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Detective Conan



Les Disparues De Tamba Sasayama
[Histoire Terminée]
Auteur: hello-kitty Vue: 1640
[Publiée le: 2008-07-10]    [Mise à Jour: 2008-12-24]
AP Suspense/Action-Aventure/RomanceCommentaires: 34
Description:
C'est la golden week. Kazuha espère passer ses vacances au côté d'Heiji, malheureusement le garçon a d'autres projets. Celui-ci s'en va dans l'arrière pays, dans un antique village médiéval. Il espère élucider les étranges disparitions de jeunes filles qui se produisent tous les dix ans...
Crédits:
Aucun personnage issu du manga détective conan ne m'appartient. Qu'ils soient des personnages principaux, ou simplement cités : Kazuha, Heiji, Ran, Shinichi/Conan... sont la propriété de leur créateur Gosho Aoyama. En ce qui concerne tous les habitants de Tamba Sasayama, ces personnages proviennent de mon imagination et ne sont pas présents dans le véritable manga Détective Conan, tout comme les différents lieux cités. Ils sont propres à ma fan fiction.

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Une seconde fin ?

[4948 mots]
Publié le: 2008-07-24Format imprimable  
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Une seconde fin ?

- Qu'as-tu découvert ? s'enquit Conan sans attendre.

Pendant que les nouvelles arrivantes réservaient leur chambre, les deux détectives s'étaient discrètement éclipsés. Ils s'étaient retirés sur une table en terrasse, à l'abri des regards indiscrets. Face à cet interrogatoire, Heiji fit la moue. Il s'était attendu aux questions de son rival, certes, mais il n'était pas enclin à lui répondre. Cette enquête concernait uniquement lui, bien que Ren Ishikawa avait, au départ, cherché l'avis de Shinichi. Lui, Heiji Hattori, souhaitait faire, une fois de plus, ses preuves, sans avoir à perdre la face devant son opposant. Ce meurtre, la résolution de ce mystère, le lycéen en avait fait un défi personnel. Conan scruta son visage, impassible pour les inconnus attablés aux alentours, mais non pour lui. Un sourire narquois flotta sur ses lèvres. Ses yeux disparaissaient derrière le reflet de ses lunettes.

- Quelle saveur aura ta victoire, constata-t-il avec perspicacité, si tu pars déjà avec un train d'avance sur tes adversaires ? Les chances ne sont pas équitables, cela ne t'apportera rien de concret. Par contre, si tu mettais en commun les éléments dont tu disposes, on pourrait débuter notre duel, sans plus attendre. Qu'en dis-tu ?

Heiji avoua sa défaite. Il accepta la proposition de Kudo, en commençant à lui dévoiler la malédiction du samouraï, ainsi que le meurtre qui en avait apparemment découlé.

- J'ai reçu plusieurs dossiers de la préfecture d'Osaka, sur cette affaire. J'ai utilisé le nom de mon père afin de les obtenir, nul doute qu'il me punira en conséquence. J'ai obtenu toutes les informations relatives à ce meurtre, j'étais en train de les consulter avant votre arrivée. La victime, du nom de Sarah Blade, était âgée de quarante ans. Nationalité anglaise. Elle avait effectué plusieurs voyages, non seulement au Japon, mais également en Amérique où elle allait s'installer définitivement. Apparemment, ses déplacements étaient de natures professionnelles. Ils étaient financés par son entreprise. J'ai entrepris des vérifications dessus, sans succès. Soit il s'agit d'une société fantôme, soit elle a dû fermer boutique depuis le moment du décès.

- Celle femme relevait-elle d'un lien avec le village ? interrogea Conan. Y aurait il quelque chose susceptible de lui avoir fait endosser le rôle de la courtisane de la malédiction ?

Heiji hocha négativement la tête, puis eut un haussement d'épaules fataliste : à ce stade, des éléments de l'enquête lui posaient soucis.

- Personne ne la connaissait dans la région, affirma-t-il. Elle ne s'était jamais approchée d'Osaka ou de sa périphérie, d'après mes sources. J'ai effectué des investigations, avant que la golden week ne débute. Je souhaitais connaître l'ampleur de cette malédiction, lui confia-t-il à voix basse.

- Explique-toi, Heiji. Qu'entends-tu par ampleur ? Y a-t-il eu d'autres victimes ayant précédé Sarah Blade ?

