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Detective Conan



Les Disparues De Tamba Sasayama
[Histoire Terminée]
Auteur: hello-kitty Vue: 1649
[Publiée le: 2008-07-10]    [Mise à Jour: 2008-12-24]
AP Suspense/Action-Aventure/RomanceCommentaires: 34
Description:
C'est la golden week. Kazuha espère passer ses vacances au côté d'Heiji, malheureusement le garçon a d'autres projets. Celui-ci s'en va dans l'arrière pays, dans un antique village médiéval. Il espère élucider les étranges disparitions de jeunes filles qui se produisent tous les dix ans...
Crédits:
Aucun personnage issu du manga détective conan ne m'appartient. Qu'ils soient des personnages principaux, ou simplement cités : Kazuha, Heiji, Ran, Shinichi/Conan... sont la propriété de leur créateur Gosho Aoyama. En ce qui concerne tous les habitants de Tamba Sasayama, ces personnages proviennent de mon imagination et ne sont pas présents dans le véritable manga Détective Conan, tout comme les différents lieux cités. Ils sont propres à ma fan fiction.

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Dispute de couple

[4427 mots]
Publié le: 2008-08-05Format imprimable  
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DISPUTE DE COUPLE

La nuit était tombée sur Tamba Sasayama. Une myriade d'étoiles piquetait le ciel noir d'encre, où l'on devinait les formes arrondies des collines. Kazuha, attablée à côté de Sonoko, regardait ce paysage, de derrière une fenêtre du restaurant. Au loin, elle aperçut l'ombre alambiquée du château : ce n'était que, blocs de pierre éboulés au pied d'immenses tours, cernées par des statues médiévales, vieux corbeaux de marbre, à demi effondrés sous une fenêtre. Pourtant, l'édifice dégageait une aura de magnificence qui ne manquât pas de l'éblouir. Presque aussitôt, elle retint à grande peine un soupir de déception : elle aurait tant aimé visiter le château avec Heiji. Malheureusement, le bâtiment était en trop piteux état pour qu'il puisse être ouvert au public. Qui plus et, son propriétaire, quel qu'il soit, n'avait aucune intention d'effectuer des rénovations dans l'immédiat.

Aussitôt, la jeune fille devint morose : Heiji. Son ami s'était montré très jovial après la visite guidée. Sa bonne humeur avait fait sourire Kazuha, quand bien même, il avait refusé d'évoquer ce qui le rendait ainsi. L'adolescente avait contenu sa curiosité du mieux qu'elle avait pu, dans l'intention de l'interroger dans la soirée. Cependant le lycéen ne lui en avait pas donné l'occasion : à peine étaient-ils rentrés à l'hôtel qu'Heiji s'était calfeutré dans leur chambre. Il n'en était pas sorti depuis ce temps, pas même pour dîner.

Kazuha maugréa. N'était-ce pas ce même détective, enfermé dans sa pseudo forteresse de solitude, qui avait juré de ne pas la quitter des yeux, et ce tout au long du séjour ? " Décidemment, songea-t-elle, Heiji oublie bien vite ses promesses... "

A l'évocation de leur conversation du matin, Kazuha ne put s'empêcher de rougir. Elle cacha son trouble en s'intéressant à la conversation de ses compagnons de route : Ran, Conan, ainsi que Sonoko.

- Les villageois ont tout prévu à notre intention, leur expliquait Ran à ce moment, en s'appuyant sur les dires de brochures touristiques. Des feux d'artifice, un grand banquet le soir, une loterie, des manèges... Ils ont même prévu la reconstitution de la légende du samouraï avec une fin inventée de toute pièce par le dramaturge. Il s'agit d'un bunraku (théâtre de marionnettes né à Osaka) inédit. J'aimerai beaucoup y assister, leur confia-t-elle avec espoir, ses yeux bridés brillant d'excitation. La pièce se joue à 15h dans une succursale du musée, on pourrait tous s'y retrouver, quand pensez vous ?

