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Detective Conan



Les Disparues De Tamba Sasayama
[Histoire Terminée]
Auteur: hello-kitty Vue: 1637
[Publiée le: 2008-07-10]    [Mise à Jour: 2008-12-24]
AP Suspense/Action-Aventure/RomanceCommentaires: 34
Description:
C'est la golden week. Kazuha espère passer ses vacances au côté d'Heiji, malheureusement le garçon a d'autres projets. Celui-ci s'en va dans l'arrière pays, dans un antique village médiéval. Il espère élucider les étranges disparitions de jeunes filles qui se produisent tous les dix ans...
Crédits:
Aucun personnage issu du manga détective conan ne m'appartient. Qu'ils soient des personnages principaux, ou simplement cités : Kazuha, Heiji, Ran, Shinichi/Conan... sont la propriété de leur créateur Gosho Aoyama. En ce qui concerne tous les habitants de Tamba Sasayama, ces personnages proviennent de mon imagination et ne sont pas présents dans le véritable manga Détective Conan, tout comme les différents lieux cités. Ils sont propres à ma fan fiction.

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Commenter: Rui

Rui

[7395 mots]
Publié le: 2008-10-04Format imprimable  
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Voici enfin le chapitre 16 en ligne ! Pardon pour toute cette attente, trois semaines, c’est vraiment long. Alors à l’avenir, je posterai un chapitre toutes les deux semaines grand maximum. Pardon aux fautes d’orthographes. Puisque ce chapitre est relativement long, de nombreuses erreurs ont dû passer entre les mailles du filet. Il faut vraiment que je me trouve un relecteur…

Attention, le dénouement approche à grand pas. Ce chapitre apporte peu de nouveaux éléments : Heiji va-t-il retrouver Kazuha à temps ( vu mon sadisme, ce n’est pas sûr ! ). Comment Conan va-t-il pouvoir s’en sortir ? Que va-t-il se produire du côté de Ran et Sonoko ?

Vous le saurez en prenant le temps de lire ce chapitre.

NB : un merci particulier à Florana et litovangel, dont les commentaires m’encouragent vraiment à terminer cette fiction.

Sur ce, bonne lecture !

__________________________________________________________

RUI

- Ran, que penses-tu qu’il va arriver à Kazuha ?

Sonoko n’avait pas détourné les yeux du remue ménage qui régnait dans le restaurant. Les autorités faisaient de leur mieux pour contenir la clientèle, mais l’épée de Damoclès menaçait de tomber d’une minute à l’autre. La police finirait par avoir à faire face à une véritable émeute si elle ne relâchait pas la population dans l‘heure qui suivait. Quand ce moment fatal arriverait, les gens s’enfuiraient littéralement, et abandonneraient Kazuha à son triste sort. Pas de preuves, pas de témoins. Est-ce qu’au moins une enquête serait ouverte concernant la disparition de leur amie ? Une boule d’angoisse lui monta dans la gorge. Alors qu’allait-il arriver à Kazuha ? Que lui arrivait-il exactement au moment où elle ruminait ses sombres pensées, incapable de lui apporter son aide. «  Kazuha, fais de ton mieux, songea-t-elle très fort. Reviens-nous vite. Reviens nous. »

Sonoko observa Ran, qui n’avait pas réagi à sa question.

- Ran, répéta-t-elle. Dis moi. Que va-t-il arriver à Kazuha, si personne ne trouve de piste ? Dis moi quelque chose.

L’inquiétude aidant, Sonoko s’était allée à s’emparer du bras de sa camarade, et à le secouer en quête d’une quelconque réaction. Une poignée de secondes plus tard, Ran clignait des paupières, puis se défaisait de son emprise.

- Excuse moi Sonoko. J’étais perdu dans mes pensées.

La lycéenne essuya, d’un revers de manche, une larme menaçant de tomber. La pression nerveuse se faisait ressentir chez chacune des deux adolescentes.

- Kazuha est mon amie. Je voudrais tellement lui venir en aide Sonoko. Malheureusement, je suis inutile. Dis moi exactement quel rôle je peux avoir dans cette histoire ? Mon inquiétude, ma culpabilité de l’avoir laissé s’absenter, rien ne pourra améliorer la situation ! Shinichi pourrait la retrouver, mais comment le contacter ? Il n’a pas son portable sur lui, et j’ignore où il se trouve. Sonoko, j’ai déjà perdu Shinichi. Est-ce que Kazuha aussi va nous quitter ? Demanda-t-elle en sanglotant. Est-ce que tous les gens que j’aime finiront par s’éloigner définitivement de moi ? C’est comme si je portais une malédiction, qui atteignait mes proches inéluctablement les uns après les autres. S’il arrivait quoi que ce soit à Kazuha, je ne me le pardonnerai jamais.