- Il n'y a jamais eu confirmation de tout cela, expliqua-t-il. C'est en fouillant dans les archives, que j'ai remarqué d'étranges disparitions inexpliquées aux alentours, lorsque l'heure de la malédiction sonnait. Aucune des jeunes filles disparues n'habitaient le village, il n'empêche que la coïncidence est troublante : cinq adolescentes perdues dans les montagnes, à la même date, sur des tranches de dix ans, tu y crois vraiment, Kudo ?

Conan approuva le scepticisme de son coéquipier. Il avait trouvé une piste.

- Pourquoi personne n'a évoqué la malédiction auparavant ? s'étonna-t-il. Les habitants ne se sont pourtant pas gênés pour proclamer le retour d'un samouraï vengeur, dix ans plus tôt.

- J'ai mon idée sur le sujet, déclara Heiji - il sortit un dossier comprenant l'ensemble de ses notes, plus celles que Ren lui avait confié à son réveil, et qu'il avait survolé. La rumeur fut répandue par une femme d'affaires, Nao Kaneda. Elle en a fait son business à l'époque. Elle venait à peine d'arriver au village. Je crois que, les vétérans, ou du moins les habitants de longue date, refusaient d'évoquer leurs contes ou leurs légendes, mais Mme Kaneda n'étant pas originaire de ce village, elle a passé outre la coutume.

- La penses-tu capable d'un homicide, uniquement dans le but d'assurer ses frais ?

- C'est une possibilité, concéda le détective d'Osaka. Mais, quand bien même elle serait coupable, elle ne pourrait pas être responsable de la série de disparues. Au même moment où Sarah Blade était assassinée, Haruka Miko était déclarée absente à son pensionnat. On ne l'a jamais retrouvée. Les policiers ont mis en avant la thèse de la fugue. Une adolescente en échec scolaire, à tendance gothique, qui participait à des actes de vandalisme, une famille à problème... les hommes en charge de l'affaire n'ont pas cherché plus loin... J'ai l'impression que nous avons affaire à deux crimes distincts. D'un côté le meurtre de Sarah Blade, sur lequel j'enquête officiellement pour le compte de Ren Ishikawa. De l'autre, on trouve toutes ces jeunes filles, qui sont probablement mortes à l'heure où nous parlons. Les affaires ne sont pas similaires. Sarah Blade n'était pas issus de la même génération que les autres victimes. Son âge ne correspond pas, sans oublier, que sa dépouille a été mis en évidence dans le quartier des samouraïs. L'emplacement ne colle pas avec les enlèvements.

- Si jamais Nao Kaneda a tué Sarah Blade, pour la faire passer pour victime de la malédiction, tout en ignorant que quelqu'un avait déjà pris en charge la vengeance du samouraï, elle pourrait très bien réitérer son crime, supposa Conan. Si la malédiction prend fin demain soir, elle aura énormément à perdre. Ou alors, seconde hypothèse, elle n'a profité que du moment présent, avança-t-il en pleine réflexion. Quelqu'un assassine notre victime, la suspecte trouve le corps. Ses affaires marchent mal, elle cherchait une solution pour renflouer ses dettes. C'était l'occasion rêvée, elle aurait pu maquiller le crime de sorte à le faire passer pour découlant de la légende. Ce raisonnement se tient aussi.

Heiji jeta un regard autour de lui. Des inconnus discutaient gaiement entre eux, familles réunies pour des vacances, ou simples amis en vadrouille, qu'importe. Toujours est-il que le lycéen remarqua plusieurs femmes, des gamines à peine entrées dans la puberté également. Ces gens connaissaient-ils les risques de séjourner à Tamba Sasayama ? Le lendemain soir, une mère pleurerait peut-être son enfant, un père crierait au scandale devant le cadavre de sa fille, un petit garçon pleurerait en silence la perte de sa soeur. Heiji refoula les larmes qui lui picotaient les yeux. Il avait beau avoir résolu des dizaines de meurtre, jamais il n'avait eu à en prévenir un. La moindre erreur était fatal. Comment deviner les intentions d'un assassin qui n'était pas encore passé à l'acte ? Du temps, tout ce qu'il demandait c'était quelques jours de plus... Il se prit la tête entre ses mains.

- Heiji ? s'inquiéta son ami.

Lui aussi ressentait cette boule d'angoisse au creux de sa poitrine. Lui aussi avait compris à quel point chaque grain de sable s'écoulant du sablier était essentiel.

