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Nous naissons pour aimer... aimer à en mourir
[Histoire Terminée]
Auteur: hello-kitty Vue: 156
[Publiée le: 2008-09-28]    [Mise à Jour: 2008-09-28]
G One-Shot/Drame/RomanceCommentaires: 1
Description:
Les hommes en noir sont arrêtés, Conan ve redevenir Shinichi. Tout est bien dans le meilleure des mondes ! Sauf qu'une personne ne s'accomode pas de la situation...
Crédits:
Aucun des personnes cités ne m'appartiennent, ils sont la propriété de Gosho Aoyama...

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nous naissons pour aimer... aimer à en mourir

[3525 mots]
Publié le: 2008-09-28Format imprimable  
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Nous naissons pour aimer... aimer à en mourir.

Quand tu me regardes face à face, je cache ma peine derrière ce masque de froideur. Cela ne me dérange pas, on finira par rire de tout cela. Ce n'est pas grave si tu rentres avec elle, plutôt qu'avec moi. Quand j'éteindrais les lumières, mes rêves seront hantés par ta présence. Ce n'est pas de ta faute de ne pas m'avoir choisie, je ne t'en veux pas d'entendre parler d'elle à longueur de temps. Tu dis qu'elle est l'unique, ton âme soeur. Que tu es né pour la rencontrer.

Au fond de mon coeur, je ne comprends pas toujours ce raisonnement. L'amour, l'attachement ne sont que des réminiscences de notre subconscient, des instincts les plus primitifs qu'ils soient, résultants de la peur d'être seul. Tu es détective, tu appuis tes thèses sur les preuves les plus irréfutables. Comment. Comment fais-tu pour garder ton aplomb avec toutes tes phrases stéréotypées ? Le sens de notre existence est une notion si abstraite qu'elle m'effraie. Pourquoi ici et maintenant ? Y a t il un réel intérêt à s'efforcer de faire de notre mieux, en plus d'être le sujet de moqueries des anges, tout là haut, qui tirent les ficelles du destin ? Je suis un grain de poussière, perdu dans des rafales. Je tourne, j'essaie de me raccrocher en vain, et je finirais par abandonner. J'ai fini par abandonner.

La naissance. Non, la Naissance avec une majuscule. Un évènement commun à tous les êtres vivants, mais qui pourtant ne nous amène pas au même point. Nous arrivons de la même manière, nous devenons distincts les uns des autres. Ce concept m'a toujours dérangé au fond. Je suis une adulte, une femme en âge d'avoir des enfants. J'ai déjà eu des amants. J'ai beaucoup vécu, pourtant je n'avais jamais éprouvé ce besoin de donner naissance. L'idée ne m'avait jamais traversé l'esprit. Pourtant quand je te regarde, je me dis que tout est possible. Moi, la chercheuse, dont les molécules ont dû tuer tant de victimes innocentes, je voudrais rester à tes côtés pour l'éternité, que le Dieu revoie sa sentence capitale et m'envoie avec toi au paradis. Nous y trouverions notre place. Je voudrais que mes enfants qui témoigneraient de ma présence sur cette terre, te ressemblent. Ils devraient avoir tout de toi, tes yeux, ton sourire prétentieux de monsieur-je-sais-tout, que tu adoptes à chacune de tes enquêtes. Mais ce n'est pas tout : qu'importe s'ils n'auraient rien de moi, tant que je te retrouve dans chacun de leurs gestes.

Rien ne me différencie d'elle. Nous avons le mérite d'être nées, et quand bien même je n'ai pas eu la chance de tomber amoureuse de toi auparavant, faute de te connaître, mes sentiments sont tout aussi forts que ceux de cette adolescente silencieuse qui attend ton retour. Elle pleure sans troubler le calme qui plane dans sa vie, elle souffre sans rien dire, et cela la rend une martyre admirée par tous. Je ne lui adresse jamais la parole. Elle est blessée par ton absence, sans connaître sa chance. J'ai beau avoir gagné ta confiance, et calquer mes pas sur les tiens, tes pensées ne sont jamais loin de la petite japonaise. Avant même de la connaître, j'avais deviné toutes ses qualités. Elle devait nécessairement avoir un certain charme pour s'ancrer aussi profondément en toi. Des atouts dont je suis dépourvue. Depuis toujours le ciel est contre moi. Toi et moi, moi et toi, c'est un concept aussi impossible que d'inverser le paradis et l'enfer.

