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Les Disparues De Tamba Sasayama
[Histoire Terminée] | Auteur: hello-kitty | Vue: 1643 |
| [Publiée le: 2008-07-10] [Mise à Jour: 2008-12-24] | ||
| AP | Suspense/Action-Aventure/Romance | Commentaires: 34 |
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Description: C'est la golden week. Kazuha espère passer ses vacances au côté d'Heiji, malheureusement le garçon a d'autres projets. Celui-ci s'en va dans l'arrière pays, dans un antique village médiéval. Il espère élucider les étranges disparitions de jeunes filles qui se produisent tous les dix ans... | ||
| Crédits: Aucun personnage issu du manga détective conan ne m'appartient. Qu'ils soient des personnages principaux, ou simplement cités : Kazuha, Heiji, Ran, Shinichi/Conan... sont la propriété de leur créateur Gosho Aoyama. En ce qui concerne tous les habitants de Tamba Sasayama, ces personnages proviennent de mon imagination et ne sont pas présents dans le véritable manga Détective Conan, tout comme les différents lieux cités. Ils sont propres à ma fan fiction. |
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Un souvenir vieux de vingt ans...[5796 mots] |
Publié le: 2008-10-28 | |
| Taille du Texte: (+) : (-) | ||
Note avant de commencer : désolé X1000 ! Un mois quasiment pour poster un chapitre, j'ai vraiment exagéré. On a bien fait de me le faire remarquer, j'ai dépassé les bornes. Alors en guise d'excuse, voici déjà la suite. Le prochain chapitre sera posté d'ici à demain !
Bonne lecture !
UN SOUVENIR VIEUX DE VINGT ANS...
Heiji regarda la voiture de fonction s'éloigner, le coeur gros. Il avait été incapable de confier ses doutes, quant à la culpabilité du suspect, incapable de fixer son père dans les yeux, et de lui confier ses soupçons. " Papa, je crois avoir eu tort. On s'est trompé, on accuse un innocent. Je n'ai aucune preuve, il s'agit de mon intuition, associée à de maigres éléments. Mais il faut me faire confiance : relâche-le. "
Pouvait-il vraiment énoncer ce discours à voix haute sans rougir ? Peut-être, au nom même de cette justice qu'ils chérissaient de père en fils dans leur famille. Mais il ne s'était pas senti capable d'accomplir son devoir, alors même que pour la première fois depuis son enfance, il avait cru déceler une lueur de fierté dans le regard de son père, et cela, malgré son implication dans cette affaire, et le fait qu'il ait mis son amie d'enfance en péril. Son père avait semblé reconnaître le maigre talent de détective de sa progéniture, comment le décevoir ? C'est ainsi qu'Heiji s'en laissa aller un suspect, sans aucune responsabilité dans toute cette horrible affaire.
La voiture prit un rivage puis disparu dans l'angle de la rue, sous l'oeil inquiet d'Heiji. Lorsque celui-ci s'en retourna vers l'hôtel, il eut alors affaire à la colère froide de sa patronne. Ren Ishikawa avait perdu le contrôle d'elle même, en même temps que celui de la situation. Elle était partagée entre l'innocence de son barman, contre celle de son ami et homme lige, Yuya Yamakawa. Comment l'un pouvait s'avérer non coupable au détriment du second ? A ses yeux, ce schéma manichéen se révélait tout simplement impossible.
- Ils se sont trompés, conclut-elle au moment où Heiji poussait le battant de la porte vitrée. La police n'est qu'une bande d'incapables, qui ne sauraient faire la différence entre un meurtrier et son ombre. Ce qu'ils prennent pour des preuves ne sont que pures spéculations. Ils devraient partir à la recherche du véritable réalisateur de la malédiction, plutôt que de se fourvoyer de la sorte.
Heiji s'était arrêté à sa rencontre, sans esquisser de geste. Sa tête pivotait de gauche à droite, dans le même mouvement qu'effectuait la gérante en traînant des pieds d'un bout à l'autre de la pièce. Il crut un instant qu'elle l'avait oublié, trop plongée dans ses réflexions pour se soucier de sa présence. Il perdit tout espoir à l'instant où elle l'invectiva.
