, il avait dû mentir, refouler son angoisse perpétuelle afin de ne pas inquiéter ses proches. Ne pas confier ses doutes avait été une façon de se punir de toute cette situation dont il était l’investigateur. En effet, suivant la logique implacable d’un raisonnement qu’il avait répété tous les soirs avant de sombrer dans les bras de Morphée, l’ex-adolescent avait conclu que seule sa curiosité insatiable de détective devait être remise en cause. Sans elle, il n’aurait pas espionné les hommes en noir. Sans elle, il ne se serait pas fait surprendre, et forcé à prendre le poison. Sans elle, Ran n’aurait pas à souffrir de l’absence de Shinichi

Conan s’était avoué sa responsabilité et l’avait assumée. Malheureusement, le constat allait désormais plus loin : à peine s’accommodait-il de son état, que les hommes en noir revenaient en force, et découvraient la relation qui le liait à Ran, et toute sa famille ! L’enfer envahissait son existence, et menaçait de tout emporter en une seule journée ! Conan s’était finalement repris, puis avait téléphoné à l’inspecteur Jodie. Cependant, quand bien même la voix de la femme avait dégagé une fermeté sécurisante, Conan avait deviné que cette protection était factice. Voici des années qu’elle et ses collègues enquêtaient sur l’Organisation, sans parvenir à démanteler le réseau. Leur aide lui était nécessaire, certes, mais la ferait-il parvenir à clore ce cauchemar ? C’est en cet instant qu’un éclair de lucidité l’avait frappé en plein cœur : lui, Shinichi Kudo avait commencé cette histoire, à lui de la finir.

«  Ceci est mon histoire, et je la mènerai comme je l’entendrai » annonça mentalement le gamin, alors qu’il s’arrêtait devant une porte de l’hôtel. Derrière cette entrée se renfermait l’un des mystères qui dominait l’existence du détective lycéen depuis le jour fatidique où son destin s’était mis en marche. Du moins, il l’escomptait. Conan vérifia le numéro volé dans les registres : oui, il s’agissait bien de la chambre 45 occupée par Malibu. Oui, peut-être y trouverait-il une quelconque information susceptible de lui venir en aide. Encore devait-il trouver le courage pour pénétrer dans ce qu’il identifiait à l’antre du diable.

L’enfant regarda des deux côtés du couloir avant de s’attaquer à la serrure. L’hôtel de Tamba Sasayama n’était pas un village très fréquenté, au contraire des grands établissements tokyoïtes. Les chambres étaient beaucoup moins protégées que dans la capitale, aussi Conan n’éprouva aucune difficulté à déverrouiller la porte à l’aide d’une épingle à cheveux, empruntée subrepticement à l’élue de son cœur.

Lorsque le mécanisme s’enclencha, et que la porte s’entrouvrit, lui donnant libre accès aux effets personnels de son ennemi, son cœur fit un bond. Jamais, même dans ses rêves les plus fous, il n’avait rêvé être aussi près d’en finir.

Rien ne différenciait cette pièce d’une autre. Les vêtements étaient soigneusement pliés pour ceux qui reposaient sur l’étagère, mais il ne représentait qu’une minorité des effets du bandit. Le reste était encore enfermé dans le volumineux sac de voyage. Malibu préparait déjà sa fuite, au cas où. Conan poussa un soupir de soulagement : apparemment Malibu n’avait pas eu vent de sa présence en ces lieux. Autrement, nul doute qu’il se serait empressé de dissimuler les preuves de son appartenance à l’Organisation.

Hors ce n’était pas le cas : à peine voulut-il fureter dans l’épais sac de voyage, que sa main se referma sur un holster, et une boîte de cartouche. Shinichi frémit : cet objet puait la mort à plein nez, nul doute que Malibu avait fait usage de son arme plutôt que privilégier le poison de la jeune chimiste.

En parlant de poison…

Conan crut défaillir lorsque ses yeux s’attardèrent sur une petite boîte. Il ne s’agissait que d’un coffret de quelques centimètres d’épaisseur. Pas assez profonde pour recueillir des documents compromettants, des papiers d’identité, ou un autre indice. Mais assez large pour contenir les fameuses pilules… Les doigts du garçon se refermèrent sur cette boîte de Pandore. Il était si fébrile, que ses ongles ne parvenaient pas à se loger dans l’interstice. Si impatient, que ses oreilles n’entendirent pas les pas d’un homme montant à son tour les escaliers, une arme à la main…

Gin, dos collé à l’angle du mur, pencha la tête en avant, puis baissa son arme, tout en conservant le doigt contre la gâchette. Même si la police n’avait pas investi les lieux, malgré la disparition de la jeune idiote, la prudence était de mise. Ses employeurs ne lui pardonneraient pas une erreur d’inattention. Il respira une longue bouffée d’air, avant de se glisser calmement vers le lieu de sa quête. 42, 43, il approchait. Il s’arrêta devant la porte, posa la main sur la poignée…

- Vous cherchez quelqu’un ?