Peut-être était-ce la vue de sa propre tristesse qui se reflétait en Ran, et qui lui était insupportable à regarder en face, peut-être était-ce seulement dû à un accès de faiblesse, toujours est-il que Sonoko fut incapable de consoler son amie. Elle lui tendit un mouchoir, s’excusa, puis s’absenta vers l’autre bout du comptoir. Certes elle se sentait fautive d’abandonner Ran dans son désespoir, mais elle avait atteint ses limites. La situation était inconcevable. Eh ! Tout cette histoire relevait de la pure science-fiction ! Partir en vacance dans un village touristique, et finir par se faire kidnapper par un fou ? Avait-on déjà vu une situation plus grotesque ? Avait-on déjà vu une situation aussi désespérée ! Elle aussi avait besoin d’aide, de réconfort. Un réconfort que seul son ami Makoto aurait été en mesure de lui apporter. Il lui avait proposé de le revoir lors d’une compétition nationale, qui aurait lieu à Tokyo d’ici un mois. Ne pouvait-elle pas déplacer le rendez-vous à maintenant ? Sonoko fixa avec envie le numéro du karatéka sur son portable, pour finalement abandonner cette entreprise. Makoto était surchargé de travail, de par ses entraînements quotidiens, de par ses études qu’il menait de front avec sa vie de sportif. Il avait tout sauf besoin, d’avoir à la prendre en charge. Sonoko se promit de rester forte, et de prendre soin d’elle-même. Elle pensa tout à coup à Ran, seule à l’autre bout de la pièce. Trop polie et attentionnée, elle n’osait pas aller à la rencontre des commissaires pour avoir des nouvelles, et restait prostrée dans son coin. La culpabilité de la jeune héritière monta à son paroxysme. Son attitude envers son amie avait été d’un égoïsme effroyable. Ran n’avait pas de Makoto à qui raconter ses soucis. Son confident s’en était allé. Il ne lui restait que sa meilleure amie… qui l’avait lâchement abandonné au moment où elle requérait le plus d’attention. Prenant son courage à deux mains, Sonoko se fraya un chemin pour la rejoindre. Quand, tout à coup, elle se fit renverser. La foule, jusque là compacte s’écarta autour d’elle, ne lui laissant aucune prise où se rattraper. Sonoko roula au sol, les coudes égratignés.

- Crétin ! Regarde un peu où tu mets les pieds ? L’apostropha-t-elle.

La suite, un concentré élaboré de jurons à la limite du grossier, voire carrément vulgaire, s’éteignit dans sa gorge, alors qu’elle identifiait le responsable de sa chute. Il s’agissait de nul autre qu’Heiji. Le garçon, couvert de boue, dont les cheveux mouillés lui collaient au visage comme une seconde peau, continuait de pousser la foule sans retenue, afin de se diriger vers le fond du magasin. Une flamme d’espoir naquit en Sonoko. Si une seule personne sur ce continent était en mesure de sauver Kazuha, ce ne pouvait qu’être Heiji, et personne d’autre. Avait-il trouvé un détail important concernant l’adolescente d’Osaka ? Son cœur se mit à battre plus vite, tandis que l’adrénaline affluait dans son sang. Tout n’était peut-être pas encore perdu…

Oubliant ses blessures, elle se leva pour courir sur les talons du détectives. Elle n’était pas la seule dans ce cas. Heizô Hattori, interpellé par les cris de la lycéenne, avait également aperçu son fils traversé le restaurant. Intrigué, il laissa des directives à ses officiers, puis s’apprêtât à le rejoindre.

- Qui est sorti de ses cuisines durant les dernières heures ?

La question avait résonné dans tous les locaux, au point que Sonoko avait sursauté de frayeur. Elle parvint au cuisine, au même moment où Heiji empoignait un des chefs. Ses traits étaient défaits, et la rage se lisait aux fonds de ses yeux bridés. Retrouver Kazuha était son rôle. Il n’y avait aucune limite à sa détermination.

Face aux bégaiements de son otage, la fureur du détective monta d’un cran. Il resserra son emprise sur le col maculé de sauce.

- Qui est sorti de ces cuisines ! Tempêta-t-il. Je sais que vous couvrez quelqu’un. Alors qu’on en finisse. Donnez moi son nom !

Heiji fut tout à coup repoussé par son père, qui le jeta à terre. Les deux hommes se fixèrent avec hargne, tous deux essayant vainement de faire ployer la volonté du second. Heiji, le premier, finit par détourner les yeux. Lorsque la tension chuta, pour revenir à une atmosphère moins crépitant, Sonoko l’aida à se relever.

- Heiji, pour quelles raisons accuses-tu ces gens ? Quémanda-t-elle.

- Il est impossible que Kazuha soit sorti par l’entrée principale. Hors, le seul autre moyen de quitter le magasin est…

- La sortie de secours, conclut son père avec pragmatisme. Je comprends bien que les cuisiniers devaient être surchargés de travail, cependant, le passage de Kazuha dans leurs locaux n’aurait pas dû passer inaperçu.

Sonoko regarda les deux hommes sans comprendre.

- Excusez moi, les interrompit-elle prudemment, incertaine de la logique de son raisonnement. Seulement, cela fait bien une demi-heure que la police a investi les locaux. Si jamais un employé avait été témoin de la scène, il aurait été aller tout raconter aux forces de l’ordre. Les touristes n’ont jamais été si nombreux qu’aujourd’hui, et nous sommes dans les heures de repas. Il n’est pas dans leur intérêt de garder le fast-food fermé aussi longtemps.