- Quant à toi, ragea-t-elle en pointant sur la poitrine de l'adolescent un index accusateur, oublie immédiatement l'idée d'un salaire si tu n'accomplis pas ton travail correctement. Si seulement j'avais pu trouver Shinichi Kudo, lui n'aurait pas agi comme un débutant ! Se lamenta-t-elle dans un souffle.
Heiji, frappé à vif dans son orgueil, choisit de ne pas répondre à sa provocation. Avait-il vraiment eu tort sur toute la ligne ou ses erreurs n'étaient-elles pas intégrées à un raisonnement tortueux qui le conduisait à la solution de cette énigme ? Peut-être, peut-être avait-il tort sur toute la ligne, au contraire de Kudo s'il s'était trouvé à sa place. Cependant, ce n'était pas à elle d'en juger mais au futur. " Advienne que pourra, songea-t-il avec force. A moi de faire de mon mieux, pour faire pencher la balance en ma faveur". N'était-il pas en ce moment même en pleine compétition avec le détective de Tokyo après tout ? Quand bien même la situation se parait de couleur sombre, Heiji préférait avant tout envisager la suite des évènements tel un jeu. Un jeu dans lequel la vie de chacun des participants était en danger, certes, mais un jeu où il fallait faire preuve d'adresse, et de talent pour se hisser à la première place du podium.
Heiji reprit confiance : il avait du talent, il avait de l'adresse. Pourquoi ne pourrait-il pas remporter cette partie plus qu'un autre ? A lui de montrer à Ren, à son père, et à tous ceux qui doutaient, qu'il était le meilleur.
- Yamakawa, commença-t-il à l'adresse d'une Ren qui peinait à se calmer. Quel est le lien entre Hiro et les Yamakawa ?
- N'appelez par Hiro par son prénom ! S’exaspéra tout d'abord la jeune femme. Vous n'avez pas le droit d'en parler comme s'il était votre ami, pas après la manière dont vous l'avez traité.
- Répondez à ma question ! S’emporta Heiji.
Sans mesurer la portée de son geste, il s'était allé à lui prendre violemment le bras. Non, il n'était pas l'ami d'Hiro, au mieux le trouvait-il sympathique. Cependant, Kazuha était son amie et d'avantage encore. Kazuha comptait. Elle était sa priorité. Une priorité en ce moment même prisonnière d'un fou furieux.
Ren commença à sortir de sa torpeur. En terme de puissance, elle ne faisait pas le poids face au jeune homme, dont la détermination brûlait au fond de ses yeux tel un feu de joie. Son exaspération, sa rage fondirent comme neige au soleil. Elle renifla bruyamment, puis se défit de son emprise, en simulant une douleur au niveau de son poignet. Son jeu d'acteur ne réussit pas à émouvoir Heiji, qui attendait toujours sa réponse. Ren finit par lâcher prise :
- Quand j'étais enfant, Hiro était parti étudier à Osaka. Son rêve était de devenir un grand cuisiner, par conséquent il n'avait aucune chance de le voir se réaliser dans un petit village de périphérie sans grande importance. On pensait tous ne jamais le revoir, mais c'était avant la disparition de la touriste au moment de la dernière éclipse lunaire.
- Sarah Blade ? Hoqueta un Heiji de plus en plus déboussolé. Ils se connaissaient ?
- Pas à ma connaissance, rétorqua-t-elle, les traits empreints de cette tristesse nostalgique qu'Heiji avait cru déceler également dans le regard d'Hiro, au moment où son père l'emmenait. Elle venait à peine de poser le pied sur le sol japonais, qu'elle s'était redue dans notre village. Apparemment elle n'avait pas fait escale à Osaka très longtemps. Dans ce cas, comment auraient-ils pu se rencontrer. Pourtant, quand il a appris sa mort dans le journal local, Hiro est revenu immédiatement dans notre village. Il n'avait pas remis le pied ici depuis sa majorité, même pas pour revoir ses parents. Incroyable, n'est-ce pas ? Une simple inconnue a réussi là où tous ses proches avaient échoué ! Il n'a jamais voulu se confier sur la raison. C'est à son retour qu'il a voué une haine viscérale à Yuya. Il y eut des rumeurs, comme quoi Hiro refusait de céder le château à Yuya, et qu’il en avait résulté une querelle entre les deux hommes. Hiro est l’unique propriétaire de la forteresse, précisa-t-elle. Il l’entretient avec les maigres moyens qu’il a à disposition, mais ce n’est pas toujours suffisant. Yuya ne voulait probablement que lui tendre une main secourable en reprenant le fardeau. Enfin, ce ne sont que des « on-dit ». Là encore, Hiro ne s’est jamais justifié quant à son attitude vis à vis de Yuya.