- Pourquoi pas, ronchonna Sonoko, les coudes posés sur la table.

Au contraire des autres, elle avait passé une après-midi détestable. Chacun était parti, sans demander son reste, et l'avait abandonnée avec son sentiment de frustration. L'héritière avait pourtant tenté de se divertir sans eux. Dans ce but, elle avait cherché, en vain, Mark Miles. Malheureusement pour elle, l'étranger s'était littéralement évaporé de l'hôtel. Hiro Hayashi l'avait vu se faufiler dans un groupe de français, qui s'apprêtaient à participer à une visite guidée. Sonoko avait tenté de la rattraper, pour finalement se résigner. Le jeune homme avait beau être très élégant, avec des yeux à accélérer les battements de votre coeur, il n'en restait pas moins quelqu'un de très étrange. Son sérieux, et son calme lui donnaient l'image d'un prédateur. Finalement, elle avait accepté une partie de Mah-jong avec les vétérans des deux villages de Tamba Sasayama et Tachikui. Les habitants avaient pour habitude de se défier depuis des générations.

Ran était désolée pour sa meilleure amie. Il n’avait pas été dans ses intentions de la laisser toute seule, cependant elle s’était laissée emportée au loin avec Conan. Elle aimait les moments passés à ses côtés. En réalité, la jeune lycéenne était toujours persuadée de sa double identité. Dans ce sens, toute minute ensemble lui paraissait des moments essentiels, une façon d’être avec Shinichi. Quand bien même, elle était triste pour Sonoko, elle ne parvenait pas vraiment à regretter. Elle appréciait trop ses têtes à tête avec l’enfant. Elle fit donc mine de ne pas remarquer le peu d’entrain que Sonoko lui avait manifesté.

-Et toi, Conan, s’enquit-elle, tu veux venir ?

- J’adore les marionnettes ! s’exclama-t-il, debout sur sa chaise.

Malgré tout, Conan parvint mal à cacher ses véritables émotions. Tout comme Heiji pour Kazuha, il s’était fait un devoir de protéger l’élue de son cœur. Cependant, il restait avant tout un détective. Au plus il passerait du temps avec Ran, au moins il aurait du temps à consacrer à cette enquête, quitte à avoir une mort sur la conscience. Un instant, l’enfant se senti submergé. Jamais encore, il n’avait eu à faire face à un tel dilemme. Depuis leur rencontre, il savait pertinemment qu’il finirait ses jours avec Ran. Elle comptait énormément à ses yeux, plus qu’il n’était capable de l’expliquer. Mais l’était-elle suffisamment pour entraver sa raison de vivre ? Les enquêtes étaient sa passion, aussi associait-on toujours Shinichi Kudo et détective. Alors, était-il prêt à sacrifier sa carrière pour la jeune femme ? Personne n’avait remarqué son trouble. Conan serra les dents. Pour la première fois de sa vie, il n’avait aucun plan à proposer pour résoudre ses soucis. Aussi il fit de son mieux pour s’afficher une contenance. Autour de la table, la conversation continuait.

- J’ai déjà vu beaucoup de bunraku, mais jamais ce scénario. Dommage que le dramaturge ne soit pas le célèbre Chikamatsu Monzaemon, plaisanta-t-elle.

- Tout de même, songea Kazuha à voix haute – jusque là, elle avait manifesté peu d’intérêt à la discussion- vous ne croyez pas que le spectacle puisse attirer le mauvais œil ? Je ne sais pas ce qu’il se passe réellement au village, mais lors de la visite guidée, on nous a parlé du meurtre qui a découlé de la légende. Il existe réellement une malédiction. D’habitude, les intrigues des pièces sont totalement fictifs comme Sonezaki (histoire : le suicide amoureux entre une prostituée et son amant), tandis qu’il y a vraiment un samouraï ayant égorgé une femme, dix ans plus tôt !

- Ne crois pas à ces balivernes, la conseilla Sonoko. Ce ne sont que des superstitions !