- J'irai interroger mme Kaneda aujourd'hui, planifia Heiji. Quant à toi, il faudrait que tu me rendes un service : renseigne-toi auprès des habitants sur leur version de la malédiction. Ils seront plus enclins à répondre à un enfant, un peu curieux mais innocent, plutôt qu'à un détective. Tout ce beau monde doit avoir des choses à se reprocher. Essaye de savoir lesquelles.

- Je commence sans plus tarder ! s'exclama-t-il.

Il sauta alors de sa chaise, puis courut jusqu'à Ran qui descendait du premier étage. Elle venait d'y poser son sac de voyage.

- Viens Ran, on sort, déclara-t-il dans le rôle du petit garçon impatient de partir à l'aventure. Heiji n'est pas drôle, il ne veut rien me dire. Allons enquêter ensemble !

Ran, qui ne vit qu'un jeu dans sa proposition, accepta avec grand plaisir. Appuyé contre le mur, qui lui faisait dos, Heiji le regarda s'éloigner, moitié tirant, moitié poussant sa camarade. Il eut un petit sourire. Il avait parfaitement compris la finalité de cette comédie : Kudo était inquiet pour sa petite amie, tout comme lui pour Kazuha. Des filles s'évaporaient en cette période de l'année, des inconnues dont personne à Tamba Sasayama ne se préoccupait, et dont on n'évoquait jamais le sort. Les trois amies étaient des victimes potentielles. Kudo avait pris en main son amie d'enfance. Heiji regarda sa montre, puis monta au premier étage. De son côté, il avait maintenant à s'occuper de Kazuha.

Il la trouva en train de se chamailler avec Sonoko. Les deux adolescentes étaient colocataires d'une même chambre, mais elles ne parvenaient pas à s'entendre sur un choix essentiel : qui concèderait à l'autre le futon le plus confortable ? Le jeune homme ne prit pas la peine de frapper, certains qu'au milieu de leurs cris, elle ne le remarquerait pas. Pestant contre la bêtise féminine, il se dirigea droit vers l'armoire, attrapa le sac de son amie d'Osaka- qu'il reconnut grâce aux nombreux grigris pendus en tant que porte-clé- et sortit sans demander son reste. Les lycéennes en perdirent un instant l'usage de la parole. Abandonnant le lit au profit de sa rivale, Kazuha poursuivit Heiji afin de réclamer des explications. Elle le trouva dans sa salle de bain, alors qu'il enlevait sa chemise tâchée de café. Elle se retourna immédiatement, rouge de confusion, puis courut se réfugier dans la chambre.

- Que diable ce garçon a-t-il à l'esprit ? pesta-t-elle alors qu'elle furetait dans la pièce, à la recherche de ses affaires. Entrer, partir, sans explication ! Allez savoir ce qui lui est passé par la tête, une fois de plus ! Si au moins il prenait le temps de m'expliquer !

- Tu dors ici, annonça un Heiji torse nu, accoudé à l'encadrement de la porte, qui menait à la salle de bains.

- Quoi ? hoqueta la lycéenne.

Son coeur battait, tout à coup, la chamade, alors qu'elle se retrouvait seule à seule dans une chambre d'hôtel, avec l'élu de son coeur, qui plus est, alors que celui-ci se trouve être à moitié nu. " Arrêtes de jouer les perverses, s'ordonna-t-elle à elle même. Tu te fais des films... " Heiji étouffa un rire.

- Tu disais exiger une explication, la voilà, annonça Heiji avec arrogance. Tu passeras la nuit ici. Mais ne t'inquiètes pas, ricana-t-il alors qu'il choisissait une chemise de rechange, hésitant sur la couleur, il ne se passera strictement rien que les bonnes moeurs puissent réprouver. Tu n'as pas assez de formes pour éveiller le désir chez un homme normalement constitué !

En récompense, Heiji reçut alors une gifle monumentale. La claque résonna sur tout l'étage, mais moins encore que les jurons du garçon, qui suivirent ce coup d'éclat.

- Modères tes ardeurs. C'était une plaisanterie ! Je souhaitais te rassurer quant à mes intentions, rien de plus.

- Et quelles sont-elles, tes intentions, monsieur le détective ? râla-t-elle.

Heiji devint alors beaucoup plus sérieux. Ses yeux se fixèrent sur le visage de son amie, qui sentit inexorablement le sang monter à ses joues.