Heiji se contenta d'observer son mécontentement. Une petite voix lui soufflait que, d'avantage que le fait qu'Hiro n'aie pas souhaité revoir sa famille, ce fût son refus de revenir en dépit de sa présence, qui la rendait si hargneuse et dépitée. Ren cachait-elle des sentiments envers Hiro, amplement plus ambigus, que l'affection filiale qu'elle proclamait à qui voulait l'entendre ? A en voir ses yeux brillants, Heiji n'en doutait point. Seuls leur différence d'âge, ou tous les souvenirs qu'ils avaient partagés l'empêchaient de s'être déclarée.
- Vous vouliez être à ses côtés, souffla Heiji. Qu'importent les raisons qui l'ont ramené, vous ne vous en préoccupiez pas.
Ren reprit pied, et s'échappa du flot de souvenirs qui l'avait submergé. Elle cligna des yeux, un air interrogateur sur le visage.
- Qu'avez-vous dit ? S’étonna-t-elle.
Mais déjà Heiji s'était levé et s'apprêtait à sortir. Les cris de la jeune propriétaire ne le retinrent pas sur place. Il releva le col de sa veste pour affronter le froid qui planait dans la rue, et accéléra le pas. Il avait compris que Ren ne lui serait d'aucune aide dans la compréhension de la rivalité entre Hiro et Yuya. Elle était beaucoup trop aveuglée par son attachement aux deux hommes, pour ne serait-ce qu'envisager les sombres secrets qui les liaient. Pourtant, découvrir les graines de ce conflit lui paraissait nécessaire pour envisager cette enquête dans son ensemble. Alors qu'il pénétrait sur l'artère principale, il s'arrêta. Sa pause permit à Ren de la rattraper. Celle-ci, surprise par sa réaction, n'avait perdu qu'une poignée de secondes à rester assise. L'étonnement passé, elle avait attrapé son manteau, puis courut à sa suite. Elle parvint à sa hauteur, essoufflée. Lorsqu'elle comprit la raison de son arrêt, toutes ses interrogations, quant aux motifs de sa fuite impromptue moururent dans sa gorge :
- Yuya a fermé sa boutique très tôt, constata-t-elle. C'est inhabituel de sa part.
Heiji ressentait-il également le doute qui étreignait sa poitrine ? Son stress s'était mué en un noeud qui lui enserrait l'abdomen. Tous les évènements qui se succédaient : l'enlèvement, l'arrestation ; réveillaient en elle des échos du passé, des mystères restés sans réponse, qui avaient hantés le village de Tamba Sasayama. Elle tourna la tête vers le détective. Il semblait si jeune, si naïf. Était-il apte à endosser la mission qu'elle lui avait proposée ? Se pouvait-il qu'un étranger devine les clés de secrets vieux de plusieurs décennies ? Des secrets dont tout un chacun en ces montagnes s'étaient sentis concernés, même les plus jeunes ?
Heiji ne se posait pas la question : il était déjà trop impliqué pour songé à la fuite. Kazuha ne pouvait pas fuir, elle... A aucun moment, il ne fit allusion à Ren qui calquait ses pas sur les siens. Son employeur semblait tout aussi déterminé à découvrir les fondements de cette malédiction, quand bien même la vérité la ferait souffrir. Arrivé dans le commissariat, Heiji l'envoyât faire sa déposition, puis disparut de sa vue. Il avait profité de l'absence de gardiens pour se glisser devant la cellule d'Hiro.
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Heiji empoigna les barreaux avec force, réveillant par la même Hiro. L'homme, après un long interrogatoire, avait été remis en cellule, et en avait profité pour se consoler dans les bras de Morphée. C'était plus simple de s'assoupir, plus facile de fondre la réalité dans les rêves plutôt qu'avoir à l'affronter face à face. Hiro ouvrit un oeil, puis grogna. Visiblement, il allait être forcé d'abandonner le fil de ses songes. Lorsque Heiji frappa la grille d'un coup de pied, une seconde fois, Hiro se décida à se lever. Il épousseta ses genoux et s'avança vers son visiteur, tout en restant à une distance respectable. Il n'avait pas oublié la haine qu'il lui avait témoigné peu avant son arrestation. La petite paraissait, non était, très importante à ses yeux. Son sort ne le laissait pas indifférent. En conséquence, son implication dans cette affaire ne pouvait que le rendre hostile. Hiro l'avait compris, et ne lui en tenait pas rigueur. Il espérait seulement que comme tous les gendarmes qui lui avaient posés mille et une fois la même question, il reprendrait rapidement ses esprits. Pour le bien de la petite.