- Ton argument n’est valable que pour les gérants, expliqua Heiji. Un employé recevra toujours le même salaire, quelque soit le nombre de repas servis. Ils ont d’autres priorités que d’engendrer des bénéfices.

- Lesquelles ?

Heiji et Heizô échangèrent, pour la première fois depuis des années, un regard complice. Bien que leurs caractères bougons, voire violents, avaient toujours été une entrave dans leur relation père-fils, leur passion commune concernant les enquêtes policières, et plus particulièrement leur talent de déduction, parvenaient à combler le fossé qui les séparait. Sonoko les observa tour à tour avec un air d’incompréhension.

- Protéger une tierce personne, répondirent-ils en chœur.

Puis Heizô prit les devants.

- Ce quelqu’un est d’ailleurs probablement notre coupable. Alors messieurs, dames, écoutez moi bien. Mes agents vont vous distribuer la photo d’une adolescente portée disparue. Je sais qu’elle est passée par ici. Ce que j’ignore c’est quand, et avec qui. Si vous êtes en mesure de me renseigner, vous me trouverez à l’entrée du restaurant. Merci de votre collaboration.

Heizô tourna les talons sous l’œil écœuré de son enfant. Comment ? Était-ce tout ce que le préfet allait entreprendre : demander gentiment de l’aide, puis s’en aller ? Personne ici n’allait prendre sa demande au sérieux ! Alors qu’Heiji s’apprêtait à reprendre son interrogatoire, écourté par l’intervention de son supérieur, Heizô reprit la parole.

- Ai-je omis de mentionner, précisa-t-il, dos tourné à son auditoire, que si je n’obtiens toujours pas de réponse, et ce dans les dix prochaines minutes, je ferais embarquer tout le monde pour complicité ?

Heiji, un grand sourire au lèvre, le regarda sortir.

Une poignée de minutes s’étaient écoulés lorsque les employés se décidèrent à parler. Qui exactement, Heiji n’aurait su le dire, car dans un mouvement commun, ceux-ci s’étaient tous précipités vers l’inspecteur, sans même s’interroger du regard. Lorsque Heiji entendit le nom du suspect, son cœur fit un bond dans la voiture : Hiro, comme Hiro Hayashi ! L’ex-cuisiner d’Osaka serait donc responsable du sort de Kazuha ? Un à un les témoins s’expliquèrent. Tamba Sasayama était un petit village, ici tout le monde se connaissait de près ou de loin, hors Hiro était l’ami d’à peu près toute la communauté, du moins autant que le vendeur de poterie. Il était connu, et respecté. Qui plus est, il était un de leurs plus gros clients. Inutile dans ce cas de risquer de rompre leur contrat avec l’homme, en créant des émules inutiles…

Sonoko plaqua sa main sur sa bouche. Elle-même avait eu l’occasion de débattre avec le coupable, lors d’une partie de mah-jong. Aurait-elle alors eu l’idée de qui se cachait derrière ce masque d’amabilité ? L’adolescente se tourna vers Heiji, en quête de soutien. Malheureusement, le garçon était aussi traumatisé qu’elle. Son flair de détectives lui avait fait défaut, car jamais ses soupçons ne se seraient portés sur le barman. Au bout de l’allée, Heizô gérait du mieux qu’il pouvait les divers témoignages, et encourageait chacun à se rendre au commissariat afin d’y donner leur déposition. Son regard croisa son fils, et il lui indiqua de le rejoindre à l’extérieur. Il n’était peut-être pas trop tard pour éviter le pire.

- Excusez moi… marmonna tout à coup une petite voix.

Heiji se retourna. L’intéressée était une jeune femme, d’environ vingt cinq ans. Elle était petite pour son âge, légèrement replète. Heiji nota tout de suite le peu de soin qu’elle apportait à son physique. Son visage était couvert de farine, et ses cheveux, tressés à la va-vite, étaient coincés sous un bonnet de cuisine, d’où s’échappaient des mèches éparses. Malgré tout, la jeune femme possédait un regard avenant, dévoilant douceur et naïveté. Heiji voulut l’encourager en esquissant un maigre sourire, en vain. Il était beaucoup trop désespéré, et ne cessait de se reprocher sa conduite. Kazuha n’aurait pas dû le rejoindre, et même lorsqu’elle l’avait fait, il aurait dû la repousser. Il s’y était refusé par faiblesse. L’idée de la garder à ses côtés l’avait aveuglé, au point d’oublier la menace qui pesait sur chaque membre du sexe féminin. Tout ce qu’il était en mesure de faire actuellement était de retrouver le monstre qui avait osé s’en prendre à elle.

- Mademoiselle ? L’encouragea-t-il.

- Yuri, précisa-t-elle. Je m’appelle Yuri. Je… je voulais savoir, s’informa-t-elle avec inquiétude, les victimes sont uniquement des jeunes femmes, n’est-ce pas ?

- Ne vous inquiétez pas Yuri, la rassura-t-il en posant une main sur son épaule. La police surveille les moindres recoins de cette ville. Si vous restez dans les lieux fréquentés, il n’y a aucune raison pour qu’il vous arrive quoi que ce soit.