Conan ne put que l’approuver. Il était bon qu’au moins une d’elles garde les pieds sur terre.

- Sonoko, insista Ran, peut-être que le samouraï n’est pas réel, mais il y a quand même eut un meurtre.

- C’est donc qu’il y a un assassin en liberté, concéda l’héritière. Mais des crimes impunis, il en existe partout dans le monde, et leurs auteurs ne vont pas te tuer, simplement parce que tu t’es rendue à une stupide pièce. A sa place, continua Sonoko en se penchant en avant, je m’en prendrais plutôt aux fouineurs.

- Fouineurs ? répéta Ran, sans trop comprendre où son amie voulait en venir.

De son côté, Kazuha semblait avoir saisi le sens de ses propos. Son visage avait brusquement pâli, et donnait l’impression que son sang venait de la quitter. Elle déglutit avec peine.

- Le fouineur, c’est Heiji, n’est-ce pas ?

- Heiji, ou même Shinichi s’il était venu avec nous. Ces détectives de pacotille se croient invincibles. N’empêche que face à un fou avec un katana, ils ne pourront pas faire grand-chose !

- SONOKO ! la réprima Ran.

Mais le mal était fait. Une boule d’inquiétude s’était nichée dans l’estomac de leur amie, et l’air lui manquait. Heiji allait toujours au devant des ennuis. Sonoko avait complètement raison sur le risque qu’il encourait.

- Kazuha, ne t’en fais pas, Heiji sait se défendre, la réconforta Ran. Il est malin. Dans ce cas, il ne peut rien lui arriver.

Mais Kazuha n’écoutait qu’à moitié. Elle venait de se souvenir du talisman, laissé au fond de sa poche. Elle s’en empara, puis quitta la table. Si Heiji voulait continuer à faire sa tête de mule, quitte à être agressé, c’était d’accord. Cependant, il était hors de question qu’il sorte enquêter sans sa nouvelle amulette.

Le soir était tombé au milieu des collines, où se nichait le village. L'après-midi avait été consacré aux premiers préparatifs de l'éclipse. L'évènement était d'une importance primordiale pour le commerce régional depuis une dizaine d'années. Les artisans n'avaient donc pas le droit à l'erreur, sous peine de voir leur ville sombrer dans l'oubli. C'est pourquoi, rien n'avait été laissé aux hasards. Ce début de préparatifs avait été consacré aux répétitions des troupes de théâtres itinérantes, ou à celle des enfants, qui allaient danser en petit groupe sur l'allée principale, ou entonner des chants régionaux au sein de la chorale.

Des banderoles, des longues guirlandes de fleurs en papier mâché, se balançaient sous la brise estivale. Quelques lampions étaient pendus sur les balcons, ou à l'extrémité des gouttières. Malheureusement ses sources de lumière étaient insuffisantes pour être d'un grand secours lors du Jour J. Heiji aurait préféré que, tout comme à Kawaramachi Tsumarai illuminées par des lampadaires, le reste de Tamba Sasayama ne sombre pas dans les ténèbres à l'heure fatidique.

Pendant que Kazuha, Ran, Sonoko et Kudo dînaient dans la salle à manger, le détective d'Osaka était attablé au bureau de sa chambre. Une lampe, en bois verni rouge, illuminait une feuille, sur lequel il avait inscrit les derniers écrits de la courtisane. Il était convaincu que ses phrases relevaient d'avantage d'une énigme, que des pensées d'une femme, éteinte des siècles auparavant. Il avait besoin de se raccrocher à ce maigre espoir, afin de ne pas céder à la colère et à la frustration, qui menaçaient de le submerger à chaque instant. L'angoisse s'était emparée de lui, petit à petit, alors qu'il rentrait de sa sortie avec Kazuha. Il avait senti l’excitation qu’il avait éprouvée lors de la visite s’estomper lentement, alors que la vérité se faisait une place dans son esprit, et le rappelait à la réalité. A son arrivée à l'hôtel, Heiji n'avait plus eu envie de sourire du tout. Tandis que sa camarade s'était époustouflée devant les prémices d'une fête à laquelle elle allait assister pour la première fois, impatience et excitation transparaissant dans chacune de ses mimiques, il ne s'était pas allé à contempler son épanouissement, comme il le faisait de coutume. Il avait été bien en peine de laisser de côté la tension, qui lui nouait les épaules.