Au bout d'une longue minute, où ils se défièrent du regard, Heiji n'y tint plus. Il brisa le silence :
- Où est-elle ? Où est Kazuha ?
Hiro eut un petit rire : encore et toujours la même question. S'il savait, n'aurait-il pas répondit depuis belle lurette ? Il prit le ton le plus patient qu'il put, ne laissant pas transparaître la déception qui l'assaillait. Il aurait espéré que le gamin lui fasse un peu plus confiance qu'à un étranger. Il l'aimait bien après tout.
- Tu crois encore que je suis coupable ? S’exaspéra-t-il douloureusement. Tu me crois capable d'une telle abomination ?
- Cela dépend, tergiversa Heiji.
Le coeur d'Hiro rata un battement à ses mots. Cela dépendait ? Dépendait de quoi ? Y avait-il un soupçon de chance pour que le détective accepte de l'écouter et de prendre en compte sa version des faits ? L'espoir porta ses pas plus près de son sauveur. Ses mains, aux doigts calés, s'enroulèrent autour des barreaux dont le froid de l'acier le mordit. Hiro ignorait la douleur, saoulé par l'espoir qui brillait aux fonds de ses yeux noirs. Heiji ne se laissa pas démonter : il avait déjà vu meilleur comédien dans sa vie.
- Dépend de quoi mon garçon ? S’enquit-il avec empressement. Je suis prêt à tout te dire, il suffit que tu me demandes !
- Vraiment ? Alors expliquez moi le lien qui existe entre vous et Yuya Yamakawa ?
Le silence s'installa pendant ce qui sembla une éternité. Heiji débordait d'impatience, et se contenait tant bien que mal de l'exhorter Ses yeux glissaient sur la pièce froide, qui servait de prison, sans se décider à rencontrer la silhouette d'Hiro. L'homme rangeait ses souvenirs, de peur d'oublier des éléments. Dans le même temps, il avait resserré sa prise sur les cylindres d'aciers, comme pour se raccrocher mentalement et physiquement à une prise. Maintenant plus que jamais, il était démuni, sans défense face à un passé traumatisant. Lorsque enfin il se décida à faire face à ses démons, sa voix fut prise d'un incoercible tremblement qui n'échappa pas à Heiji.
- Tout remonte à vingt ans, confia-t-il. Bon sang, tout est trouble. J'étais qu'un gosse, à peine plus vieux que toi ! On ne devrait pas voir de telles choses si jeune ! On ne devrait pas les voir tout court, souffla-t-il alors que ses yeux vitreux rappelaient le passé.
Le souffle d'Heiji se calqua sur celui, précipité, d'Hiro. Lentement, sans le brusquer, il passa un bras entre deux barreaux, puis posa une main compatissante sur l'épaule du barman. Après plusieurs inspirations précipités, Hiro reprit une certaine contenance, comme le témoignait la détermination qui creusait son front en plusieurs rides. Il toussa avant d'entamer son récit :
- Voilà, tout a débuté vingt ans plus tôt...
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Hiro Hayashi, adolescent alors âgé d'une vingtaine d'année, ramena ses cheveux mi-longs en une queue de cheval à l'aide d'un catogan, avant de reprendre précipitamment la lampe torche qu'il avait posé au sol. Celle-ci, d'ailleurs, ne lui serait bientôt d'aucune utilité, faute de piles neuves. A cette idée, l'angoisse l'étreignit et lui tira une grimace d'expectative : se retrouver privé de lumière, dans une forêt obscure, voilà la manière dont commençait tous les films d'horreurs, où la première des victimes était un adolescent réservé, que peu regrettait. Autrement dit, lui !