- Je t'avais prévenu de ne pas m'accompagner. Comme toujours tu n'en as fait qu'à ta tête. Toujours est-il que je crains pour ta sécurité. Puisque tu tiens, tant que cela, à passer tes vacances dans ce village, fait à ta guise. Cependant il te faudra supporter de m'avoir comme garde du corps.

Sur ce, il abandonna ses chemises pour opter pour un débardeur noir. Puis il se dirigea vers la sortie. Alors qu'il s'apprêtait à partir, il se retourna, étonné de trouver Kazuha à la même place. Elle n'avait esquissé aucun geste pour le suivre.

- Tu as d'autres questions à me poser ? s'informa-t-il presque avec regret : les femmes n'avaient pas leur pareil pour éterniser une conversation, Heiji, de son côté, n'aspirait qu'à poursuivre ses investigations.

- Ren Ishikawa, la propriétaire de l'hôtel, que représente-t-elle à tes yeux ? s'inquiéta-t-elle sans réfléchir.

Sans que Kazuha ne le remarque, Heiji eut un sourire. " Ce n'était donc que cela, se dit-il en observant le visage pâli par l'inquiétude. " Il pesta tout haut.

- Une cliente, répondit-il. Elle est juste ma cliente. Maintenant que cela est fait, j'ai du pain sur la planche. Tout le monde n'est pas en vacance, s'exclama-t-il. Il me faut interroger mes suspects.

Kazuha opina. Malgré tout, elle demeura sur place.

- Tu n'écoutes jamais ce qu'on te dit, reprit le garçon. Où que je vais, dorénavant, tu m'accompagneras. Je ne te laisserai pas une minute sans surveillance. Alors, allons ensemble à la traque au coupable.

Ils quittèrent tous les deux la pièce, Kazuha derrière le détective.

Il y a des hommes qu'on ne supporte pas, dès le premier regard. Ce fut le cas de Conan, lorsque ses yeux croisèrent le visage bouffi de Yuya Yamakawa, derrière un étalage de grossiers pots en argile. L'homme lige des Ishikawa était un être difforme, au ventre proéminent - le fameux muscle du houblon que les gros buveurs obtiennent après des années de beuveries quotidiennes. Malgré cet aspect bonhomme de neige, composé de graisse plus que de muscle, au point que le détective savait que ses doigts s'enfonceraient profondément dans l'épiderme, s'il venait à essayer, Yuya Yamakawa n'inspirait en rien la sympathie aux yeux du garçonnet. Certains y auraient vu une personne chaleureuse et accueillante, grâce aux courbes douces, dont la nature, puis la nourriture, l'avaient dotées. Chez beaucoup, il évoquait l'homme rassurant, dont la maladresse appelait à la confiance. Pour Conan, dont le regard refusait de se détacher de cette silhouette à l'aspect grotesque, l'homme lui rappelait l'expression " l'eau qui dort ". Derrière ses yeux bridés, enfoncés dans son crâne, à moitié dissimulés sous des joues épaisses et rebondies, derrière une bouche mielleuse au sourire tendre, derrière la couleur laiteuse de cette peau brillante comme si son propriétaire s'était tartiné de beurre, l'ancien lycéen apercevait quelque chose de beaucoup plus sombre, plus effrayant que cette amabilité de surface. Telle une bête tapie au fond de sa tanière, qui attendrait patiemment une nuit sans lune pour se dévoiler.

Ran entra la première. La sonnerie de la boutique tinta. Elle retentit une seconde fois lorsque Conan pénétra à sa suite. Il chassa du mieux qu'il put la tension, qui lui nouait les épaules, afin d'endosser le rôle de l'enfant curieux. Yuya Yamakawa abandonna son inventaire pour s'occuper de ses clients. En commerçant accompli, il savait se faire discret en se tassant près du comptoir, sans oublier de garder un oeil sur les acheteurs. Aucun mouvement ne lui échappait, qu'il ne s'agisse d'un coup d'oeil discret dans son portefeuille, ou d'un regard soutenu sur un article. " Patient et observateur, nota Conan devant une représentation d'un samouraï sur un article. " Il garda l'image du guerrier en main, puis s'approcha du vendeur. L'heure était de passer à l'action.

- Dites monsieur, l'interrogea-t-il d'un air candide, le monsieur de la poterie est un samouraï ?