Depuis lors, ses pensées n'étaient qu'un engrenage rouillé, qui tournait sans relâche dans l'attente du déclic. Ce fameux déclic qui l'amènerait à résoudre son affaire. Cependant, rien ne venait, et quelque part, les grains d'un sablier continuaient de s'écouler, et le rapprochaient peu à peu de l'issus fatal.

 

Derrière le visage lisse de la porcelaine d'acier,

Tu cherches encore à déposer l'encre sur le papier vierge

Et t'approprier les écrits convoités.

Puisque ton dévolu sur mon coeur a creusé ta tombe,

Que ton ombre se rende, à ta place, au pied de l'arbre du bout du monde,

Dont la cime barre l'entrée de ma ville natale,

Et le million de soleil remplace la lune à peine éteinte.

Car c'est en ce lieu que ta quête s'achèvera, assassin inconnu.

Enfin une courtisane t'apportera ce que tu cherches ici bas.

Et la malédiction s'achèvera.

 

Les yeux du détective glissèrent, une fois de plus, sur les idéogrammes, en quête d'une hypothétique illumination. Lui, Heiji Hatori, détective lycéen ayant fait ses preuves à de nombreuses reprises, fils du préfet d'Osaka, était incapable d'assimiler la portée finale de ce message ! Évidemment, il s'était retrouvé trop de fois en face de codes, d'énigmes en tout genre, pour ne pas déceler quelques mystères.

Il avait deviné la démarche de Nao Kaneda dès le départ, et avait pris note de ses paroles. La femme avait simplement abusé de toute la mystification qui s'était enracinée autour du village avec sa malédiction, pour donner des directives. Elle avait, dans ce but, mélangé ordre à un destinataire inconnu, et références à la légende du samouraï, notamment par l'emploi de termes explicites comme le " fantôme ", ainsi que par le biais d'un vocabulaire plus élaboré. Heiji avait longtemps douté quant au sens de la première ligne, pour finalement la relier à la courtisane : le " visage lisse de porcelaine " reflétait tour à tour sa jeunesse, ainsi que la blancheur de sa peau, un teint de craie étant courant chez les geishas. En effet, dans les sociétés asiatiques, au contraire de la culture occidentale qui privilégiait un teint hâlé, la pâleur de l'épiderme était un signe de beauté. Quant à l'oxymore de la porcelaine d'acier, l'adolescent avait ramené cette figure d'opposition au contraste qu'incarnait la courtisane : derrière une apparence fragile se cachait un esprit dur et calculateur.

Dans l'extrait, le samouraï souhaitait posséder la femme en devenant le dépositaire de ses souvenirs, comme le laisser sous-entendre le " papier vierge ". Heiji avait longtemps peiné devant cette étude. Il était loin d'exceller dans les matières littéraires, il laissait volontiers ce soin à son amie d'enfance, afin de se consacrer aux sciences. Kazuha avait le don de lire entre les lignes, de saisir des nuances qui lui étaient inconnues. Ce talent, elle l'avait obtenu en refusant de fermer son esprit à tout élément inexplicable, aux petits faits qui occupent une vie, et qu’on ramène au pur hasard. Tandis qu'Heiji prônait le rationnel, Kazuha avait choisi de garder une part de crédulité, de croyance en général. Heiji acceptait son choix, même si ce n'était pas la voix qu'il empruntait lui même. Dans tous les cas, ces divergences d'opinions ne les empêchaient pas de fouler une même route, qu'eux seuls empruntaient.