Gin rangea précipitamment son arme dans la poche de son imperméable, puis baissa précautionneusement son chapeau sur ses yeux, de sorte à garder son identité secrète. La curieuse n’était d’une femme de ménage, veillant au bon état des chambres après le départ des clients. Étonnée par sa présence, elle se permit de pencher son visage en avant. Gin recula d’un pas.

Devant son mutisme, l’employée réitéra sa question :

- Vous cherchez quelqu’un ?

Son absence de réaction ne l’avait pas étonné outre mesure. Les longs cheveux blonds témoignaient d’une origine étrangère, comme la majorité des clients en ces lieux. C’est à peine si la femme parlait anglais, comment communiquer avec lui ? Finalement, elle fut soulagée d’entendre l’inconnu lui répondre avec un accent parfait.

- Mes amies logent dans cette chambre. Nous avions rendez-vous au théâtre. Devant leur absence, j’ai cru bon de vérifier si tout allait pour le mieux.

- Mon bon monsieur, la plaignait-elle, je crois bon de vous avertir que vous venez de les manquer de peu. Les deux demoiselles viennent de prendre congé il y a à peine quelques minutes. C’est moi-même qui me suis occupée de leur chambre à leur départ.

Le visage de Gin se décomposa subitement. Parties ? C’était impossible, pas alors qu’elles représentaient le seul lien avec Shinichi Kudo ! La femme de chambre l’observa s’agiter avec condescendance. Elle croyait comprendre la situation.

- Vous êtes leur chaperon ? Devina-t-elle, le menton posé sur l’extrémité du manche de son balai. Vous étiez chargé de leur surveillance et ces petites pestes ont en profité pour prendre la poudre d’escampette. Allons bon, les jeunes sont tellement égoïstes. Si j’étais vous, je les punirais plutôt deux fois qu’une !

- Il faudrait déjà que je les retrouve, grogna Gin, qui avait glissé sa main dans sa poche, et serrait étroitement son pistolet.

- Ce ne sera pas difficile, lui assura l’inconnue qui se sentait d’humeur charitable. Il n’y a pas de train à cette heure-ci. Vos deux protégées descendront la montagne en voiture.

Une lueur s’alluma dans les pupilles de Gin, alors que son instinct de prédateur se mettait en marche. Sa voiture était garée en contrebas, s’il se pressait suffisamment…

Gin descendit les escaliers, sans même penser à remercier son bon samaritain, ni même à jeter un coup d’œil à la porte de son coéquipier. Si l’idée lui avait traversé l’esprit, il aurait alors constaté que la porte était entrebâillée. Mais ni Gin, ni Conan ne remarquèrent la présence de l’autre.

A l’autre bout de la ville, Ran et Sonoko se pressaient sur le sentier. Le soleil était lentement descendu dans le ciel, et avait fini par être en partie grignoté par les herbes hautes, et autres verdures. Le soir finirait par tomber, et avec lui, la malédiction apparaîtrait pour de bon. Ce serait alors la fin pour Kazuha.

Suite à ce déroulement d’idée, Sonoko se sentit une fois de plus dépassée. Ses genoux lâchèrent sous son poids, et la jeune lycéenne se retrouva au sol, les coudes égratignés par la poussière. Ce n’est qu’après le bruit de sa chute, que Ran se rendit compte de l’absence de l’héritière à ses côtés. Elle jeta son sac à terre, et se précipita vers sa meilleure amie.

- Tu te sens mal ? Fais un effort, l’exhorta-t-elle, on ne peut pas faire de pause maintenant.

Ran craignait que Sonoko ne lui demande par la suite quand elles pourraient enfin s’asseoir un instant, mais heureusement pour elle, ce ne fut pas le cas. La fille du détective aurait été bien en peine de répondre. Elle-même ignorait quand tout ce cauchemar se terminerait, mais attendait cette fin avec impatience. Voyant que Sonoko ne souffrait d’aucune blessure physique, elle glissa son bras sous son aisselle pour l’aider à se relever. Ses yeux bleus rencontrèrent le soleil, puis elle cligna des paupières.

- Je n’avais pas remarqué qu’il était si tard, conclut-elle avec un faux détachement, qui n’avait pour but unique que de retenir les larmes de détresse qui pesait sur sa poitrine. Espérons qu’ils aient retrouvé Kazuha à cette heure.

- Ran ! La rabroua son amie en l’obligeant à la regarder en face. Arrête de dire des âneries. Nous nous sommes absentés il y a à peines une heure. Comment pourrait-il y avoir une amélioration en si peu de temps ? Dis moi, on est vraiment obligé de l’abandonner de la sorte ?