Hiro essaya de rire face à son imagination débordante. Ha haha ! Qu'il était doué ! Il était parvenu à se faire peur sans raison apparente, comme s'il n'était qu'une poule mouillée. Hors ce n'était pas le cas. Non messieurs dames ! Hiro était même le plus courageux des étudiants : il avait été le seul à relever le pari de s'aventurer au milieu de la forêt, alors même qu'au village la fête battait son plein dans l'attente du retour du samouraï vengeur...
La lune s’était éteinte depuis une dizaine de minutes, et avait englouti les quelques repères qui le maintenaient dans le calme. Les arbres se dressaient, l’encerclaient sans qu’il puisse les distinguer les uns des autres. Leurs feuilles bruissaient, et se mêlait aux faibles chuchotis de proies nocturnes. Au loin, une chouette hulula.
L'angoisse s'empara de son coeur, et bientôt apparût une somme de symptômes relative à son épouvante : frissons, tremblements incoercibles, perles de sueur dégoulinant de son front, mains moites. Hiro tenta de relativiser, mais il sentait un cri d'épouvante heurter la barrière de ses lèvres, ne demandant qu'à s'échapper en un long hurlement. Un remède s'imposa dans son esprit alors qu'inconsciemment ses pas se dirigeaient automatiquement vers le sentier : rentrer. Mais non, il ne pouvait pas se laisser aller à de tels actes de lâcheté. Que diraient les copains ? Et cette fille, avec des sourcils épilés à la perfection, dont le regard vous plongeait en transe quand par miracle il se posait sur vous ? Cette fille, elle ne lui réserverait que du mépris s'il venait à rentrer si tôt. Non, non, non ! Il était un homme dorénavant, il ne pouvait pas rentrer de la sorte.
Sa main s'accrocha désespérément à la lampe torche, dont la lumière salvatrice parvenait un tant soit peu à juguler sa peur. La lumière était si rare en ces lieux, qu'un rien pouvait se révéler être un dangers mortels : qu'est-ce ? Cette chose alambiquée qui se tend vers lui, ne serait-ce pas le samouraï qui veut l'enlacer dans la mort ? Non, il ne s'agit que d'un arbre. L'aventure s'étira pendant plus d'une demi-heure, ponctuée par toutes sortes de ces extravagances : un craquement de branche qu'il identifiât comme le grognement d'un loup, un courant d'air comme le souffle d'un agresseur hypothétique. Il manquât de mourir de frayeur lorsque la sonnerie de son portable retentit au milieu du silence nocturne.
- Qu'est-ce que je peux être bête quand je m'y mets, pesta-t-il avant de décrocher.
La voix des copains le nargua au bout du fil : " Alors tout va bien ? Tu n'as pas besoin d'un pantalon de rechange ?" Et le voici, oubliant sa frayeur passée, qui s'enorgueillit sur un ton prétentieux : " Lui, un froussard ? Que nenni ? Il était comme un coq en patte dans cette forêt ! Rien ne lui faisait peur !"
Pas même cet horrible cri ?
Hiro lâcha le combiné, et tomba à la renverse. Un affreux hurlement avait déchiré le silence de la nuit, un cri d'agonie ponctué par les pleurs d'un enfant qui appelait désespérément sa mère. On retrouvera leur voiture accidentée sur le bord de la route. Mais Hiro ignorait tout de ce qui se tramait au fond des bois. La malédiction ne revêtait à ses yeux qu'une blague d'adolescents, un pari aussi fou qu'un autre. Cap ou pas ? Chiche ? Voilà jusque là à quoi s'était résumée son existence. Hors voici que l'horreur s'immisçait dans sa réalité.
Le portable échoué au milieu des feuilles mortes et de l'humus, rapportait l'inquiétude des jeunes, inconscients de ce qui se produisait. Le silence avait repris ses droits, quand bien même il lui arrivait encore de percevoir quelques reniflements indistincts. Le coeur d'Hiro battait la chamade. Il se précipita sur son appareil et le coupa, sans plus se soucier que de ce qui se cachait entre les arbres. L'avait-il repéré ? La femme à l'origine du cri, qu'était-elle devenue au juste ? Probablement morte déjà. Il n'alla pas le vérifier. La pensée qu'une étrangère ait besoin de secours n'atteignait pas son esprit, pas lorsque cet élan de solidarité pouvait causer sa perte.