Yuri se mordilla la lèvre, et baissa les yeux. Sonoko observa tour à tour les deux protagonistes, avant d’esquisser un sourire. Décidemment, les détectives quels qu’ils soient, étaient des amateurs en affaire de cœur.

- Laisse tomber Heiji, lui dit-elle en lui volant sa place. Je prends la relève.

Lorsque l’adolescent d’Osaka lui jeta un air interrogateur, Sonoko se sentit obligée de lui expliquer les véritables enjeux.

- Tu es aveugle ! Pesta-t-elle. Ta cuisinière ne s’inquiète pas pour sa sécurité, mais sûrement pour celle de son petit ami. Vous voulez savoir s’il risque quelque chose à rester dehors. Je me trompe ? Si seules les filles sont en danger, tant mieux, dans ce cas il est hors de portée. Cependant, si un homme pouvait aussi venir à être kidnappé, ce serait une autre paire de manches.

- Il se prénomme Rui Yamakawa. Nous ne sommes pas officiellement ensemble, souligna-t-elle tandis qu’à ses mots, ses joues se coloraient de rose. Cependant, nous devions sortir après avoir terminé notre travail aux cuisines. Il devait m’attendre… mais il n’est plus là ! Alors je craignais qu’il n’aie des ennuis.

Sonoko poussa un soupir résigné. D’une ville à l’autre, les hommes, de tous les milieux, restaient désespérément des mufles. Certains mettaient le sport, avant leur petit amie, dans la liste des priorités, d’autre traitaient leur amie d’enfance d’idiote, ou encore, une dernière catégorie prenait plaisir à s’évaporer dans la nature, comme Shinichi et Rui. Ces deux là ne se préoccupaient pas des sentiments d’une fille éplorée qui les attendait, ils devaient juste prendre du bon temps avec une fille facile, ou s’être pris dans les filets d’une sakura !

De son côté, Heiji prit note de la disparition du cuisiner, sans toutefois y attacher une grande importance. La conversation fut écourté par la venue de deux policiers venus emmener Heiji à l’auberge, où l’on y avait retrouvé le suspect. Néanmoins, après avoir fouillé les locaux, il n’y avait toujours nulle trace de Kazuha.

Les deux adolescents prirent congé de la cuisinière, non sans toutefois que Sonoko lui conseille de «  laisser tomber le lousard » selon ses termes.

- Que va-t-il se passer maintenant ? S’enquit Sonoko en se ramenant à la hauteur du détective.

Heiji haussa un sourcil devant cette aide imprévue, mais s’en accommoda. Sonoko n’avait aucune expérience du terrain, toutefois elle était l’amie de Kazuha, au contraire de tous les policiers présents. Son amitié était une assurance de sa bonne volonté.

- Hiro Hayashi occupe une chambre à l’hôtel. La police va aller y perquisitionner. Retrouve moi là-bas avec Ran et restez-y en attendant mes directives.

- A vos ordres, chef ! S’exclama-t-elle en effectuant le salut militaire.

La jeune fille avait retrouvé le sourire. «  Kazuha, nous avons une piste, songea-t-elle ardemment, d’ici peu de temps, nous te retrouverons. Quant à ton agresseur, il n’a qu’à bien se tenir. Je ne suis pas la petite amie de Makoto pour rien ! »

 

Au même instant à Tokyo…

La femme s’arrêta au rayon alcool du convenience store, les yeux posés sur une bouteille de Gin. Voilà longtemps qu’elle espérait mettre la main sur cet homme, mais plus le temps passait, plus ses chances s’amenuisaient. Elle désespérait d’anéantir l’organisation. Ce serait un miracle, selon elle, si jamais elle obtenait un quelconque avancement dans l’enquête dans les jours qui suivaient ! Après avoir fini ses achats, avoir réglé le montant ( pas en dollars, comme elle en avait si souvent l’habitude du fait de son origine américaine, mais en yen), la professeur d’anglais coinça ses achats entre son bras et son côté droit, puis fila droit dans son appartement. Il pleuvait des cordes en ce début d’après midi. La seule raison qui l’avait poussé à sortir était l’appel de la faim devant un frigo vide. Elle avait été trop occupé par des filatures pour penser à faire les courses.

Elle monta l’escalier de son immeuble, et sortit ses clés. Son appartement était un mélange de style asiatique et américain. Alors qu’elle sortait de son sac un plat tout préparé, qu’il ne lui restait plus qu’à cuire au micro-onde, la sonnerie de son téléphone s’enclencha. L’américaine alluma le haut parleur, tout en débouchant un bouteille de bière.

- Moshi moshi, Jodie St Emilion au téléphone.

En reconnaissant la voix de son Cool Guy, l’inspecteur Jodie cessa toute autre activité. Elle porta le combiné à son oreille. Son attention était focalisée sur les propos du détectives. A mesure qu’elle comprenait l’ampleur de la situation, elle sentit son front se plisser sous l’effet de l’inquiétude. Comment des vacances à la montagne avaient-elles pu dégénérer en catastrophe majeure ?

- Drôle de miracle, pensa-t-elle tout haut.

- Inspecteur Jodie ?