- Bien vu petit, s'exclama l'homme qui leva furtivement les yeux au ciel- une silhouette katana en main, de quoi aurait-il pu s'agir d'autres ?- La poterie te plaît ? Si cela t'intéresse, je suis prêt à la céder pour un bon prix... parce que c'est toi, insista-t-il pour créer une complicité artificielle.

- Cela dépend, tergiversa Conan. S'agit-il du samouraï de la légende ? Celui de la malédiction ?

A ces mots, les traits de Yamakawa se raidirent en une expression crispée, tel une personne qui s'apprêtait à supporter une épreuve pénible.

- Si tu le souhaites, concéda-t-il, alors il sera ce samouraï.

- Je ne sais vraiment pas, continua-t-il. Parce que je ne veux pas d'un méchant samouraï dans ma chambre, j'aurai bien trop peur que ses mauvaises actions retombent sur moi.

- Voyons, le samouraï n'est pas méchant, insista Yuya qui voulait conclure une vente.

- Son fantôme tue pourtant des femmes innocentes, intervint alors Ran.

Jusqu'alors, elle s'était contentée d'écouter la conversation, tout en scrutant les vitrines.

- L'amour est une force puissante et dangereuse. Elle peut nous amener, autant à de grandes actions, qu'à des crimes, qui dévoilent les côtés les plus inhumains de l'homme quand l'autre trahit. Beaucoup de victimes sont tombées dans les filets de Vénus, et ont commis des actions plus terribles qu'une simple vengeance pour panser leurs plaies. Ce guerrier vouait un amour pur et innocent, envers une femme, dont la jeunesse dissimulait la perfidie. Cette histoire est une leçon, valable même de nos jours.

- Une leçon ? releva la jeune lycéenne.

- Bien sûr. La façon dont le samouraï a été trahi montre bien l'ingéniosité des jeunes femmes, et le don qu'elles ont reçus de réduire à néant le coeur des hommes. Nous nous imposons pas notre force physique, tout comme le samouraï qui avait amassé sa fortune après avoir souillé la terre du sang de ses ennemis. Mais les femmes ne sont pas aussi faibles, que votre corps pourrait le faire croire. Cette fragilité externe dissimule le pouvoir d'annihiler chez l'autre sexe la volonté de survivre, le goût à la vie. Quel est l'intérêt de se battre, lorsqu'on n'a plus de but ?

- Alors la malédiction traiterait de la dualité homme/femme ? demanda Conan après s'être permis un instant de réflexion. La courtisane a triomphé grâce à l'amour qu'il lui portait. Elle l'a tué, marquant ainsi la dominance féminine. D'un autre côté, le fait que son amant revienne d'entre les morts, en quête d'une jeune fille, serait une manière d'équilibrer la balance, comme une représentation du yin et du yang.

- Voilà un enfant fort intelligent, le félicita le vendeur - cependant on voyait sur son visage, le peu d'envie qu'il ressentait à l'idée de poursuivre la conversation. Alors cette poterie, tu l'achètes ?

- Non merci, s'excusa finalement Conan. Je crois qu'à mon retour, je n'aurais aucune envie d'un souvenir qui me rappellera ce séjour.

Heiji et Kazuha avaient abandonné l'hôtel, ainsi que, par la même Sonoko. Le détective l'avait emmené rejoindre le groupe des visiteurs du quartier des samouraïs, dont le guide n'était autre que Nao Kaneda. Bien que le revenu de la femme soit assez conséquent pour qu'elle puisse laisser à d'autres le soin de cette charge, la propriétaire du quartier et du musée ne se lassait pas de faire partager à une bande d'inconnus ne pratiquant pas toujours la langue, la malédiction, dont le côté fantasque la séduisait. Heiji avait jugé que s'introduire dans cette visite guidée serait plus commode pour approcher le suspect, qu'obtenir un rendez-vous pas secrétaires interposées.

Kazuha attendait le début du tour. Elle admirait les cartes postales, photographies de pseudo professionnels, et essayait d'identifier leur lieu de provenance. Une légère satisfaction s'empara d'elle lorsqu'elle reconnut tour à tour, le village Tachikui, puis le château perché au milieu des collines. Tout à coup, Heiji la tira loin des étalages. Ils se retrouvèrent coincés au milieu des badauds.