Heiji reprit son étude. Il était étonné de la volonté du samouraï de s'approprier " les écrits convoités ", qu'il avait interprété comme la périphrase du passé de la courtisane. Quel était l'intérêt du soldat à s'emparer du vécu de sa geôlière, alors que lui même n'y apparaissait aucunement ? C'était une partie de sa vie que les amants n'auraient jamais pu partager. Heiji avait donc rejeté l'hypothèse d'une quelconque envolée lyrique, pour se ramener au sens caché. " T'approprier les écrits convoités " ... Nao Kaneda proposait ainsi un échange avec le mystérieux " assassin inconnu ". Probablement le meurtrier de Sarah Blade...

Les projets de la guide touristique étaient limpides, aux yeux du détective : rencontrer son commanditaire afin de lui remettre des preuves, ou des dossiers compromettants. Et toutes ses manigances se produiraient, comme Heiji l'avait deviné, lorsque son regard s'était posé sur la " lune à peine éteinte ", le lendemain au soir, quand la lune s'effacerait dans la voûte céleste. Tout se jouerait lors de l'éclipse lunaire.

Heiji soupira. Il ramena sa tête en arrière, puis fit craquer ses cervicales Le garçon se frotta énergiquement les yeux, comme dans une tentative désespérée de retrouver un soupçon de vigueur, qui le ferait avancer dans ses recherches. En réalité, il se sentait dépassé, frustré. Il avait l'impression de perdre pied avec les évènements macabres, qui évoluaient, tout autour de lui, et cela sans qu'il puisse avoir un impact même minime sur leur déroulement. Comme si le poids des responsabilités qu'il avait choisi d'endosser était exceptionnellement trop dure à assumer. Son esprit était embrumé, hanté par les photos de l'autopsie de Sarah Blade qu'il s'était procuré avant son voyage, troublé par les noms de disparues qui ne lui évoquaient rien, mais qu'il distinguait pourtant parfaitement les yeux fermés. Des dizaines de jeunes filles, oubliées de tous, toutes en pleurs face à cette solitude, se dressaient devant sa vue, comme les sentinelles d'un monde lugubre.

Perdu dans ses songes, il ne remarqua pas les coups contre la porte, pas plus que l'entrée de Kazuha.

- Tu travailles tard, constata-t-elle avec inquiétude. Tu devrais arrêter là, et reprendre des forces. Le restaurant ne sert plus de repas à cette heure, mais je peux m'arranger pour te trouver un encas.

Heiji n'écouta qu'à moitié. Le son de sa voix avait agi comme un électrochoc. Après le défilé des adolescentes enlevées, un visage s'était ancré dans son cerveau : celui de Kazuha. Si Kazuha venait à être kidnappée à son tour, comment pourrait-il affronter le quotidien ? Il ne pouvait s'accorder du répit, alors qu'elle était en danger. " Quand j'aurai découvert le fin mot de l'histoire, pensa-t-il avec détermination, alors je profiterai de ses vacances. "

Tout à coup, la main de Kazuha s'empara de son stylo.

- Tu pourrais m'accorder un peu d'attention, grogna-t-elle. Alors arrête de griller tes neurones. Tes petites cellules grises ont suffisamment travaillé pour ce soir, ironisa-t-elle.

Sa désinvolture se heurta à la dureté d'Heiji. Son visage bronzé exprimait une extrême sévérité, à laquelle se mêlait une colère froide. Kazuha n'avait, en rien, compris l'inquiétude qui opprimait le garçon.

- Laisse moi ! s'exclama-t-il d'un ton cassant. Tu n'as pas à me donner d'ordres, ou à me dicter ma conduite. Je suis assez grand pour me prendre en charge.