- Non, ce n’est rien cool guy. Comment se prénomme le second homme déjà ?

- Mark Miles, alias Malibu. Mais je crois qu’il s’agit une fausse piste. Ce ne peut-être qu‘un nom d‘emprunt, tout comme Yuki Hakusuisha.

- Tu dois avoir raison, cool guy. Mais ne négligeons aucune piste. En attendant, voilà ce qu’il convient de faire : appelle Ran et Sonoko, ordonne leur de préparer leur valise sur le champ. Dans moins d’une heure, un homme les attendra aux portes du village Tachikui, dans une décapotable grise. Cet agent les emmènera en sécurité. De mon côté, je me charge de tes proches restés à Tokyo.

A l’autre bout du fil, le souffle de Conan s’accélérait. Son pire cauchemar devenait réalité.

- Que va-t-il se passer à présent ?

- Puisque Gin a découvert que tu es toujours en vie, ainsi que ta correspondance avec Ran, il va vouloir t‘atteindre à travers elle. Heureusement, il n’y a aucune preuve pour qu’il aie deviné ton changement d’état, cependant il serait plus sage que tu t’éclipses un moment. Tu vas devoir intégrer le dispositif de protection des témoins.

- C’est hors de question, tempêta le garçonnet, qui s’attira le regard médusé de Hiro lavant son comptoir : Kazuha a disparu, Heiji est à sa recherche. Il n’a pas le temps de s’occuper de la seconde enquête. De plus il est hors de question que je fuis devant Gin. Les hommes en noir ne sont pas en vacance ! Ils ont forcément une bonne raison de séjourner à Tamba Sasayama !

- C’est-ce que le FBI va découvrir, affirma Jodie. En attendant, je te retire de cette affaire Kudo. Tu m’entends ? Je t’interdis de t’approcher de ces hommes ! Dans moins d’une heure, un agent va vous ramener, et nous allons pister Gin. Tout va bien se passer… Cool Guy, tu es toujours là ? Conan ! S’écria-t-elle au téléphone.

Seule la tonalité lui répondit. Conan avait raccroché.

A l’autre bout de la salle, Hiro finissait de laver les verres.

- Eh petit, l’interpella-t-il, c’est vrai que Kazuha a disparu ?

Conan hocha la tête, l’air dépité. Puis il passa un nouveau coup de fil.

________________________________________________________________

Ran poussa un soupir de soulagement lorsque les policiers se décidèrent à rouvrir les portes. Une masse compacte de touristes, vêtus d’un ensemble hétéroclite de vêtements disparates dont les teintes vives choquaient sous les tontes grisâtres de l’extérieur, s’agglutina au dehors, malgré la fine bruine qui s’abattait sur les toitures. L’atmosphère devint alors moins pesante, et l’angoisse qui oppressait son cœur se desserra légèrement. La libération des « otages » signifiait-elle que les forces de l’ordre avait mis le doigt sur une piste intéressante ? Si tel était le cas, Ran espérait qu’il n’était pas trop tard pour venir secourir son amie.

- Faites que Kazuha soit saine et sauve, supplia-t-elle silencieusement. Faites qu’Heiji la retrouve.

Elle ramena un tabouret, laissé sur le côté gauche du comptoir, et s’y assit. Sa prière allait-elle être entendue ? Kazuha lui serait-elle ramenée ? L’envie lui prit d’appeler Shinichi à la rescousse, après tout il n’y avait pas mieux que lui comme détective ! Néanmoins elle renonça immédiatement à cette idée : le portable de Shinichi était dans sa poche, elle n’avait aucun autre moyen de le contacter. Au même moment, son téléphone reçut un appel inconnu. Son cœur fit un bond dans sa poitrine lorsqu’elle reconnut la voix du destinateur, elle n’était autre que celle de son ami d’enfance.

- Shinichi ! S’exclama-t-elle, mais personne ne l’entendit au milieu du vacarme ambiant, Shinichi, viens vite. Kazuha s’est faite enlever. La police n’a aucune piste…

- Heiji s’occupe déjà de l’affaire, la coupa-t-il avec sérieux. Ran, où sont les deux hommes avec qui tu as déjeunée ?

L’adolescente se trouva fort étonnée : comment pouvait-il savoir ce qu’elle faisait, et avec qui ? Elle se promit de lui demander des explications, mais laissa cette décision pour plus tard. Son ton était beaucoup trop autoritaire et tendu, pour qu’elle ne lui réponde pas sur le champs.

- Gin et Malibu ont quitté le restaurant il n’y a pas longtemps. La police les a laissé partir puisqu’ils n’ont pas quitté leur table une seule fois. Ils n’ont rien à voir avec cette histoire. Je crois les avoir entendus parler d’une pièce de théâtre sur la malédiction du samouraï. Tu sais Shinichi, l’un d’eux te connaissait. Il se demandait même comment tu te portais. Apparemment il n’y a pas que moi que tu évites ces derniers temps… marmonna-t-elle en fin de phrase.

Le détective ne l’entendit pas. Il était trop pressé pour y prendre attention.