J'aime. Je t'aime. Ce ne sont que quelques mots qui se perdent dans la brise. Néanmoins ils me font sourire. Qu'est-ce qu'une naissance, sinon la consécration d'une passion entre un homme et une femme ? Nos parents attendaient notre venue, et nous ont transmis ce formidable pouvoir qu'est l'amour. Auparavant, je ne m'en étais jamais rendue compte, privé de ce sentiment par l'Organisation. L'amour m'était étranger, et pourtant ancré dans mes cellules comme mon ADN. Ironique, n'est-ce pas ? Par mon travail, j'ai failli te donner la mort, et par là même, m'empêcher de te rencontrer ! Tu aurais dû pousser ton dernier soupir sans que je ne m'en rende compte. Dès lors, j'ai perdu foi en les probabilités mathématiques, tous ces axiomes indiscutables, qui peuplent le monde scientifique. Tu as vécu, parce que nous devions nous croiser. Alors au diable les théories freudiennes, dont les arguments détruisent point par point le mythe de l'amour. Adieu mon passé de femme indépendante, qui trouvait du plaisir dans la solitude. Ma vie a pris un véritable sens depuis notre rencontre. Le fait que mon souhait ne soit pas réciproque ne rend ma vie que plus douloureuse. Au contraire d'elle, ta présence me blesse. Elle me rappelle l'inaccessibilité de ce coeur convoité. Elle me rabâche ma solitude dictée par les lois divines. Car, quand je suis avec toi, les autres ne comptent plus. Tu es mon premier, et mon dernier amour.

Je suis née pour t'aimer.

Dans les rues sombres de Tokyo, une silhouette noire se fraya un chemin dans les avenues bondées, la tête basse. Un pansement bandait sa joue enflée. Le vent la giflait, et réveillait la douleur de son éraflure. Malgré tout, Aï ne remonta pas son écharpe. Les engelures qui striaient sa peau lui permettaient de confondre sa peine avec une souffrance physique.

L’amour, quelle ânerie ! Elle n’était pas le genre à y croire. Du moins, elle n’avait jamais été du genre, jusqu’à sa renaissance en tant que petite fille. Cette seconde chance lui avait permis de reconstruire son passé. Pas tout le monde n’a l'occasion de remonter les années. Néanmoins, la jeune métisse assimilait ce retour en arrière à un cadeau empoisonné.

Aï s’arrêta au milieu du chemin. Tous ces inconnus autour d’elle- des visages étrangers dont elle ne retiendrait aucun trait- ils avaient la particularité d’être rougis par le froid, et surtout par l’empressement de rentrer à leur «  chez eux ». Leur souffle chaud formait des brumes de buée sur leur passage. Ces nuées vespérales les poursuivaient sur leur route, tandis que chacun disparaissait de son champ de vision. Elle, elle n'avait plus de foyer où se rendre. En avait-elle déjà posséder un ?

Aï cessa de les poursuivre de son regard, pour reprendre sa route. L’histoire était finie. Les hommes en noir venaient d’être arrêtés tôt le matin même. Il n’y avait aucune victime à déplorer, du moins du côté des gentils. Gin était dans un état critique. Les médecins ne prévoyaient aucun rétablissement. Son poumon avait été trop gravement endommagé pour récupérer. En somme, l’homme à la chevelure dorée avait eu ce qu’il méritait. Il l’avait traquée, tenté de la tuer, puis avait voulu s’en prendre à Shinichi. Quand bien même elle pourrait une nouvelle fois revenir en arrière, Aï refuserait de ne pas tirer. Cette balle lui était destinée.

Avec le détachement provoqué par une habitude ancrée depuis plusieurs mois, elle grimpa les marches tortueuses d’un escalier de fer, sans même y prendre attention. Elle longea la rambarde de secours, la contourna, puis grimpa sur le bord abrupt du bâtiment. Quelle hauteur se dressait à ses pieds: un ou deux mètres ? Non, beaucoup plus, puisque deux étages s’étiraient dans ce vide angoissant. Aï sentit son souffle se couper, tandis qu’elle tendait la pointe de son pied, à tâtons dans les ténèbres hivernaux. Il y a plusieurs mois de cela, elle n’avait pas hésité une seconde à user de son propre médicament afin de mettre fin à ses jours. Il ne lui était pas venu à l’idée de survivre, tout simplement parce qu’elle se sentait prête pour le suicide. Après avoir rajeuni, Aï avait voulu se convaincre que rien n’avait changé, qu’elle aurait encore le cran pour s’arracher la vie de son corps. C’est ainsi que chaque premier du mois, une enfant de sept ans grimpait en haut du toit d’un restaurant désaffecté, avec la ferme intention d'attenter à ses jours.