Hiro ne remit pas les pieds dans les bois avant une vingtaine d'années, tant que le temps n’eut pas effacé le poids de la culpabilité qui pesait sur ses souvenirs...
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Hiro cligna des yeux, comme s’il émergeait d’une transe, puis cracha au sol sans parcimonie. La nausée l’envahissait, et lui donnait le tournis. L’homme s’accrocha un peu plus à l’entrée de son cachot, comme s’il s’apprêtait à s’évanouir. Heiji, de son côté, n’avait esquissé aucun geste pour l’aider. Son cerveau était en ébullition, incapable d’intégrer Yuya Yamakawa dans le récit d’Hiro. Il en avait toutefois saisi l’importance : Hiro avait été le témoin oculaire d’un enlèvement, et pourtant avait préféré fuir. Quand bien même Hiro ne l’avait pas précisé, Heiji devinait à présent les motifs de son retour suite à l’assassinat de Sarah Blade : le barman n’avait su faire face à la culpabilité grandissante, et était revenu afin d’empêcher un troisième kidnapping.
- Je ne comprends toujours pas, marmonna-t-il. Pourquoi accusez-vous le potier ? Vous avez dit ne pas avoir aperçu âme qui vive. Par conséquent, le désigner comme coupable est une démarche absurde.
- C’est ce que tout le monde croit en effet. Yuya est un homme si gentil, personne ne viendrait à l’imaginer en meurtrier en série. C’est sa gentillesse qui a éveillé le doute en moi. Après l’incident, il fut le premier à me rendre visite. Il voulait prendre de mes nouvelles... et savoir ce que j’avais vu, et dit à la police.
- Vous lui avez dit ?
- Bien sûr, je n’avais aucun soupçon. Chose curieuse, il a deviné que je téléphonais à mes camarades sans que je ne le précise.
- Parce qu’il était sur les lieux, conclut Heiji. Et comment s’est-il disculpé ?
- Il a prétendu l’avoir entendu dans une conversation entre voisins. Les rumeurs vont bon train dans un si petit village, il n’a même pas eu à se forger un alibi. Ensuite il a refusé de m’adresser de nouveau la parole. Il a envoyé des fleurs à ma famille, accompagné d’un aimable mot de rétablissement ainsi qu’un gros chèque pour que je parte étudier à Osaka. Il voulait se débarrasser de moi, et j’ai accepté sans broncher. L’occasion était trop belle. Mon rêve se réalisait ! Ce n’est que dix ans plus tard, quand ils ont retrouvé le corps de cette pauvre touriste que j’ai compris mon erreur.
Les pièces du puzzle s’emboîtaient parfaitement. Il disposait de maigres éléments, et aucune preuve tangible à part de vieilles histoires du suspect numéro un. Pourtant, pour la première fois depuis son arrivée en ce village, Heiji y voyait enfin clair.
- Alors tu me crois maintenant ? Le pria Hiro douloureusement. Tu devrais au moins privilégier la présomption d'innocence plutôt qu’une accusation aveugle comme ton père.
Heiji n’eut pas le temps de répondre. Une dispute entre Ren et Heizô avait éclaté dans les locaux, et parvint rapidement aux oreilles d’Heiji. Lorsque la porte s’ouvrit à la volée, l'adolescent avait déjà pris l’initiative de se reculer. Le battant de bois s’éclata contre le mur en une myriade de morceaux de bois, et manqua de sauter de ses gonds.
- Papa, calme toi ! s’écria Heiji, légèrement effrayé.
La réaction de son père n’était sans aucune mesure avec la situation. Son visage, rougi par la colère, suait à grosses gouttes tandis que deux veines transparaissaient sur son front. Il s’attendait à ce qu’il abatte ses poings crispés d’un moment à l’autre. Ce n’aurait pas été la première fois, ni la dernière. Il ne se souvenait même pas du nombre de fois où il s’était retrouvé puni injustement. Son père était un homme de pouvoir, comment pouvait-il alors accepter de ne pas contrôler un de ses adjuvants ? Sa famille était une hiérarchie semblable à celle qui régnait dans sa préfecture. Son initiative, en tant que fils ou détective, était inacceptable.
Ren, dissimulée derrière la large carrure de l'inspecteur, tendit le bras vers Hiro. Heizô se contenta de reculer pour lui bloquer le passage. Dans le même mouvement, il pivota et attrapa sa progéniture par le col de son débardeur. Heiji grogna de douleur, mais se laissa faire. Il eut à peine le temps d'esquisser un vague sourire de réconfort, au prisonnier, appuyé contre les barreaux. Son visage exprimait une angoisse extrême.