- Ecoute moi bien, Ran, continua-t-il. Ce serait trop long pour tout t’expliquer, cependant, les hommes que tu as rencontré sont mêlés à une de mes enquêtes. Ils sont très dangereux et en ont après moi. Tu ne dois plus t’approcher d’eux.

- Shinichi, je… commença Ran.

Mais elle fut une fois de plus, coupée dans son élan.

- S’il te plaît, Ran. Fais un effort pour écouter jusqu’au bout. Je te le répète, on n’a pas le temps pour plus d’explications. Sonoko et toi vous êtes en danger. Je vous demander de préparer vos bagages et de vous diriger vers le village voisin sur le champ. Un homme en décapotable grise vous y attendra dans une heure. Fais vite.

- Je ne peux pas partir sans Conan !

L’amour filial qu’elle éprouvait pour le garçonnet rendait le départ plus difficile qu’il ne l’avait escompté. Shinichi lui avait confié qu’elle, et ses amis, n’étaient pas en sécurité dans ce village. Comment, dans ce cas, pouvait-elle raisonnablement partir sans l’enfant ? Conan ferma les yeux, puis prit une longue bouffée d’air. Il allait une fois de plus lui mentir pour sa sécurité :

- Conan est en ce moment même avec moi. Il ne risque rien, insista-t-il. Quant à toi, pars au plus vite. Surtout obéis bien à l’homme qui va t’emmener. Il veillera à ta sécurité. Fais moi confiance !

Ces quelques mots eurent le pouvoir de convaincre la jeune fille. Conan la sentit se calmer à l’autre bout de la ligne. Il en resta ébahi : après tous ces mois d’absence, elle était prête à le croire encore ! Malgré tout, Ran s’apprêtait à répondre lorsque à l’autre bout de la ligne un bruit de verre explosé éclata brusquement. Conan raccrocha précipitamment.

- Shinichi ! Cria-t-elle en vain.

Des larmes d’inquiétude et d’incompréhension lui montèrent aux yeux. Une chape d’angoisse lui nouait le ventre. Que s’était-il passé ? Qu’allait-il arriver à Shinichi ? Était-il encore en vie ? Elle essuya ses larmes d’un revers de manche. Elle ne pouvait rien faire en cet instant pour lui venir en aide. La seule chose à faire était d’obéir, d’aller se mettre en sécurité. Afin qu’en plus de tous ses problèmes, Shinichi n’ait pas à se préoccuper de sa sécurité.

- Ben, tu en fait une drôle de tête, remarqua Sonoko après l’avoir rejointe. Ce devrait plutôt être à moi de pleurer, après avoir été projetée au sol par Heiji. Ce type est mignon, mais à un caractère de cochon ! Plaisanta la jeune fille. Qu’est-ce que tu fais !

Sans prévenir, Ran lui avait attrapée le bras, et la tirait vers la sortie. Arrivée dans la rue, l’héritière tira d’un coup sec sur son bras, afin de se libérer.

- Ran, tu es folle ou quoi ?

Sa meilleure amie l’obligea à se calmer.

- Shinichi vient de m’appeler, lui apprit-elle. Yuki et Mark sont des criminels, recherchés par Shinichi. C’est lui-même qui m’a prévenu. Nous devons partir. MAINTENANT !

- Qu’en est-il de Kazuha ? L’interrogea Sonoko, qui se sentait coupable du sort de son amie. On ne peut pas l’abandonner ainsi. Les policiers ont trouvé le coupable. Il n’empêche qu’on ne devrait pas rester les bras croisés. J’ai déjà proposé mon aide à Heiji.

- Des professionnels sont sur l‘affaire, rétorqua-t-elle avec aplomb, il n’y a rien de plus que nous puissions faire à son égard. Shinichi a été clair sur le sujet. Gin et Malibu n’ont pas connaissance du lien qui unit Heiji et Kazuha d’avec lui. De son côté, Conan est déjà en sécurité. Il ne reste plus que nous deux…

- Attends trois secondes, la pria l’héritière. Parce que j’ai en général un bon niveau d’adaptation, mais là tu me prends au dépourvu.

Celle-ci se prit son front entre les mains, puis se massa doucement les tempes en des mouvements circulaires. La situation lui échappait. Quelqu’un décidait de la marche à suivre sans même la consulter ! Elle voulait répliquer, riposter qu’elle était maîtresse de son avenir, pro-féministe de surcroît, et qu’aucun détective, aussi beau et doué soit-il, n’avait le droit de s’arroger son contrôle. Makoto aurait pu avoir son mot à dire, certes, malheureusement, il n’était pas à ses côtés. Donc, incapable de lui porter secours.

Sonoko soupira. Elle connaissait la bonne marche à suivre, pourtant répudiait à l’accepter. Elle leva le yeux vers Ran, qui patientait d’un air perplexe. De son côté, elle tâchait de faire de son mieux pour cacher sa détresse : Shinichi était peut-être mort à l’heure qu’il était. Autrement, pourquoi la ligne se serait-elle coupé après ce bruit, semblable à celui d’une vitre brisée ? Sonoko la tira de ses préoccupations morbides

- Qu’est-ce qu’on attend ? S’enquit-elle, avec un sourire factice - il n’avait d’autre but que de rassurer Ran. Je ne veux pas prendre racine dans ce village ! Prenons nos affaires et partons au plus vite.