Il suffisait d’un pas. Quelques centimètres en avant pour que son tourment s’achève. Pourtant, comme toujours au dernier moment, Aï se jeta en arrière, le souffle court. Elle se trompait en prétendant que tout était strictement pareil. Parce que c’était faux. Elle l’avait rencontré. Lui, tout simplement lui. Il n’était pas exceptionnel, il ne l’aimait même pas. Pourquoi accordait-elle alors tant d’importance à ses sourires ? Pourquoi, quand bien même ses espoirs étaient infondés, s’attendait-elle toujours à une déclaration enflammée ?

Elle n’avait rien à attendre du détective. Elle n’avait rien à attendre de la vie tout court, n’est-ce pas ? Notre existence ne rime à rien, elle est juste le fruit d’une naissance, elle même résultante de la collision de deux gamètes dans un processus biologiques des plus banals, et dont le sens ne relève d’aucune portée symbolique.

Néanmoins elle ne parvenait pas à sauter. Tout cela parce que sa naissance avait revêtu un sens : celui d’être à ses côtés.

- Je suis née pour t'aimer, souffla-t-elle à l'immensité qui faisait mur devant elle.

Cette phrase relevait-t-elle d'une signification pour l'élu de son coeur ? Au même instant, Shinichi, alias Conan, était étendu dans un lit d'hôpital. Au même instant, ce n'était plus Aï qui se trouvait à son chevet, mais bien Ran, qui le veillait. La petite japonaise valait mieux qu'elle. Elle le méritait plus. Au fond de son coeur, Ran devait tenir le même raisonnement qu'elle : je suis née pour t'aimer. " Je t'aimerai jusqu'à mon dernier souffle, parce que sans ta présence à mes côtés, le monde est vide, sans ton rire pour me réchauffer le coeur, je suis incapable de sourire, sans ton regard envoûtant qui se darde sur mon visage, mon coeur se gèle. " Quel droit avait Aï plus qu'elle de se dresser vêtue de blanc devant un prêtre ? Qui plus est, ce n'était pas le souhait de son compagnon de route, non ? Shinichi l'avait encouragé à changer, elle lui devait tout ce qu'elle était devenue. C'est pourquoi il tenait une place essentielle dans son coeur. Il était sa famille, en remplacement des parents et de la soeur qu'on lui avait enlevés. C'était trop lui demander de sacrifier son bonheur pour lui tenir compagnie. Deux gamins de sept ans avaient fait un bout de chemin ensemble, sur le trottoir les ramenant de l'école. Désormais, l'enfant allait laisser place à l'homme, dont les désirs étaient déjà gravés sur du papier d'acier. Cette prière résonnait dans son coeur, pour se résumer en un mot qu'il soufflait dans son sommeil : Ran. Les kanjis de son prénom ne pourrait jamais remplacer l'orchidée. (Ran en japonais)

Elles étaient nées pour l'aimer. Elles se disputaient une place, comme dans un jeu cruel des chaises musicales. Celle qui restera debout aura perdu l'intérêt de sa vie. Alors que cette pensée lui traversait l'esprit, Aï sentit la nausée l'envahir. Elle était la perdante : la chaise dans la chambre d'hôpital de Shinichi était déjà occupée. Il n'y a jamais trois âmes soeurs dans une histoire, la tierce personne impliquée perd simplement son temps dans la spirale de la fatalité. Aï perdait son temps. Que lui restait-il donc à faire alors ? La réponse s'imposait d'elle même, alors qu'une brise contraire gonflait le manteau de la petite chimiste, comme si le vide lui tendait ses bras. Le vide était son amant. La profondeur des ténèbres son complémentaire. A des kilomètres de là, bien au-dessus des nuages, des anges ricanaient de son malheur, et l'encourageaient à trouver sa place en enfer. Après avoir commis tant de meurtres, d'avoir écourté la joie des familles encore à venir, comment pouvait-elle prétendre au bonheur ? Ses crimes ne pouvaient s'effacer. Tout au plus, pouvait-elle accepter son sort, et atténuer des malheurs encore à venir.

Aï ferma les yeux, et enjamba le muret. Son coeur battait la chamade, et se calquait sur le bruit assourdi des klaxons dans les embouteillages. A peine le temps d'un saut, tous les bruits alentours s'évanouiraient. Cette mort ne l'effrayait pas, pas plus que le silence éternel qui s'ensuivrait. Elle était née pour l'aimer. Puisque Ran était la meilleure en mesure de l'enlacer tendrement, de le combler, il n'y avait plus aucune raison pour elle de se faire désirer plus longtemps !