Kazuha resta un instant hébété. Bien que des larmes, qui ne demandaient qu'à se déverser, brillaient au pourtour de ses yeux, son caractère explosif repris le dessus. Poing crispé, elle aussi éleva la voix :

- De quel droit déverses-tu ta colère sur moi ? Je n'ai rien fait de mal ! se disculpa-t-elle avec ferveur. Je comprends que tu sois bouleversé par ton enquête, ainsi que par ce meurtre, mais je ne suis en rien responsable de ces horribles évènements ! Tout ce que je souhaitais, c’était te détendre un peu, qu’on puisse passer un moment ensemble.

- Un moment ensemble ! hurla Heiji – la tonalité de sa voix montait dans les aigus, sans qu’il puisse se l’expliquer- mais je ne suis pas en vacance, moi. J’ai d’autres préoccupations, autrement plus importantes, que de m’occuper d’une enquiquineuse à longueur de temps !

Kazuha suffoqua de colère. Les larmes inondaient ses joues, mais elle les ignora superbement. Elle se contenta de les essuyer d’un revers de manche.

- Alors, ainsi, tu ne me supportes plus ? ! Je ne suis qu’un fardeau à tes yeux ?

- Tu as finalement compris ! s’exclama Heiji, aveuglé par la tension nerveuse, qui le précipitait aux limites de la rage. Je t’avais ordonné de rester à l’écart, mais tu es venu t’incruster, une fois de plus. Est-ce que tu ne pourrais pas être moins buté, une fois dans ta vie ?

- Je ne pensais pas à mal, s’excusa Kazuha, dont la voix n’était plus qu’un murmure.

Au fond d’elle même, elle craignait Heiji lorsqu’il était dans cet état. Avec elle, il était toujours attentionné, même s’il la narguait. Jamais ils ne s’étaient autant disputés.

- Pas à mal, répéta le garçon, en frappant le bureau de ses deux poings. Mais regarde dans quelle situation tu m’as mis ! En plus d’enquêter, je m’inquiète constamment pour toi, et, comme si ce n’était pas suffisant, il a fallu que tu amènes toute la compagnie ! A croire que vous me jugez incapable d’agir seul, bon sang ! Est-ce que je ne suis pas assez doué pour enquêter ? Je ne suis pas assez intelligent selon vous pour qu’on me confie quoi que ce soit, n’est-ce pas ? C’est dans cette perspective, que vous êtes venu me coller aux basques ! Alors oui, je l’avoue : j’aurai vraiment préféré que tu t’abstiennes de cette visite surprise !

- Tu ne penses jamais aux autres, l’accusa une Kazuha, plus pâle qu’une mourante. Tu t’en fiches complètement de ce que j’ai pu ressentir, toute seule à Osaka, en me demandant comment tu te portais. M’inquiéter, me ronger les sangs… à quoi bon puisque toi, tout ce à quoi tu aspirais, c’était passer du temps avec Ren Ishikawa.

Heiji sentit la rage légèrement refluer pour laisser place à la surprise. Kazuha se méprenait sur ses intentions. Son erreur pouvait coûter cher à leur relation. Il tenta de s’expliquer :

- Tu te trompes complètement Kazuha, se disculpa-t-il. Tu es stupide pour croire à des bêtises pareilles !

- Je suis stupide, concéda-t-elle. Stupide d’avoir cru pouvoir compter sur toi ! Mais ne t’en fais pas : l’enquiquineuse te laisse en paix. Sayonara !

Kazuha tourna les talons, puis descendit en trombe les escaliers. La porte claqua sur son passage. De son côté Heiji ne fit rien pour l’empêcher de quitter les lieux. Leur dispute était encore trop vive dans son esprit, pour qu’il éprouve la moindre envie de faire face à son amie. Du moins pas dans l’immédiat.

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Note de l'auteur : désolé pour l'attente. J'ai eu pas mal à faire entre mes allées et venues, ainsi que le jonglage entre mes deux ordinateurs afin de finir ce chapitre. Le contenu était trop conséquent pour que le site l'accepte alors j'ai du le raccourcir, c'est pourquoi, la suite vous parviendra bientôt.

Bonne lecture, et merci à vous d'avoir patienté !


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