- Fais vite, le piot, murmura-t-il alors que pour la seconde fois, la porte claquait violemment. La petite n'attendra pas longtemps.
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Heizô avait traîné et son enfant, et Ren, jusqu'à la sortie. Le sang avait reflué de son visage, lui procurant une aura surnaturelle. Si son épouse l'avait vu dans cet état, nul doute qu'elle lui aurait ordonné de se calmer, au moins pour sa tension. Elle était la voix même de la raison. Pourtant, malgré ses paroles qui flottaient dans son esprit, Heizô ne parvint qu'à resserrer d'avantage son emprise sur son fils qui titubait à sa suite. Se calmer ? Comment le pouvait-il alors qu'Heiji lui désobéissait sans cesse. On disait qu'un enfant de huit ans avait besoin d'une surveillance constante. Mais Heiji avait grandi depuis cette époque, il était un homme à présent ! Ne pouvait-il pas le laisser une heure à peine sans qu'il ait l'idée saugrenue de se faire mener en bateau par le coupable ? Une vague d'inquiétude déferla sur l'enquêteur : quel mensonge avait-il pu distiller dans l'esprit de son fils ?
- Papa, souffla alors son enfant, qui étouffait à moitié, il faut qu'on parle. Hiro est innocent.
De rage, Heizô l'envoya en avant, où il s'écroula à terre. Ren s'agenouilla à ses côtés.
- Tout va bien ? S’inquiéta-t-elle.
- Ce n'est rien, répondit le garçon en essuyant son visage. J'ai connu pire.
Mais non, pour Ren ce n'était pas rien. La jeune femme se releva, les poings crispés en direction du commissaire.
- Comment osez-vous traiter votre fils de la sorte ? Cria-t-elle. Vous êtes un homme de loi, vous plus que quiconque devriez connaître les notions de respect envers autrui. Votre comportement ne sert à rien.
- Si, la coupa un préfet en chef plus sévère que jamais. Cette punition aura servi à vous faire comprendre que vous n'êtes plus les bienvenus en ces lieux, tant que je m'y trouverais. Heiji, ne t'approche plus d'Hiro tant que cette affaire ne sera pas terminée. Fais tes valises et vas-t-en. Je crois que tu en as assez fait pour aujourd'hui.
Sur ce, Heizô s'éloigna en laissant son enfant à terre. Ren pesta, et hurla à son encontre une série de jurons très imagés. Ces paroles eurent le don de faire rire Heiji. Rire qui se transforma en grimace. Ses côtés avaient heurté violemment le sol. Il souffrait le martyre. Son intervention le rappela à Ren, qui lui tendit une main secourable.
- Merci, la remercia-t-il. Vous voulez bien m'accompagner jusqu'à l'hôtel.
Ren retint de justesse un léger sursaut. L'hôtel ? Cela signifiait-il qu'Heiji s'apprêtait à quitter le village, conformément à la requêter de son père ? Elle n'était qu'une intruse dans la dispute qui venait de se produire. Il ne s’agissait que de rivalités filiales, sans aucun lien avec l'enquête. Néanmoins, Ren ne put s'empêcher de lui poser la question qui lui brûlait les lèvres :
- Vous allez suivre ses consignes ? S’enquit-elle.
Heiji arqua un sourcil.
- C'est ce que vous croyez ? Vous m'avez confié un contrat, et je ne laisse jamais une enquête de côté.
- Mais, vous voulez pourtant aller faire vos bagages ! Riposta-t-elle. Vous voulez rentrer à l'hôtel.
- Vous n'avez pas de voitures ? L’interrogea-t-il.
Ren répondit par la négative.
- C'est bien ce que je me disais. Nous aurons donc besoin de ma moto garée sur le parking de l’hôtel pour aller sauver Kazuha.
- Parce que vous savez où elle se trouve ! S’enthousiasma la gérante. Vous avez résolu le mystère de Tamba Sasayama.
Sans lui répondre, Heiji ramena la visière de sa casquette devant ses yeux, et s'éloigna du commissariat sans un regard pour son père qui l'observait de derrière une fenêtre.
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