Ran sentit une larme couler sur sa joue, mais ne fit rien pour retenir ses sœurs. Elle se sentait trop faible pour cacher sa peine. Sonoko lui lançait cet air accusateur, plein de reproches qu’elle réservait traditionnellement aux professeurs qui lui mettaient de mauvaises notes, ou bien à ses parents, lorsqu’ils l’empêchaient de sortir tard le soir. Jamais encore, elle n’avait eu l’impression de décevoir sa meilleure amie. Et cela plus que tout la rendait… vide.

Sonoko ne comprenait pas. Elle plus que quiconque connaissait ce déchirement quand une personne chère vous abandonne. Elle aurait évité cette souffrance inutile à Kazuha, si seulement elle le pouvait. Mais la situation était hors contrôle. Elle se devait de faire face. Ignorant les reproches muets de la jeune héritière, elle la contourna, puis hissa la lanière de son sac en travers de son épaule. Cela fait, elle reprit sa marche sans se soucier de savoir si Sonoko la suivrait. Elle était convaincue que ce serait le cas. Quand bien même elle la haïssait d’agir de premier abord si égoïstement, il s’était écoulé trop d’années depuis les prémices de leur amitié, pour que Sonoko songe à la contredire aussi facilement. Toutefois, Ran poussa un léger soupir de soulagement quand elle entendit les pas de l’adolescente s’accélérer pour remonter à son niveau.

Le village Tachikui était l’exacte réplique de Tamba Sasayama, mais en plus petit. L’adrénaline avait envahie les sens de Ran, plus suspicieuse que jamais. Elle dépassa les premières habitations, accélérant l’allure jusqu’à courir à perdre haleine. Son sac heurtait son dos, au même rythme que ses pas. Deux mètres plus loin, Sonoko l’appelait. Elle crut que Ran l’avait enfin entendue, lorsque l’intéressée s’arrêta brusquement.

Il n’en était rien.

Une voiture grise, décapotable, accéléra l’allure jusqu’à ce que la portière gauche soit à la hauteur de l’adolescente. Ran, interdite, observait l’inconnu qui n’en était pas un.

- Vous ? Hoqueta-t-elle. Mais comment ?

- On parlera de menus détails plus tard, proposa Shuichi Akai à bord du véhicule. Montez !

Sonoko et Ran se coincèrent à l’arrière, bien que la jeune héritière ait dardé un œil concupiscent sur le siège en cuir à la gauche de l’officier. Ran restait silencieuse, déboussolée. Elle se souvenait de sa première rencontre avec l’inspecteur, lors d’une affaire à New York. Ainsi il faisait partie du FBI ? Et comment avait-il connu Shinichi ? Ran se cala au fond de son siège, puis croisa les bras. La lassitude l’envahissait à mesure que des interrogations constamment restées sans réponse depuis des mois envahissaient son esprit.

A ses côtés, les genoux repliés vers elle par manque d’espace, Sonoko se tortillait sur sa place pour tirer un chemisier de son sac. Ran fut donc la seule à apercevoir Heiji en moto, dévalant une pente abrupte sur une route transversale. Son cœur éclata dans sa poitrine.

- Heiji ! Cria-t-elle en se penchant vers l’extérieur. Heiji !

Le vent empêcha le garçon de l’entendre. D’ailleurs, était-elle sûre qu’il s’agisse du jeune homme ? Un casque lui couvrait le visage, elle pouvait très bien s’être induite en erreur. Mais non, enfin ! Il s’agissait bien de sa veste après tout, ce ne pouvait qu’être lui. Heiji en train de secourir Kazuha ! Cette pensée lui réchauffa les cellules de son cœur, glacée par les courants d’airs. La culpabilité qui l’étreignait jusqu’alors s’évapora doucement, à l’idée que son départ n’eut pas porté préjudice au secours de la lycéenne d’Osaka. Tout allait bien se passer.

- Sonoko, l’interpella son amie en la secouant par l’épaule. Je viens de voir Heiji en moto. Tu vois, l’enquête avance, tout ira bien. Sonoko ! La rabroua-t-elle, arrête de fouiller dans ton sac et regarde moi.

Mais Ran se trompait : Sonoko tenait déjà serrée étroitement entre ses doigts le pull jaune. Ses yeux se portaient ailleurs, à l’arrière du véhicule plus exactement. Ran suivit sa direction, ses yeux s’écarquillèrent d’effroi.