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Heiji parvint à l’entrée de l’hôtel au moment où deux officiers passait les menottes à Hiro. Peu de temps auparavant, le barman s’employait à ramasser les débris d’un verre qu’il venait de faire tomber par inadvertance, et voilà que les agents de l’ordre lui répétait de ne pas faire «  obstruction à la justice » ! L’homme, scandalisé, ne cessait de clamer son innocence à grand renfort de coup dans les airs. Sa rage s’estompa lorsque ses yeux rencontrèrent la silhouette d’Heiji. Un sourire naquit sur ses lèvres, reflet du soulagement qui naissait en lui. « Heiji était l’enfant d’un préfet, non ? Détective de surcroît. Le piot trouverait forcément un moyen pour annuler les charges qui pesait contre lui. »

- Tu tombes pile au bon moment ! Lui annonça-t-il en secouant ses chaînes. Ces poulets et moi, décidemment, ne parlons pas le même langage. Si tu pouvais nous servir de traducteur, rajouta-t-il précipitamment, en lui faisant un clin d’œil.

Son comportement jovial n’atténua en rien la haine d’Heiji à son égard. Plus qu’à un autre, c’était au vieux barman issus des quartiers populaires d’Osaka, sa ville natale, qu’Heiji avait choisi de mettre sa confiance, parmi tous ceux qu’il avait croisés à Tamba Sasayama. L’idée qu’Hiro puisse être impliqué dans l’enlèvement de Kazuha le rendait furieux. Il fixa un instant Hiro, à demi-agenouillé sous la pression de ses geôliers qui tentaient de le contrôler. Ses points restaient désespérément crispés. Tout à coup, une tierce personne s’immisça dans la scène. Il s’agissait de nul autre que la gérante, Ren Ishikawa.

- Puis-je savoir ce qui se passe exactement ici ? S’emporta-t-elle. Vous êtes dans une propriété privée. Vous ne pouvez pas vous permettre d’agir comme bon vous semble ! Pensez un peu à ma clientèle. Que va-t-elle penser d’un tel remue-ménage !

Ses yeux se déposèrent alors sur le corps prostré d’Hiro, agenouillé sur le parquet. Elle l’observa, interdit, avant d’interroger d’une question muette les deux policiers. Aucun d’eux ne choisit de répondre. Dans un si petit village, tout le monde devait se connaître plus ou moins. L’idée d’arrêter Hiro, en public, devait leur être tout aussi désagréable que le fait d’assister à ce spectacle du côté de Ren. Quand la jeune hôtelière remarqua la présence de son employé, Heiji, elle se précipita à sa rencontre.

- Je ne comprends pas ! Je ne comprends pas, répéta-t-elle en dardant sur le lycéen un regard affolé. Votre travail est d’arrêter un kidnappeur. Pourquoi jetez-vous votre dévolu sur mon barman. Cela n’a aucun sens !

Heiji refusa de rencontrer son air accusateur. Il détourna son visage, comme pour admirer le tableau, au dehors, des bambous secoués par les rafales. La vérité avait été difficile à accepter dans son cas. Pourtant, il ne connaissait Hiro que depuis une poignée de jours. Ils n’étaient pas proches. Comment réagirait Ren, alors que tous deux travaillaient ensemble depuis des années ? La possibilité qu’il soit coupable, du point de vue de la gérante, devait tout simplement être impossible à envisager. Néanmoins, elle aurait à y faire face. Heiji se racla la gorge, avant d’annoncer :

- Des témoins affirment avoir vu Kazuha et Hiro partir ensemble. En fait, Kazuha semble être la nouvelle victime du « samouraï », expliqua-t-il en désignant Hiro.

- UN INSTANT ! S’emporta l’intéressé. Je ne suis pas impliqué dans vos histoires, vous m’entendez ? C’est vrai que j’ai croisé la petite. Nous sommes peut-être sortis à peu près en même temps, mais mon implication s’arrête à ce stade. Car, en dépit de ce que vous affirmez, nous avons pris des chemins différents. Je suis allé poser mes marchandises dans l’arrière salle de l’hôtel, tandis que votre protégée est allée feuilleter des livres à la bibliothèque. Peut-être a-t-elle vraiment disparu, à moins qu’elle ne se soit justement là-bas. J’espère bien que vous êtes allé vérifier avant de m’accuser !

- C’est chose faite, affirma une voix dans le dos d’Heiji.

L’adolescent se retourna. Son père se tenait au centre d’un cercle d’officiers en uniforme. Il tenait dans sa main un sachet de preuve, dans laquelle se trouvait un ruban rouge. Le ruban rouge. Le cœur d’Heiji s’emballa lorsqu’il en reconnut le propriétaire. Kazuha était passée à la bibliothèque ! Un instant, l’espoir de l’y retrouver submergea le garçon, avant qu’une évidence ne ramène l’ordre dans son esprit : ce n’était pas un hasard si le ruban était emballé. Dans le jargon policier, on appelait cela une preuve à conviction.

Preuve qu’il y avait eu crime.