- Mesdames, messieurs, mesdemoiselles, entonna Mme Kaneda en plusieurs langues. J'ai l'honneur, durant ces prochaines minutes, de vous dévoiler les sombres secrets d'une guilde de guerriers, qui est restée mystérieuse jusqu'à nos jours. Je parle bien sûr des samouraïs, nobles au service de leurs seigneurs, et obéissant à un code des plus spartiates. Au cours de cette visite, je tâcherais au mieux d'illustrer leur mode de vie, la philosophie qu'accompagnaient ces braves soldats, et bien évidemment les mythes et les légendes qui courent à leur sujet. Par ici s'il vous plaît .Durant tout le temps où le guide s'exprimât, Heiji n'eut pas l’occasion d'exprimer de vive voix ses questions. Nao Kaneda savait combler les vides d'une conversation, au point même où nul autre qu’elle n'eut la possibilité de prononcer un mot. Seules les exclamations étouffées des visiteuses retentirent entre deux explications, exclamations provoquées par le talent de narratrice de la suspecte. Kazuha, elle même, eut des difficultés à retenir son écoeurement, quand la femme aborda les moeurs culinaires des samouraïs : l'enfant en apprentissage devait effacer, de sa personne, tout dégoût pour les morts ou le sang, au point où les précepteurs n'hésitaient pas à leur faire ingurgiter du riz, coloré en rouge sang, après le spectacle d'une décapitation. Seule la peur d'humilier Heiji en public avait permis à la jeune fille de dominer son effroi. Malgré tout, elle avait senti une rage froide pulser en elle, premières sensations d'un instinct maternel naissant.

Ce ne fut qu'à la toute fin, que Nao Kaneda se décida à aborder la malédiction. Des touristes se recueillirent sur le lieu du meurtre, l'air très pieux. Heiji avait pesté contre ce coup marketing absolument inhumain, et avait refusé de s'approcher. Il avait déjà eu l'occasion d'observer la scène du crime, le premier jour de son arrivée. Nao Kaneda avait conté la légende, d'une voix monocorde, le teint blafard. Alors qu'elle en était arrivée à l'errance du samouraï après sa mort, Heiji tendit tout à coup l'oreille. L'histoire aurait dû s'arrêter à ce niveau, pourtant la femme continuait son récit. Kazuha, qui n'avait jamais entendu parler du mythe, n'avait rien remarqué d'inhabituel. Sa tête penchait sur le côté, comme pour être plus attentive aux propos tenus par Nao Kaneda.

- Dix ans après sa mort, le fantôme revint pour se venger auprès de l'élu de son coeur. Bien que le temps aie endommagé la jeunesse, sa courtisane était toujours aussi belle... et aussi intelligente. Consciente du danger qui allait l'assaillir, elle attendait la mort avec sérénité. Et pour calmer les dieux des limbes quant à la noirceur de son âme, elle écrivit avant son trépas un dernier message à l'attention du samouraï. Afin que lui aussi puisse un jour rejoindre la sérénité du tombeau quand son désir de vengeance s'éteindrait, comme les braises finissent par devenir cendre.

Lorsqu'elle récita, une main sur le coeur, le texte de la courtisane, Kazuha se retourna vers Heiji, étonnée de le trouver un carnet en main, et le bouchon d'un stylo coincé entre ses dents. Sa main fébrile retraçait rapidement les phrases récitées par Nao Kaneda :

Derrière le visage lisse de la porcelaine d'acier,

Tu cherches encore à déposer l'encre sur le papier vierge

Et t'approprier les écrits convoités.

Puisque ton dévolu sur mon coeur a creusé ta tombe,

Que ton ombre se rende, à ta place, au pied de l'arbre du bout du monde,

Dont la cime barre l'entrée de ma ville natale,

Et le million de soleil remplace la lune à peine éteinte.

Car c'est en ce lieu que ta quête s'achèvera, assassin inconnu.

Enfin une courtisane t'apportera ce que tu cherches ici bas.

Et la malédiction s'achèvera.

Lorsqu'il eut fini, les touristes avaient déjà commencé à s'éparpiller. La foule devenait moins compact, et les lycéens commençaient à se sentir moins à l'étroit. Heiji s'en alla, sans même s'entretenir avec mme Kaneda, malgré l'étonnement de Kazuha à ce sujet. Sur le chemin qui menait à l'hôtel, le visage du garçon était éclairé par un immense sourire : il tenait enfin une piste.


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