Une voiture noire les coursait ! Et son conducteur…

- Yuki Hakusuisha, articula-t-elle. Gin…

Shuichi jeta un coup d’œil dans le rétroviseur, et cracha un juron. Une course poursuite, il ne manquait plus que cela pour conclure cette charmante virée en voiture aux côtés de deux gamines puériles trempées jusqu’aux cous dans des ennuis d’ordres internationaux…

- Accrochez-vous à l’arrière, leur ordonna-t-il en mettant sa ceinture. On va être secoués.

Sonoko eut à peine le temps d’ouvrir la bouche pour lui demander de répéter. La voiture s’envola sur le côté, et prit un virage en aiguille. Shuichi, l’air concentré, ne lâchait pas le volant des mains. Un pli se creusa entre ses deux sourcils lorsque leur poursuivant pénétra à leur suite sur le sentier.

- On dirait qu’on ne va pas le semer aussi facilement, râla-t-il. Les gamines ! Cria-t-il à l’adresse de Ran et Sonoko sans même se retourner, baissez-vous au maximum… Au cas où il nous titrerait dessus, précisa-t-il à une Ran abasourdie, qui se penchait en avant pour mieux l’entendre.

Tout en appuyant de toutes ses forces sur la pédale de l’accélérateur, il passa une main à l’arrière, et baissa de force la tête d’une des adolescentes. Sonoko suivit le mouvement, et se recroquevilla sur son siège. Sa peur faisait trembler ses genoux, et plusieurs fois Ran dût se tordre le cou pour éviter un coup de pied frénétique. Elle n’avait qu’une vague idée de ce qui se passait autour d’elle. La voiture prenait de plus en plus de vitesse, comme le témoignait les rafales qui ébouriffaient ses cheveux. Elle n’osait ouvrir les yeux, de peur de voir Gin gagner du terrain. Malgré cela, son esprit dessinait, sous ses paupières closes, la silhouette drapée de noire, dont les longs cheveux d’or tourbillonnaient autour de son visage, en glissant parfois sur les lunettes de soleil. A ses côtés, Sonoko s’était pris son visage entre ses mains, et gémissait doucement. Quelque chose se brisa en Ran, lorsqu’elle remarqua ses pleurs presque silencieux au milieu du vacarme incessant de crissements des pneus à l’annonce d’un tournant. Elle déposa sa main sur le bras de son amie. Automatiquement, les larmes qui brillaient entre ses doigts furent moins nombreuses, et les reniflements s’estompèrent. Sonoko ouvrit de grands yeux, où se reflétaient impuissance et égarement.

- Ran, où est-on ?

L’adolescente l’ignorait, et ne voulait pas le savoir. Probablement qu’elle ne reconnaîtrait pas les lieux si elle osait se relever. Toutefois, Sonoko lui jetait un regard si pénétrant, que Ran n’osa pas la décevoir. Elle prit son courage à deux mains, puis se releva avec mille précautions.

L’automobile venait de pénétrer sur une énième route de campagne, sillonnant la montagne. Il ne s’agissait que d’une mince ligne de bitume, serpentant sur les pentes abruptes du flanc rocheux, et narguant le vide qui s’étirait sous leurs pieds. A à peine quelques mètres Gin faisait preuve d’un maestria sans borne pour éviter rochers, et nids de poule encombrant la voie de circulation. Sa voiture, quoique légèrement rayée par les branches traîtresses d’arbres qui avaient peuplé la traversée, et maculée de boue, faisait preuve d’un endurance à toute épreuve. Nul doute que dans peu de temps, les trois passagers se retrouveraient acculés.

- Bon sang ! Je t’ai dit de te baisser ! Hurla Shuichi qui venait à peine de remarquer la jeune fille.

Il s’était retourné l’espace d’une seconde. Cet infime moment d’inattention leur fut fatal. Suichi n’eut pas le temps de rétablir suffisamment le volant pour empêcher l’embardée de la voiture vers le bois tout proche. Ran cria. Son hurlement fut repris en canon par Sonoko, qui sous le coup de la surprise lâcha son pull. Alors que les cahots de plus en plus nombreux secouaient le véhicule comme s’ils s’étaient retrouvés au milieu d’un séisme, tandis que les roues tournaient sur elle-même, et faisaient pivoter la voiture dans le même mouvement de translation, Ran sentit que la fin approchait. Elle songea qu’il était très ironique de sa part, dans pareille situation de suivre la course folle d’un vêtement emporté par le vent, plutôt que de prier, ou d’être assailli par les meilleurs moments de sa vie. Un hoquet de surprise s’échappa de ses lèvres, lorsque par un miracle venu tous droits des enfers, le chandail s’écrasa contre le pare brise de leur poursuivant. Aveuglé, le conducteur freina, tourna malencontreusement son volant…

Le dernier souvenir de la lycéenne avant sa perte de connaissance fut Gin et son automobile sombrer dans le ravin. Un léger sourire de satisfaction naquit sur ses lèvres.

 


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