- Satan m'attend, souffla-t-elle en se frottant énergiquement les mains. A la une, la deux, la tr...

Les anges la narguaient. Il lui rappelait l'objet convoité. Alors que Aï allait abandonner son piédestal, la sonnerie de son téléphone la ramena à la réalité. Shinichi. Il s'agissait une fois de plus de son détective venu sans le savoir à sa rescousse.

- Aï, je me suis éclipsé de ma chambre pour t'appeler. L'infirmière m'a informé que tu t'étais enfuie sans signer de décharge, la gronda-t-il.

Aï se prit à croire qu'il s'inquiétait de son sort, lorsque la voix du petit garçon devint plus joyeuse. Il avait d'autres idées en tête que son bien être.

- Évidemment je te reconnais bien là. A peine a-t-on retrouvé les hommes en noir, que tu retournes travailler. Je ne peux pas t'en tenir rigueur. Moi même, j'ai hâte de retrouver ma véritable apparence. Ran me considère encore comme un gamin, même après lui avoir tout avoué. J'ai perdu assez de temps. Je veux pouvoir lui avouer mes sentiments de vive voix. Ce sera plus facile quand tout sera revenu à la normale. Quand l'antidote sera-t-il prêt ?

Aï resta un instant sans réponse, fixa la petite pilule dans la paume de sa main. Elle ne se décidait pas à l'avaler, afin d'arrêter les effets de l'ancien médicament. Aï avait réussi à attirer l'attention de Shinichi. Shiho n'aurait reçu que mépris pour l'ensemble de ses recherches. Elle tenta de prendre un air satisfait de sa réussite.

- Il est déjà prêt, annonça-t-elle. Ton exemplaire se trouve chez le professeur Agasa. Il te l'apportera demain dès la première heure des visites.

- Fan-tas-ti-que ! S'enthousiasma-t-il, puis sa voix reprit un ton sérieux : Aï, que vas-tu faire de ton côté. Tu as décidé ?

- ...

- Sinon, quoi que tu fasses, il y aura toujours de la place avec nous : le professeur, moi, et puis Ran aussi. Elle saura t'accueillir.

Aï n'osa pas le contredire, tout en sachant pertinemment que ses propos étaient faux. Ran était une femme amoureuse. Quand bien même ce comportement allait contre sa nature, elle éprouverait toute sa vie une pointe de jalousie à l'égard de la femme ayant partagé son secret. Aï avait été mis au courant de toute l'affaire, pire encore, elle en était l'investigatrice. Malgré ses efforts, Ran pourrait-elle contrôler cet élan de répulsion qui avait transparu dans ses yeux lorsque Shinichi avait révélé la vérité. La famille de Ran n'était pas la sienne.

- Elle a pris la seule chaise, chuchota la gamine au combiné.

- Quoi ? Tu as dis quelque chose.

- Rien. Sinon que j'ai un rendez-vous à ne pas manquer. Je l'ai retardé depuis longtemps, mais désormais je dois faire face.

Conan s'apprêtait à répliquer, mais Aï lui coupa la parole. Aucun sanglot ne transparaissait dans sa voix. Comment dans ce cas Conan aurait pu deviner les larmes mouillant son écharpe rouge ?

- Une dernière chose Shinichi : merci.

Merci, parce que sans toi je n'aurai pas donné un sens à mon existence. Merci pour m'avoir permis de rattraper mes erreurs. J'assume ce que j'ai été, je ne peux renier ce côté sombre de ma personnalité. Seulement j'ai compris que ma naissance n'était pas forcément dédiée à la mort. Je choisis de naître pour aimer. Pour t'aimer.

Je suis née pour t'aimer. T'aimer à en mourir.

Loin au dessus des trottoirs gelés de Tokyo, un ange déchu étira ses ailes, pour se laisser rappeler par les lois fatales de la gravité. Seul le vrombissement de sa chute fit écho dans le ciel noir de la capitale nippone. Loin au-dessus des embouteillages, ce froissement d'air se répercuta dans les cieux, où les fameux anges immaculés pleuraient face à son désespoir. Leurs larmes fusionnèrent, et formèrent un amas blanc dont ils saupoudrèrent son corps, puis le toit des maisons, jusqu'à l'encadrement des fenêtres.

Le moment où Aï poussa son dernier souffle, fut l'instant où les mains des deux élus se lièrent. Leurs doigts se soudèrent, leurs lèvres s'étirèrent en un sourire. Tous deux n'étaient que de pauvres inconscients, incapables de mesurer l'ampleur de leur serment :

Nous naissons pour aimer à la vie, à la mort.


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