Le préfet resta indifférent à la réaction de son fils. C’est d’un ton calme et posé qu’il reprit :

- La victime Kazuha Toyama a été vue pour la dernière fois à une heure de l’après-midi, dans les cuisines d’un fast-food food, en la compagnie de Hiro Hayashi, que voici. Madama Ishikawa, je suppose qu’il est inutile que j’aille chercher un mandat pour arrêter votre barman, et fouiller ses effets personnels ?

La jeune femme s’accroupit au niveau de son employé. Son visage était ravagé par les larmes.

- Ren, je te jure que je suis innocent. Tu dois me croire. Ils n’ont rien contre moi.

Elle lui serra la main, et esquissa un sourire maladroit. Le croire ? C’était une évidence dans son cas. Elle avait grandi avec sa présence. Hiro s’était même avéré dans certains cas plus compréhensible que ses propres parents. Sans son aide quotidienne dans la gérance de l’hôtel, la propriété familiale aurait fini entre les mains de Nao Kaneda, ou d’un autre homme d’affaire. Elle avait plus confiance en lui, qu’en elle-même.

- Tu as raison, répondit-elle. Ils n’ont rien contre toi. Parce que tu ne t’es absenté que très peu de temps. A 13h10 tu étais déjà là, et tu étais tout seul, souligna-t-elle à l’adresse du préfet.

- Pouvez-vous le témoigner ? Intervint Heizô. Avez-vous vu de vos propres yeux le suspect, non accompagné, à l’heure dite.

Ren, reprenant espoir, lâcha la main d’Hiro pour se relever. Aucune faille ne transparaissait dans sa voix.

- Je le jure ! Hiro était dans la succursale, derrière le bar, en train de ranger les conserves. La porte était fermée, néanmoins je peux affirmer qu’il y était.

- Puis-je savoir comment ? S’enquit le préfet avec de nouveau cet air de suspicion qui lui faisait dresser ses sourcils d‘une manière étrange. Ecoutez, c’est très généreux de votre part de vouloir le protéger. Seulement, si vous mentez, vous risquez d’être jugés pour complicité. Vous en êtes consciente ?

- Mais je ne mens pas ! S’exclama-t-elle avec hargne. La porte d’accès du débarras est en papier japonais. Les rayons du soleil filtrent au travers. Or cela fait des années que j’y ai vu, à travers, la silhouette d’Hiro. Vous m’excuserez donc, mais j’ai peu de chance de me tromper. Quant à vos insinuations, monsieur le préfet, je vous conseille de ne plus les proférer de vive voix. Ce n’est pas parce que je connais Hiro depuis longtemps, que j’ai choisi de lui faire confiance. Au contraire, c’est parce que je peux lui faire confiance, qu’il fait partie intégrante de ma vie depuis si longtemps. Je ne m’entoure que d’hommes de valeurs.

Sa remarque ne sembla pas atteindre le commissaire, qui resta de marbre. Lorsqu’il claqua des doigts, les officiers relevèrent Hiro pour le conduire vers la sortie. Ren, outrée, s’apprêtait à intervenir, lorsque Heizô la coupa dans son élan.

- Votre confiance a beau être indéfectible, apprenez madame que mon travail nécessite d’avantage que de simples sentiments. Des preuves, j’ai besoin de preuves qui blanchiraient définitivement votre employé. En attendant, je me permets d’arrêter monsieur Hiro Hayashi, en tant que principal suspect pour une affaire d’enlèvement, voire d’homicide si jamais la victime resterait introuvable. Si jamais vous souhaiteriez encore témoigner réflexion faite, je reste à votre entière disposition.

Quand deux policiers ouvrirent la baie vitrée pour y laisser passer l’accusé, la nature déclara son désaccord à travers le premier éclair. Le tonnerre s’abattit sur la colline voisine. Une poignée de secondes plus tard, la foudre éclaira d’un halo ambré les bois alentours. L’ombre des troncs d’arbres centenaires s’étirèrent dans le ciel couvert. Un étrange trouble envahit la poitrine d’Heiji, sous les protestations à demi recouvertes pas le tonnerre d’Hiro. Malgré la poigne de ses geôliers, le barman ne cessa d’accuser un coup monté. Une telle détermination créa le doute chez Heiji.

- C’est une erreur judiciaire, assurait-il le long de l’allée qui le menait à la voiture de police. Vous vous trompez d’homme. Allez parler au Yamakawa. Ce sont eux les cerveaux de l’histoire !

Qui irait prêter attention aux élucubrations d’un suspect ? Hiro pouvait continuer de parler, nul ne lui prêta attention parmi le cercle confiné des agents. Finalement, Heizô le contraignit à s’installer à l’arrière du véhicule, puis se retourna, étonné de l’absence de son fils. Il le repéra, immobile face à la devanture de l’hôtel.

- Tu ne viens pas ? S’étonna-t-il.

Heiji choisit de ne pas répondre. Quelque part dans son esprit, la pièce manquante d’un puzzle gigantesque venait d’apparaître, et emboîtait parfaitement deux morceaux complémentaires.

Yamakawa. Comme dans Rui Yamakawa, le cuisiner disparu ?

 


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